#31 - Partir de nos rues pour bâtir la ville de demain.

Rédigé par

Leonard / Matthieu Lerondeau

Head of Communications & Communities, Leonard

12106 Dernière modification le 20/12/2021 - 12:00
#31 - Partir de nos rues pour bâtir la ville de demain.

Il y a différentes manières de concevoir la ville résiliente : partir « d’en haut » dans une logique de planification urbaine, ou partir « d’en bas » et construire ensemble, en mettant autour d’une même table décideurs publics, et acteurs privés, professionnels de l’aménagement et usagers. Nous croyons que c’est à partir de la rue que peut s’enclencher une transformation profonde du tissu urbain pour l’adapter aux défis du changement climatique, tout en répondant aussi aux grands enjeux sociaux et sociétaux mis particulièrement en lumière par la crise sanitaire. Grâce à une démarche inédite intégrant les approches climatique, environnementale, paysagère, sociale et économique – « la rue commune » –, nous proposons de transformer les rues métropolitaines ordinaires pour faire la ville durable et désirable du XXIème siècle.

Et si tout commençait par les rues de nos métropoles ? Pas les axes de circulation principaux ou les grands boulevards, qui ont aujourd’hui et auront encore demain vocation à absorber une part importante du trafic routier. Mais par les rues secondaires, les rues ordinaires, les plus communes, qui représentent la très grande majorité des voies des grandes villes. Ces rues pourraient être le point de départ d’une profonde transformation de notre tissu urbain vers une nouvelle ville répondant, en tout point, à ces enjeux du changement climatique que nous connaissons tous : adaptation à la hausse des températures, gestion des eaux pluviales ou encore effondrement de la biodiversité. Et cela, tout en répondant aussi aux grands enjeux liés à l’évolution des mobilités et à la re-spacialisation des usages, notamment dans un contexte post-COVID.

C’est cette conviction partagée qui nous a poussés à joindre nos expertises en matière de composition urbaine, de paysage et d’architecture (Richez Associés), de conception et d’ingénierie environnementale (Franck Boutté Consultants), de procédés innovants de construction et d’aménagement urbain (Leonard, plateforme prospective et innovation du groupe VINCI). Une conviction à laquelle nous voulons donner une traduction opérationnelle et pérenne, en nous appuyant, pour la faisabilité technique, sur le savoir-faire des entreprises de construction de VINCI.

Posons d’abord un constat. Les rues « ordinaires » vont être appelées à évoluer très fortement du fait de la concomitance de plusieurs phénomènes de natures différentes, mais tout aussi structurants.

Le déclencheur : le nécessaire essor des mobilités décarbonées.

D’abord, l’essor nécessaire des mobilités douces, non polluantes, en milieu urbain. Nous sommes arrivés à la fin d’une époque. Certes, il faudra beaucoup d’efforts individuels et collectifs, de nombreux débats également avec les habitants, mais dans les métropoles, la place des véhicules thermiques individuels va devoir fortement baisser au profit d’autres formes de mobilités : essentiellement les transports en commun, le vélo, les trottinettes... Les véhicules individuels subsisteront sans doute, mais ils seront plus petits, plus légers, électriques, peut-être autonomes et surtout partagés.

Progressivement, au fur et à mesure qu’elle interviendra, cette raréfaction du véhicule individuel tel que nous le connaissons – un véhicule qui, pour circuler, nécessite une emprise au sol importante et des revêtements très robustes – va restituer de l’espace dans les rues « ordinaires », espace qui pourra alors être rendu aux piétons, habitants et passants. C’est cette reconquête et cette transformation que nous souhaitons organiser et accompagner par le réaménagement des sols et la libération de ses usages, en recourant notamment à d’autres matériaux, plus légers et poreux, et en offrant une place nouvelle à tous les vivants dans l’espace public, sur des surfaces sur lesquelles dorénavant on ne roulera plus, ou alors autrement.

Après le COVID, de nouveaux usages de la rue ordinaire métropolitaine.

Un autre phénomène structurant s’est imposé depuis le début de la crise du COVID : un usage différent, plus agile, de l’espace public. Depuis un an et demi, les contraintes sanitaires ont fait émerger des pratiques et des usages nouveaux : des files d’attente dans la rue, des terrasses a priori éphémères, sur des lieux autrefois réservés au stationnement des véhicules, auxquelles les habitants prennent progressivement goût, des installations sanitaires ponctuelles (centres de test ou de vaccination), des rendez-vous donnés en extérieur plutôt que chez soi… Au fil des mois, nous avons fait l’expérience concrète que la spatialisation des usages dans l’espace public n’était pas, contrairement à ce que l’on pouvait croire, figée. Chacun a bien intégré que les aménagements de nos rues, à condition qu’on le veuille, pouvaient changer avec agilité.

La crise sanitaire a aussi été le moment d’une prise de conscience de la valeur de l’espace extérieur dans la vie quotidienne. Quand certains, lors des épisodes de confinement, ont pu quitter temporairement la ville – voire décider de la quitter définitivement –, beaucoup d’autres, pour diverses raisons, n’ont pas pu partir vers un cadre plus agréable, avec souvent à la clef l’expérience douloureuse d’une forme d’enfermement. Bénéficier d’un surplus d’espace, en particulier d’espaces verts, ou en tous cas d’un extérieur qui vienne compenser des surfaces d’habitation souvent trop petites, et permettre une respiration, est devenu une attente très forte, presque une condition nécessaire pour rendre la ville vivable et désirable.

Repenser la rue métropolitaine ordinaire dans son ensemble.

