#4 - La résilience du bâti, un levier indispensable face au changement climatique

#4 -  La résilience du bâti, un levier indispensable face au changement climatique

Le changement climatique entraîne une augmentation du nombre de sinistres et du coût associé. Il est donc important pour les assureurs de s’impliquer dans l’anticipation de ces effets. Un des leviers essentiels à cette anticipation est l’adaptation des constructions aux aléas auxquels elles sont et seront exposées. L’enjeu actuel est de partager et de promouvoir les techniques constructives d’adaptation aux risques, lorsqu’elles existent, afin qu’elles soient davantage prises en compte.

I/ Le coût actuel des sinistres et son augmentation avec le changement climatique

 

Un coût actuel élevé et ses principales causes

Si l’on craint une augmentation du coût des sinistres pour des événements futurs, le montant actuel est déjà élevé. Selon la Fédération Française de l’Assurance (FFA), « la couverture des événements naturels totalise en 2019 un volume de cotisations de 3,8 milliards d'euros ». Mais l’impact d’un événement sur un bâtiment diffère selon les aléas ce qui joue sur la répartition des coûts.

 

Selon les aléas, les composantes du bâti impactées sont différentes :

 

Figure 1: Répartition des coûts par élément constructif liés au sinistre pour des événements sécheresse géotechnique, inondations, grêle et tempête, source : projet de thèse CatClimData, MRN

Ainsi, pour un événement sécheresse le poste de réparation principal se concentre sur les fondations et le sous-œuvre, dont les coûts de réparation représenteront plus de la moitié des coûts de réparation, tandis que pour un événement tempête ce sont les éléments de couverture qui sont le plus endommagés.

Si les dommages sur le bâti sont directement causés par la force d’un événement, d’autres sont la conséquence de malfaçons ou de défauts de normes. Par exemple, bien que la France connaisse annuellement entre 40 et 50 tornades selon Keraunos, la norme Eurocode 1 ne considère pas les effets des phénomènes tourbillonnants. Il en résulte que les bâtiments ne sont pas adaptés à cet aléa.

Au-delà des manquements de normes de construction, l’observation des sinistres révèle un grand nombre de malfaçons. Si les aléas naturels sont la cause directe des dommages, ils sont surtout un révélateur des malfaçons. Par exemple :

L’absence ou la mauvaise mise en place des chainages du bâti engendre une partie importante des sinistres pour les aléas sécheresse géotechnique et tempête. Actuellement les éléments de toiture sont souvent davantage « posés » que « liaisonnés » ce qui les rend vulnérables aux fortes rafales de vent.

Les très faibles pentes d’écoulements sur les toitures « légères » favorisent les accumulations d’eau lors de fortes précipitations (pluie, neige ou grêle). Ces malfaçons causent une partie des sinistres recensés d’infiltration par les toitures pouvant conduire à leur écroulement.
Une fiche de prévention MRN illustre le sujet.

 

Un coût augmenté par le changement climatique

Le rapport du GIEC publié le 09 août 2021 revient sur l’augmentation de l’intensité des aléas avec le changement climatique. A l’échelle du monde, les précipitations intenses devraient s’accentuer de 7 % à chaque degré pris avec le réchauffement climatique. Parallèlement à cela, la multiplication des enjeux (biens immobiliers et leur contenu) et la hausse de leur valeur génèrent l’enrichissement des valeurs assurées . La FFA a récemment publié une étude afin d’éclairer les assureurs sur l’impact du changement climatique. Elle projette une augmentation de 69 milliards d’euros, soit une hausse de 93% en euros constant entre la période passée (1989-2019) et l’horizon 2050. 

 

II/ Une adaptation nécessaire des constructions

 

La résilience, une notion clé …

La notion de résilience est souvent envisagée par les acteurs de la gestion des risques naturels, dont les assureurs, pour limiter les effets du changement climatique. Rendre les bâtiments assurés plus résilients est un moyen pour faire face à l’augmentation des coûts des sinistres tout en limitant la hausse de l’assurance habitation. Des mesures d’adaptation aux aléas appliquées aux bâtiments existent et sont adoptées dans certains projets. Ces candidats ont été lauréats de la première édition des Trophées Bâtiments Résilients : 

Projet Maison Confortée par Humidification

  « Il s’agit d’une maison exposée et sinistrée Confortée par Humidification qui présente une solution innovante face à l’aléa « Retrait-gonflement des argiles » (RGA) par l’injection d’eau de pluie préalablement stockée au niveau des fondations en période de stress hydrique. »

Consulter l’étude de cas

 

