[Dossier Afrique - Ville(s) Durable(s)] #3 - La ville algérienne et développement durable: entre métropolisation des villes et développement des éco-quartiers

Le déploiement du concept de développement durable depuis 1987 a permis de renouveler les approches et les voies d’évolution et de construction des villes. Les transitions démographiques, l’orientation vers la réduction de la ruralité, la métropolisation et l’accroissement de l’urbanisation dans les pays en développement et particulièrement en Afrique exigent de repenser le schéma traditionnel de construction d’autant plus que des défis majeurs comme l’accès à une énergie durable ; à l’eau et à tous les services, deviennent nécessaires à relever pour un espace géographique qui semble se profiler comme le « continent de demain ».

C’est dans ce contexte que devrait s’inscrire le développement et la construction des villes en Algérie de manière à apporter des solutions viables aux besoins croissants en matière d’infrastructures urbaines, et à respecter les aspects relatifs à la civilisation et à l’environnement. La problématique consiste à trouver un juste équilibre entre l’accroissement démographique et le respect de l’environnement en faisant appel à des modèles d’innovation urbanistiques. Avec un territoire de plus de 2.381.740 km2 où 89% de la population se répartit sur 12% de sa superficie à travers 683 villes au nord et dans les Hauts-plateaux et seulement 68 villes au sud (représentant 88% de la superficie de l’Algérie), la question d’une construction optimale des villes permettant d’accroitre le niveau d’urbanisation qui n’était que de 66% en 2011, devient nécessaire.

Un examen de la politique de la ville en Algérie, depuis 1962, montre la nécessité de développer des villes résilientes aux différents risques. Dans le cadre du Schéma National d’aménagement du Territoire (SNAT) institué par la loi n° 01-20 du 12/12/2001 relative à l’aménagement et au Développement Durable du territoire, et approuvé par la loi n° 10-02 du 29 juin 2010  pour son élaboration, a permis à partir de 2001, et grâce à l’embellie financière, une reprise de l’action publique sur la ville amorcée avec un référentiel au développement durable. On y dénote, de façon plus accentuée, l’urgence d’un rééquilibrage territorial et d’une économisation (1) des ressources consacrées à l’Habitat et à la gestion des villes dans les politiques du gouvernement algérien (2).  Ainsi, les enjeux déclarés dans le cadre de ce schéma, à savoir la gouvernance d’un territoire durable, rééquilibré, compétitif et attractif projettent de redessiner les structures et la gestion des villes en accentuant le volet efficacité énergétique. En effet, la consommation d’énergie finale au cours des dernières années, n’a cessé de progresser en raison de l’augmentation de la demande domestique en énergie.

Tableau 1 : SNAT 203

Source : BACHAR K., 2014. 

Tous ces défis sont à relever en réponse aux décrochages démographique et économique, au manque d’efficacité de la gouvernance territoriale, au besoin d’ouverture économique, à l’épuisement des ressources naturelles (eau, énergie,…) et à la crise urbaine et rurale. C’est dans ce cadre que nous prendrons appui sur deux cas présentés comme des projets pilotes : le premier est celui de la capitale Alger et le second est relatif à l’expérience des éco-quartiers.

  1. La métropolisation d’Alger : pour une ouverture vers l’international

Alger subit des transformations importantes , elle s’insère dans la logique mondiale de métropolisation qui compte asseoir le passage d’un urbanisme de masse à un urbanisme durable. Avec une population dépassant les 3 millions d’habitants, elle est le théâtre de multiples volontés d’agir sur le territoire. Les tenants de l’action publique y ont engagé de vastes opérations d’aménagement dans le cadre du processus de métropolisation de l’espace urbain entrainant peu à peu l’espace rural qui l’entoure.

Tableau 2 : Synthèse des définitions de la ville 

 

Source : Office National des Statistiques, 2001.