Ce triple constat (récupération d’espace avec l’essor nécessaire des mobilités douces ; usages plus agiles de l’espace public ; besoin dans un contexte post-COVID d’offrir de nouveaux espaces extérieurs) nous pousse à repenser la rue « ordinaire » métropolitaine pour en faire une véritable « rue commune », cadre idoine pour initier l’adaptation de nos villes au changement climatique et ses conséquences. Sous-sols, socles, façades, toitures, air : tout l’espace de la rue, au sens le plus large, appelle à être repensé. A terme, ces « rues communes » transformées, comme les pièces d’un puzzle, formeront un grand maillage amorçant une mutation globale du tissu urbain.

Une nouvelle méthode pour mener cette transformation : la mise en « commun ».

Cette « rue commune » doit l’être aussi dans le sens où sa mise en œuvre implique de s’appuyer sur la participation de tous. L’évolution de la rue doit associer tous les acteurs et utilisateurs, dans une recherche de bien commun, donner à tous la possibilité équitable de faire entendre leur voix, et d’être outillé pour évaluer les effets rebond et éventuels préjudices.

Un « commun » est une ressource mise en partage et alimentée par une communauté qui met en place une gouvernance et des règles pour la gérer et la protéger. Seule cette approche du « commun » – qui s’impose d’ailleurs de plus en plus comme un cadre pertinent de la décision publique –, nous semble viable pour enclencher un changement des mentalités, et à la suite un passage rapide à l’action. Car toute transformation du cadre habituel de la ville demande de sortir des pratiques et des représentations classiques. Il faut imaginer des espaces nouveaux, des aménagements inédits, en sachant, par le dialogue et l’intelligence collective, aller au-delà du « chacun pour soi » et des silos qui cloisonnent trop souvent l’aménagement de l’espace public. Au-delà des propriétaires fonciers et des pouvoirs publics, dont la voix est aujourd’hui prédominante pour l’aménagement urbain, c’est un commun de décision et d’action qui doit être créé.

Une mise en commun des expertises et des expériences.

Le « commun », c’est aussi une mise en commun des expertises. Les expertises techniques tout autant que celles de la société civile, des habitants, des commerçants, des usagers, qui ont une connaissance fine, parce qu’ils les vivent au quotidien, des sujets abordés. Seule cette construction par la mise en commun permettra de briser les cloisonnements qui trop souvent empêchent l’émergence de visions systémiques et dynamiques de la ville.

Alors comment organiser et faire vivre ce « commun » dans les rues métropolitaines ordinaires, pour en faire une mécanique puissante de transformation ?

Dans le cadre d’un « appel à communs » sur la résilience des territoires porté par l’ADEME, nous avons soumis le projet de « La rue commune ». Concrètement, nous nous donnons un an pour mettre à disposition des collectivités un guide méthodologique de diagnostic et de mise en œuvre pour accélérer l’adaptation des rues métropolitaines ordinaires et répondre ainsi à l’urgence climatique et sociale. Il ne s’agit pas d’apporter des solutions prêtes à l’emploi et réplicables en toute situation, mais de définir une grille de lecture, un cadre d’analyse et d’objectifs permettant d’opérer la transition nécessaire de nos métropoles. C’est en commun, en fédérant autour de cette démarche toute une communauté d’acteurs, aux expertises et aux expériences différentes, et en procédant de manière itérative, avec des phases régulières d’échanges, que nous voulons bâtir ce guide. Si sa forme n’est pas à ce jour arrêtée, son but l’est : permettre que partout des « rues communes » résilientes puissent voir le jour.

Un guide pour diagnostiquer et agir.

Ce guide comportera deux parties. La première établira, à partir d’une analyse territoriale globale, une méthode de diagnostic de la rue, sur le plan matériel (dimensions, orientation, nature des sols et sous-sols, des façades, gestion des eaux de pluie, végétalisation) et immatériel (situation juridique, mais aussi d’usage – pour savoir comment la rue est habitée –, et relationnelle – comment les différents « groupes » qui la constituent s’entendent). Cette première partie permettra de lire les besoins, de lister les vulnérabilités et d’identifier les potentiels. La seconde partie aura une vocation plus opérationnelle. En présentant différents cas d’usage, elle détaillera, en fonction du diagnostic préalable, les changements possibles, les actions envisageables, pour que la rue produise, en fonction des situations spécifiques des différents territoires, ce que l’on attend d’elle. Par exemple, en matière de réorganisation de l’espace public, d’invitation à de nouveaux usages, ou encore d’utilisation de matériaux contribuant au rafraichissement de nos métropoles en été.

Ce guide, qui sera mise à disposition de tous, constituera ainsi en lui-même un bien commun.

A notre connaissance, jamais une telle démarche n’a été initiée. Nous croyons beaucoup à cet intérêt du commun parce que les défis vitaux qui sont devant nous ne pourront être réglés que de manière commune.

Appel à l’action

La consultation pour le développement de ce commun sera lancée au printemps 2022. Vous souhaitez rester informé en temps réel sur les évènements à venir et rejoindre la communauté de ce projet, nous vous donnons rendez-vous dès à présent en ligne sur le site internet dédié www.ruecommune.com.

 

Consulter le site du projet

 

Auteurs :

Leonard – plateforme de prospective et d’innovation du groupe VINCI
Etienne Bourdais – Responsable de projets innovants
https://leonard.vinci.com/

Richez_Associés – Architecture Urbanisme Paysage
Lise Mesquida – Responsable du Lab Richez_Associés
https://www.richezassocies.com/fr

Franck Boutte Consultants – Conception et ingénierie environnementale
Loïc Chesne – Directeur de projets
https://franck-boutte.com/

 


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