Projet Maisons Moasteel

  « Pour ces deux maisons, le Maître d’Ouvrage a souhaité répondre à différents aléas auxquels le bâti est exposé (sécheresse, cavités, sol à faible portance à proximité d’un ruisseau et effets du vent) par un système constructif en structure métallique, fondé sur pieu vissé. Ce concept constructif permet également de répondre, le cas échéant, à une exposition en zone sismique et cyclonique. Enfin, le système est facilement industrialisable, donnant la possibilité de réaliser rapidement de grandes séries de maisons à un excellent rapport qualité-prix. »

Consulter l’étude de cas

 

… mais un levier perçu comme non applicable

Néanmoins si ces mesures d’adaptation ont déjà été mises en place ponctuellement, elles sont loin de constituer une norme. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation :

Un manque de clarté et une méconnaissance de ces mesures techniques par les acteurs de la construction empêchent leur application, les documents existants ne sont pas assez partagés pour constituer des référentiels à suivre. 

D’autre part, les mesures d’adaptation souffrent d’un manque de normes en France. C’est notamment le cas du batardeau : aucune réglementation de leur composition ou de leur mise en place sur les bâtiments existe.

Le principal argument porté contre la résilience et les mesures d’adaptation sont le coût. Si ce dernier peut s’avérer élevé pour le bâti existant notamment pour l’aléa retrait et gonflement des argiles, il faut davantage l’appréhender sur une vision à long terme. Un bâtiment a une vocation de durée, c’est un investissement pérenne. S’il n’est pas adapté selon son exposition aux aléas, il sera impacté et son sinistre aura également un coût. Le coût de la non-adaptation renvoie directement au coût de la sinistralité.

Ainsi les freins existent et ne sont pas négligeables mais il est nécessaire de voir la résilience comme « une opportunité » à saisir, une occasion d’améliorer son bâti.  Face au changement climatique, l’adaptation n’est plus un levier à choisir mais doit faire partie de tous projets de construction. L’enjeu est d’intégrer l’adaptation au dispositif codificatif des normes, dispositif de référence pour tous les constructeurs.

 

III/ Des solutions pour inciter à adapter les bâtiments

 

Améliorer la connaissance des acteurs du bâtiment

A travers l’association Mission Risques Naturels (MRN), les assureurs participent à la normalisation des principes de résilience. Cela passe notamment par améliorer la connaissance sur les risques naturels et faire connaître les outils existants à l’ensemble des acteurs de la prévention des risques dont les constructeurs.

La publication de rapports et de Lettres MRN permet d’apporter des connaissances techniques sur les différents aléas naturels et leur impact sur les bâtiments. Avoir une bonne compréhension des aléas et des endommagements qu’ils causent pousse chacun à prendre conscience que la résilience n’est plus un frein à la construction mais une nécessité.

La MRN a également organisé en partenariat avec l’Agence Qualité Construction et Construction21 la première édition des Trophées Bâtiments Résilients en 2020. L’objectif était de faire la promotion de projets exemplaires en termes d’adaptation aux aléas naturels auprès des constructeurs. Des critères d’innovation, de coût et de reproductibilité ont été intégrés à l’évaluation des candidatures afin de démontrer que ces projets sont réalisables.

 

Guider la prise d’information avec le répertoire des référentiels de résilience du bâti

Faire un état des lieux des réglementations et normalisations existantes est également un moyen de favoriser l’application des mesures d’adaptation sur les bâtiments. Sous l’égide de la Fédération Française de l’Assurance, la MRN a publié un document qui répertorie et analyse les différents référentiels de résilience par aléa. Ces référentiels ont été examinés par un groupe de travail composé de représentants des entreprises d’assurance, d’experts en construction et d’experts scientifiques provenant du monde académique. Le répertoire sera diffusé et actualisé chaque semestre.

L’objectif de ce document est donc d’amener et de clarifier l’information aux acteurs qui œuvrent à l’adaptation des bâtiments.

 

Téléchargez ce document

Conclusion

En définitive, les causes du coût élevé des sinistres sont multiples (intensification des aléas naturels, malfaçons, manquements de normes…). Ce coût sera amené à augmenter avec le changement climatique. Afin de le limiter, la notion de résilience aux risques naturels est pertinente mais souffre, pour le moment, de son défaut de mise en œuvre. Par exemple, la mise en place de mesures d’adaptation est peu adoptée lors des rénovations (notamment les rénovations énergétiques) ou lors des constructions de bâtiments. Améliorer et guider la prise d’information participent à faire des mesures de résilience une norme en dépassant les freins qui lui sont associés. Ainsi, de plus en plus d’outils et de documentations sont produits pour rendre ces mesures accessibles. La résilience est donc en passe de devenir opérationnelle et d’être reconnue comme une opportunité d’améliorer la durabilité des bâtiments.

Article signé Eric Petitpas et Léa Thorel, Mission Risques Naturels

www.mrn.asso.fr/

crédit photo : pixabay.com


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