[Dossier Afrique - Ville(s) Durable(s)] #13 - Résilience des infrastructures à Madagascar : L’importance des normes face aux aléas climatiques

Prévenir les catastrophes et réduire les risques en vue d’une diminution des pertes humaines et des conséquences économiques, sociales et environnementales dues aux différents aléas climatiques affectant Madagascar : tels sont les principaux objectifs de la Cellule de Prévention et Gestion des Urgences (CPGU) dans la réalisation de ses missions et diverses activités.

Article extrait de : Liaison Énergie-Francophonie, numéro 109, OIF/IFDD, 2018.

Dans ce processus, la prévention et la planification, de par leur caractère anticipatif, sont d’une importance capitale pour le renforcement des capacités de résilience des collectivités à travers le pays. Madagascar est confrontée à divers types de catastrophes naturelles,  mais il convient de souligner que la menace principale se trouve être les cyclones tropicaux en raison de la position géographique de Madagascar, l’Île séparant le canal du Mozambique de l’Océan Indien. L’intensité accrue et la recrudescence de ces phénomènes occasionnent de nombreux dégâts et dommages souvent irréparables et entraînant des pertes économiques considérables. Aussi, le gouvernement malgache, à travers la CPGU, entend promouvoir l’intégration de la réduction des risques de catastrophe dans les politiques de développement des secteurs identifiés comme les plus vulnérables et leur assurer un appui en ce sens. 

La gouvernance des risques liés au changement climatique à Madagascar : une réalité complexe

Depuis la mise œuvre du Programme d’Action National d’Adaptation aux changements climatiques (PANA), lequel vise à intégrer les dimensions climatiques dans les différents processus de planification et de programmation du développement durable, les politiques malgaches ont été fondées sur la lutte contre la pauvreté, ainsi que la préservation et la valorisation des ressources environnementales. Le programme national de développement, dans son cinquième axe, prévoit également la protection, la conservation et la valorisation durable du capital naturel et de l’écosystème. L’intégration et la considération de la dimension de Réduction des Risques de Catastrophes (RRC) dans les plans de développement (Plan Communal de Développement, Plan Régional de Développement, etc.) constitue ainsi une volonté manifeste d’instaurer un cadre de référence aux efforts de développement. Ainsi, certaines actions, comme l’appui et le renforcement des structures de gestion des risques de catastrophes à tous les niveaux, l’intensification de la lutte contre les feux de brousse et de forêts ainsi que la déclinaison du système de veille climatique et agro-météorologique au niveau des districts, ont été priorisées. 

Suivant le cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, l’engagement et la coopération de la société dans son ensemble sont sollicités. Cela  nécessite donc la mise en place de mécanismes de coordination intra et intersectoriels ainsi que de dispositifs de concertation avec les intervenants concernés à tous les niveaux. Dans ce cas est nécessaire la participation sans réserve de tous les organes exécutifs et législatifs de l’État aux niveaux national et local et la répartition claire des responsabilités entre les intervenants du secteur public et ceux du secteur privé, y compris les entreprises et les universités, pour garantir le resserrement des relations, la collaboration, la complémentarité des attributions et responsabilités. 

Une grande partie des dégâts affectent les habitations, les bâtiments publics, les routes, les ponts et les infrastructures hydroagricoles. C’est pour cela qu’un renforcement de la résilience à travers l’élaboration et la diffusion de normes, guides et directives pour la construction d’infrastructures et d’ouvrages plus résistants aux aléas climatiques est mené par la CPGU.

Jusqu’à présent, les normes de construction établies sont au nombre de six, dont quatre ont déjà fait l’objet de décrets d’application pris en Conseil de Gouvernement afin de leur conférer une force exécutoire. Il s’agit : 

  • des règles et fascicules pour la construction des bâtiments paracycloniques ;
  • du Guide de Protection Routière Contre l’Inondation à Madagascar (GPRCIM) ;
  • de la Directive Nationale pour la Construction des Infrastructures d’Alimentation en Eau Potable à l’échelle communautaire (AEP) ;
  • des Normes malgaches de construction des Infrastructures Hydroagricoles contre les Crues et Inondations (NIHYCRI).

Les deux autres récemment élaborées sont encore en attente de leurs textes d’application :

  • les guides sur la construction des cases d’habitation traditionnelles ;
  • les normes sur les installations électriques/télécommunications résistant aux cyclones.