Le Nouveau Plan d’Aménagement Urbain (PDAU) appliqué à cette ville, à l’horizon 2029, a pour objectif la promotion de la durabilité de l’espace urbain pour en faire une éco-métropole de la Méditerranée et une ville jardin à travers 82 projets structurants sur des sites stratégiques à l’instar du front de mer, des centres historiques et des territoires à fortes potentialités paysagères, environnementales, architecturales ou urbaines à des fins de singularisation du territoire et de ses particularités. Ils se divisent en projets d’infrastructures de communication et de transport et en projets urbains. Ces dits projets sont la traduction d’une vision fondée sur 6 échelles d’intervention: 

- Développement économique/compétitivité/emploi,

- Ouverture de la ville au monde/internationalisation,

- Cohésion territoriale/cohésion sociale/habitat,

- Environnement/protection et valorisation,

- Modèle territorial,

- Gouvernance.

Figure 1 : Les six piliers du Master plan, Alger

 

Source : Sihem Kehal Boucherit, Abdelouahab Bouchareb, "Plan stratégique de développement d'Alger, pour un renouvellement de la démarche d'approche de la ville algérienne", Sciences et Technologie D - N°49, juin 2019, pp.109-119.

Ce plan s’est imposé par l’entremise de la loi sur l'aménagement et l'urbanisme (90-29), promulguée le 1er Décembre 1990. Il préserve les terres agricoles ,habituellement exploitées à des fins d’urbanisation (3), ainsi que la baie d’Alger affectée par l’érosion du littoral qui fait perdre en moyenne à la côte algéroise 2,25 mm/an. Par ailleurs, le mouvement d’urbanisation mal contrôlé a fragilisé certains de ses espaces aggravant les catastrophes naturelles telles que les inondations de Bab El Oued en 2003 et celle de Oued Korich en 2001. Elle est, de plus, exposée à d’autres facteurs anthropiques comme « l’étalement urbain, la pollution, la perte de biodiversité et de valeurs économiques » (4). Une urbanisation de projet remplace celle du plan avec le recours à la concertation et à la coopération entre les différents acteurs de prise de décision du territoire algérois. Ces innovations correspondent à l’incarnation du renouvellement dans l’action de faire la ville en Algérie depuis le début des années 2000 et qui consacrent l’implication des pouvoirs publics, des collectivités territoriales (municipalité et Wilaya) et des techniciens et experts nationaux et internationaux.

C’est dans cet esprit qu’un arsenal d’instruments est mis en place en 2006 par la promulgation de la loi 06-06 du 20/02/2006 pour appuyer le passage vers une planification urbaine et spatiale se voulant  plus rationnelle : le schéma national d‘aménagement du territoire (SNAT) , le schéma régional de la région (SRR) ,le schéma directeur d‘aménagement des aires métropolitaines (SDAAM) , le plan directeur d‘aménagement et d‘urbanisme (PDAU)  et le plan d‘occupation des sols (POS), le tout appuyé par un observatoire national de la ville (ONV) créé dans le cadre de la promulgation de l’article 26 de la loi 06-06 du 20/02/2006 (5).

Au niveau de la stratégie de développement urbain et spatial adoptée pour la ville d’Alger, la Baie d’Alger en constitue un projet phare qui prévoit l’aménagement d’une façade maritime s’étalant sur 25 Km avec la mise en œuvre de programmes à caractère touristique et de loisirs, du tertiaire supérieur, des centres commerciaux et de l’habitat de haut standing. 

Figure 2 : Images de synthèse de la Baie d’Alger

   

L’éco quartier : une nouvelle vision de la ville

L’éco-quartier est conçu pour réduire l’empreinte écologique tout en veillant à promouvoir la qualité de vie de ses habitants et le développement économique. Il représente une forme d’habitat écologique qui prédomine avec la prééminence des enjeux du développement durable, du nouvel urbanisme originaire de Californie(de la stratégie du Smart growth de l’Association internationale de gestion municipale (ICMA) et de l’Agence de protection environnementale des États-Unis (EPA)  de la démarche HQE Aménagement (Haute Qualité Environnementale) en France, de l’approche HQER (Haute qualité environnementale, économique et réhabilitation des quartiers), du LEED Neighborhood Development (LEED ND qui est un programme indépendant de certification pour l’aménagement de quartiers durables du Green Building Council des États-Unis),de la démarche Eco-Town Eco-town ( initiative gouvernementale du Royaume-Uni lancée pour accroitre l’innovation des promoteurs en vue de mener des projets de haute qualité s’inscrivant dans la durabilité et maximisant l’accessibilité financière aux résidents)…

