DEET : optimiser ses installations pour atteindre l'objectif 2030

Rédigé par

Pierre MURIE

1576 Dernière modification le 07/04/2023 - 12:00
DEET : optimiser ses installations pour atteindre l'objectif 2030

 

Les objectifs du Dispositif Éco Énergie Tertiaire sont ambitieux. Cependant, il est possible de faciliter la mission -40% en 2030 en travaillant sur les installations existantes. Une étude menée avec le COSTIC permet d’évaluer le potentiel d'économies d'énergie pouvant être obtenu par la mise en œuvre d'actions d’optimisation des pratiques des occupants vis à vis des équipements consommateurs d'énergie au sein du bâtiment et de connaître les méthodes d’actions les plus efficientes.

Première étape validée, place à l’objectif 2030

Le Dispositif Éco Énergie Tertiaire (DEET) est un marathon de la rénovation. Né en juillet 2019 de la loi Elan, il fixe des ambitions d’économies d’énergie finale jusqu’en 2050. Après avoir passé les premières étapes administratives dans la plateforme OPERAT de l’ADEME, les assujettis doivent dorénavant réfléchir au plan d’action pour atteindre le premier objectif du DEET en 2030.
Lorsque les scénarios d’un audit sont étudiés, il est souvent conseillé de rénover le bâtiment dans un ordre logique d’efficacité énergétique. Il faut travailler le bâti dans un premier temps, dimensionner ensuite les systèmes énergétiques pour exploiter avec efficacité les équipements et enfin adapter les locaux à un usage économe en énergie en agissant sur le comportement des occupants.
Le contexte énergétique actuel peut remettre en cause les stratégies de rénovation des assujettis notamment à cause des coûts d’exploitation et d’une capacité d’investissement plus faible associés à des contraintes techniques et de temps. Ainsi, aujourd’hui, les actions à prioriser pourraient devenir l’adaptation des locaux, le comportement des occupants ainsi que l’exploitation des équipements.

Etude sur quatre typologies de bâtiments tertiaires

Cette étude menée sur une école primaire, un lycée et deux bâtiments de bureaux évalue les consommations poste par poste avant et après avoir mis en place des actions d’optimisations des usages. Ainsi sur les usages chauffage, climatisation, éclairage, ventilation et bureautique, les actions menées sont réalisées par des écogestes d’un occupant d’un local (ex : action sur un robinet thermostatique) ou par l’optimisation du réglage des équipements (régulation à l’échelle du bâtiment).
Avant de mener ces actions, il faut analyser le comportement et les usages du bâtiment. Prenons l’exemple d’un lycée des années 1970 de 5 900 m² :

Les temps d’inoccupation sur ce type de bâtiment sont très importants. Cela se traduit par un temps de fonctionnement du chauffage au ralenti de 65% sur l’état initial. Ainsi, ces périodes d’inoccupation représentent un levier important pour réduire les consommations sur tous les usages.

Optimiser les consommations de chauffage

Seuls les résultats sur les consommations de chauffage sont présentés dans l’article mais l’étude porte également sur les autres usages des bâtiments.
Dans le scénario de base du lycée, les températures de confort des locaux sont différentes (19°C, 20°C, 21°C et 22°C). Des ralentis de nuit, week-end et jours fériés hors vacances de -3K (-3 degrés) sont appliqués et -6K pendant la fermeture de l’administration dans la partie administrative (19 jours).


Dans un premier scénario d’optimisation, on décide de réduire de -1K la température de consigne de la majorité des locaux. Les gains sont immédiats avec -8% sur les consommations de chauffage et -6% sur les consommations totales du bâtiment.

Dans un second scénario d’optimisation les mêmes actions qu’au scénario 1 sont préconisés ainsi qu’un réduit de -11K durant la fermeture de l’administration au lieu de -6K. Les gains observés sont de -13% sur les consommations de chauffage et -9% sur les consommations totales du bâtiment.
Le troisième scénario reprend le scénario 1 et ajoute un réduit de -6K dans la partie administrative et dans le reste du bâtiment pendant les vacances scolaires (66 jours). Les consommations de chauffage baissent alors de -20% et les consommations totales sur le bâtiment de -14%.
Le quatrième scénario se base sur le scénario 3 mais un réduit de -11K est appliqué au lieu de -6K sur les mêmes locaux et périodes du précédent scénario. Ainsi les gains de -32% sur les consommations de chauffage et -22% sur les consommations totales du bâtiment.
A noter que le confort des occupants n’est pas impacté par ces modifications de température de consignes. De manière générale, dans ces bâtiments peu occupés, un levier très important d’actions, qui n’influe pas sur le confort des usagers et génère des économies notables est de limiter le plus possible les consommations durant les périodes d’inoccupation.
Sur un scénario complet d’optimisation de tous les usages on obtient une réduction des consommations en énergie finale de 34% sur le cas du lycée.

Chiffres clés sur les autres bâtiments

Sur les autres bâtiments, un réduit pendant les vacances scolaires de 11K au lieu de 6K de la température ambiante durant les périodes de vacances scolaires conduit à un gain de 20% sur les consommations de chauffage en école primaire.
Abaisser de 4K au lieu de 3K la température ambiante génère une économie en chauffage de l’ordre de 5% dans les bureaux étudiés les nuits et week-end.
Si on réduit la température des bureaux inoccupés en permanence de 4°C, le réglage de la température dans un bureau en permanence inoccupé génère une diminution des consommations de chauffage de ce local allant jusqu’à 45%.
Il faut savoir que les locaux des bâtiments tertiaires étudiés sont très peu occupés. Les bureaux sont ponctuellement inoccupés à cause des déplacements, du télétravail, des congés, etc. L’inoccupation des locaux représentent 15 à 40% du temps sur l’année en moyenne selon les bâtiments étudiés.
Abaisser de 1°C les températures ambiantes d’un local, conduit à une diminution de l’ordre de 10% des consommations du local.

Cet exemple montre qu’avec des actions sur les installations et les équipements existants, il est possible de réaliser de belles économies d’énergie sans investir beaucoup d’argent. Ces actions, à temps de retour faibles, permettent de faciliter l’atteinte du premier objectif du DEET à moindre coût. Elles sont également la preuve que s’appuyer sur les installations existantes et les optimiser est un choix pertinent, limitant le surinvestissement lié au renouvellement des systèmes. 
Une fois cette étape réalisée, il sera judicieux d’analyser les équipements existants afin d’améliorer leurs performances. La production, la régulation, la distribution, la qualité de l’eau sont des éléments à optimiser afin d’avoir des meilleurs rendements sur les installations.
Ainsi des actions comme les réglages des bruleurs, des débits gaz, des débits de combustion, des consignes chaudières, des consignes chauffage et eau chaude sanitaire, des débits et loi d’eau font parties d’un groupe d’actions qui permettent d’atteindre à moindre coûts le premier objectif du DEET.

 

Un article signé Pierre Murie, GRDF-CEGIBAT


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