Règles et Fascicules pour la Construction des Bâtiments paracycloniques

Il s’agit d’un ensemble de règles de calcul et de dispositions constructives découlant des enseignements tirés des sinistres provoqués par les précédents cyclones. Sont pris en compte les effets du vent et des pluies et des prescriptions sont prévues afin de réduire les dégâts qu’ils peuvent entraîner. C’est par rapport aux vents cycloniques que les directives sont établies et comportent des exigences sur la conduite et les mesures à prendre avant, pendant et après le passage d’un cyclone, que ce soit au niveau de la population ou des autorités locales. Les dispositions constructives sont applicables sans restriction pour l’ensemble des constructions classiques en dur. La CPGU a déjà procédé à la construction de salles de classe paracycloniques pour servir de prototypes d’infrastructures bâties selon ces normes. En outre, tous les travaux de construction réalisés par le Fond d’intervention pour le développement (FID) respectent ces règles paracycloniques.

Guide de Protection Routière Contre l’Inondation à Madagascar (GPRCIM)

Il s’agit d’un guide de construction routière prenant en compte la durabilité et la résistance aux aléas climatiques des infrastructures. Il comporte des prescriptions et des recommandations imposant aux acteurs du secteur - dont les bureaux d’étude, les entreprises et les techniciens - des règles et directives sur la réalisation de ces travaux. Ces règles à suivre dans le processus de construction mentionnent les dimensionnements, le type de matériaux à utiliser et les diverses spécifications à prendre en compte pour aboutir à une meilleure résistance des travaux et donc accroître la durée de vie des infrastructures routières. Plusieurs paramètres techniques sont ainsi pris en considération afin d’obtenir les résultats escomptés. L’étude ne doit pas uniquement se baser sur la résistance des matériaux : la prise en compte d’autres facteurs connexes jouant sur la durabilité de l’infrastructure est aussi d’une importance clé. C’est pour cette raison que diverses disciplines sont prises en compte dans le processus, à travers la consultation d’experts en géologie, hydrologie, hydraulique et géotechnique. Une importance majeure est également donnée au climat de la zone d’implantation. Le Guide est utilisé à toutes les phases du projet, aussi bien dans les études préliminaires, l’exécution des travaux que l’entretien et le suivi.

Des exemples concrets de l’application du GPRCIM méritent d’être soulignés : il s’agit de la construction du nouveau pont de Kamoro et la réhabilitation du pont de Betsiboka.

 

Légende : Pont de Kamoro.

 

 

Légende : Pont de Betsiboka.

Directive Nationale pour la Construction des Infrastructures d’Alimentation en Eau Potable à l’échelle communautaire (AEP)

Cette directive s’applique à la conception, au dimensionnement et à la construction d’infrastructures d’Alimentation en Eau Potable à l'échelle communautaire (AEP) résistantes aux aléas climatiques. Elle constitue un texte de référence conditionnant la sécurité et la durabilité des infrastructures AEP et s’applique à tous les projets publics, parapublics et privés touchant une communauté d’une population comprise entre 50 et 1500. Elle n’inclut pas uniquement la phase d’étude et de construction, mais intègre également la gestion et l’exploitation des infrastructures, ainsi que la politique de Réduction des risques et des catastrophes dans la réalisation des projets d’AEP. Les principaux objectifs de la directive sont l’assurance d’une durée de vie réelle selon le standard technique pour l’accessibilité et l’exploitabilité de l’infrastructure en tout temps et la satisfaction des besoins de la population en matière quantitative, qualitative et par rapport à la corvée d’eau. Cette directive renforce également la fonctionnalité des infrastructures, notamment au niveau de la disponibilité de l’eau potable pendant et après les catastrophes, comme les cyclones et inondations.

Légende : Exemples d’infrastructures d’alimentation en eau potable à l’échelle communautaire.