Cette nouvelle configuration de quartiers veille au respect du volet social (Intégration sociale, bonne gouvernance, mixité culturelle et générationnelle),du volet économique (services et commerces multifonctionnels) et du volet écologique ( traitement des déchets, consommation d’eau, utilisation de matériaux de construction écologiques, et gestion de la dépollution des sols).L’éco-quartier pilot Diar El Djenane d’Alger se veut un exemple en la matière en s’adressant aux classes moyennes avec des logements abordables qui respectent les spécificité culturelles, spatiales et géographiques de la région de Bordj El Kiffan, à l’est d’Alger. Il propose la réalisation de 100 logements par Hectare avec la création d’espaces commerciaux. Une autre réalisation est celle du quartier El Ryad à Bir El Djir dans la wilaya d’Oran où sur une superficie de 450.000mètres carrés, un ensemble de principes liés au respect des normes environnementales et à la durabilité du Bâtiment ont été pris en charge : Système de tri sélectif des déchets, isolation thermique, rapport équitable entre bâti et espaces verts, équipements et infrastructures de base et de loisirs,…

Cependant et en dépit de la multiplication des initiatives publiques et privées pour  asseoir de nouvelles visions de la ville et de l’Habitat, de multiples dysfonctionnements persistent.la métropolisation rentière freine la régularité des investissements et la continuité des projets aggravant le manque de coordination avec les collectivités locales, qui se présentent comme un acteur prépondérant dans la création de villes durables et résilientes dans le monde .La moyennisation de l’Habitat s’en trouve également affectée puisque l’accès à la ville et à l’habitat écologique est presqu’exclusivement réservé aux riches. Par ailleurs, la problématique démographique et les difficultés de l’accès au logement  relèguent souvent au second rang le souci environnemental, écologique  ou social institués par les nouvelles façons de penser les villes et espaces urbains. 

Un article signé Farida Si Mansour, Maitre de Conférence à l'Université de Tizi Ouzou - Algérie, Karima Si Salah-Kissoum, Maître Assistante à l'Université de Tizi Ouzou-Algérie, Sabrya Ouamar-Berkal, Maitre de Conférences à l'Université de Tizi Ouzou - Algérie et Djamal Si Mohammed, Professeur à l'Université de Tizi Ouzou - Algérie. 

Bibliographie :

  • Vincent BEAL et Max ROUSSEAU, « Alterpolitiques! », Métropoles [En ligne], 15 | 2014, mis en ligne le 15 décembre 2014, consulté le 04 juillet 2020. URL : http://journals.openedition.org/metropoles/4948
  • Yannick RUMPALA, « Gouverner en pensant systématiquement aux conséquences ? Les implications institutionnelles de l’objectif de « développement durable » »VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement [Online], Volume 10 Numéro 1 | avril 2010, posto online no dia 23 abril 2010
  • Keira BACHAR,« Le nouveau PDAU d’Alger approuvé » ,RURAL-M  Etudes sur la ville – Réalités Urbaines en Algérie et au Maghreb,le 11 mai  2016 en ligne sur   https://ruralm.hypotheses.org/972
  • Walid RABEHI, Habib MAHI, Mokhtar GUERFI, « La baie d’Alger, un espace côtier prisé, entre pressions d'urbanisation et gouvernance territoriale » inGeo-Eco-Marina 25(2019):113-130 · December 2019.
  • Naima AGHARMIOU Née RAHMOUNI , « La planification urbaine à travers les PDAU-POS et la problématique de la croissance et de l’interaction villes/villages en Algérie. Référence empirique à la wilaya de Tizi-Ouzou », thèse de Doctorat ès Sciences économiques, Université de Tizi-Ouzou,2013.
  • Catherine MARCHAND, « La ville de demain »,Rapport de recherche réalisé pour le compte du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, Gouvernement du Québec – 2012.en ligne sur https://www.laval.ca/Documents/Pages/Fr/Citoyens/participation-citoyenne/lien-utile-schema-amenagement-ville-de-demain-mamot.pdf

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