Les Normes malgaches de construction des Infrastructures Hydroagricoles contre les Crues et Inondations (NIHYCRI)

Elles donnent des exigences et prescriptions purement techniques en matière de conception, de dimensionnement, de construction et de contrôle des travaux en relation directe avec les risques de crues et inondations sur les infrastructures hydroagricoles et leurs zones d'influence directes. Les exigences correspondent à des termes à respecter obligatoirement. Celles d’une portée générale sont axées sur les types d’activités à réaliser, et les prescriptions sont des directives ou guides de bonnes pratiques. Ces normes s’appliquent à toutes les infrastructures destinées à l’irrigation, au drainage et à la protection des périmètres irrigués susceptibles d’être concernés par des crues, des inondations ou des ensablements. Elle a pour objet d'accroître la sécurité des infrastructures hydroagricoles de manière à protéger les personnes et les biens contre les risques d’aléas naturels et à atténuer les impacts socio-économiques des crues et inondations sur les périmètres irrigués, mais également de sécuriser les investissements réalisés dans le cadre de l’aménagement hydroagricole. Les aspects spécifiques de ces normes s’appuient, entre autres, sur la considération donnée aux études géotechniques tout en tenant compte des matériaux des sols en place, puis des calculs liés à la fondation et à la stabilité des infrastructures.

Conclusion : les avantages de l’application de ces normes et directives

L’existence et l’application de ces normes et directives revêtent plusieurs avantages. En premier lieu, ces normes permettront d’accroître la sécurité des infrastructures contre les dégâts liés aux vents, crues et inondations causés par les aléas climatiques. La notion de durabilité des infrastructures se trouve être la clé de voûte de ces normes. 

En second lieu, l’application de ces normes permettra de sécuriser les investissements réalisés. Autrement dit, elle réduira les pertes économiques engendrées par les destructions et diminuera les dépenses liées aux travaux de réhabilitation. Ainsi, l’impact positif de ces normes se mesure à grande échelle, dans la mesure où la construction d’infrastructures les respectant aura des effets significatifs sur le développement. Les réparations ont toujours interrompu le processus de développement car, au vu des nombreux dégâts causés par les catastrophes climatiques, le pays se trouve dans l’obligation de se relever à nouveau et accumule ainsi des dettes pour la réalisation des travaux de réhabilitation. La mise en place de telles normes cherche à résoudre cette problématique en renforçant les capacités de résilience à l’échelle nationale. Aussi, même si leur application nécessite parfois des coûts assez élevés, l’existence de ces normes comporte des avantages majeurs pour la vie économique du pays et le bien-être des communautés visées.

En conclusion, ces normes et directives constituent des référentiels uniques dans la construction ou réhabilitation des infrastructures critiques. Leur application témoigne de la volonté de chaque secteur concerné d’intégrer le concept de réduction des risques au cœur de ses pratiques, le principal but étant de garantir une réduction substantielle des pertes et des risques liés aux catastrophes portant atteinte aux biens économiques, physiques et sociaux des collectivités du pays.

Un article signé Stella Nancy Ratefisaonina et Rémi Rolland Rakoto Andriamanalinarivo, Institut de la Francophonie pour le Développement Durable.

Première publication : Liaison Énergie-Francophonie, numéro 109, OIF/IFDD, 2018.

Bibliographie :

  • République de Madagascar. (2014a). Règles pour constructions paracycloniques. 16 pages. En ligne : [https://bit.ly/2BfxhTX] (consulté le 15 août 2018)
  • République de Madagascar. (2014b). Normes malgaches de construction des infrastructures hydroagricoles contre les crues et les inondations NIHYCRI. 136 pages. En ligne : [https://bit.ly/2KXo5mv] (consulté le 15 août 2018)
  • République de Madagascar. (2016). Guide pour l’amélioration de la résilience des cases d’habitation traditionnelle face aux cyclones. 56 pages. En ligne : [https://bit.ly/2Mo3n4d] (consulté le 15 août 2018)
  • République de Madagascar. (2018a). Guide de protection routière contre l’inondation à Madagascar. 52 pages. En ligne : [https://bit.ly/2KXomWz] (consulté le 15 août 2018)
  • République de Madagascar. (2018b). Directive nationale pour des infrastructures AEP à l’échelle communautaire résistantes aux aléas climatiques. 164 pages. En ligne : [https://bit.ly/2MP5gDR] (consulté le 15 août 2018)
  • République de Madagascar. (Non-daté). Fascicule pour constructions paracycloniques. 22 pages. En ligne : [https://bit.ly/2nHISl2] (consulté le 15 août 2018)

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