De la COP21 à la COP23, l’Alliance Mondiale des Bâtiments et de la Construction va de l’avant

De la COP21 à la COP23, l’Alliance Mondiale des Bâtiments et de la Construction va de l’avant

En novembre prochain aura lieu la 23 Conférence des Parties sur le Climat (COP23) à Bonn, en Allemagne, sous la présidence des îles Fidji. Depuis la COP21 en décembre 2015 et l’accord de Paris sur le Climat, les initiatives se sont multipliées dans plusieurs secteurs pour limiter le réchauffement climatique en deçà des 2°C. C’est la Global Alliance for Building & Construction (GABC) qui  travaille sur les sujets du bâtiment. Frédéric Auclair en est le Coordinateur.

Dans quel contexte l’Alliance Globale pour les Bâtiments et la Construction a-t-elle été créée ?

Frédéric Auclair : L’Alliance est née lors de la COP21 en 2015, de l’impulsion de la France et du PNUE. Il existe une véritable conscience de la question environnementale dans le secteur du bâtiment, on le voit notamment sur la question de la rénovation et avec les politiques conjointes du Ministère de l’Environnement et du Logement pour rendre le bâtiment plus durable. Malheureusement, les cercles de négociation de l’ONU n’attachaient pas la même importance au secteur de la construction, même si on avait vu des améliorations déjà à la COP20 de Lima. Le gouvernement français a décidé de prendre le sujet à bras le corps lors de la COP21 et d’emmener avec lui des acteurs étatiques et non étatiques sur la construction, qui représente à elle seule 30% des émissions de CO2 dans le monde. Personne auparavant n’avait voulu le faire : c’est un secteur extrêmement fragmenté, avec des initiatives très éparpillées, très hétérogènes d’un pays à l’autre, d’un acteur à un autre. C’est ainsi qu’est née l’Alliance Globale pour le Bâtiment et la Construction, le 3 décembre 2015, lors du Buildings Day de la COP21 à Paris Le Bourget.

Qui sont les membres qui la composent ?

F.A. : Les membres fondateurs étaient réunis lors du Buildings Day de 2015. Ils sont des acteurs reconnus du secteur du bâtiment à l’échelle internationale, que sont allés chercher le Ministère de Ségolène Royal et le Quai d’Orsay. Aujourd’hui, nous rassemblons 24 pays membres et 72 membres non étatiques issus du monde entier. Il ne s’agit pas pour nous de devenir un immense « paquebot » de 2000 acteurs, nous voulons travailler avec ceux qui font dans le bâtiment, en collaborant avec ceux qui agissent sur d’autres sujets connexes : la biodiversité, la ville, les réseaux… Nous accueillons tout nouveau membre désireux de contribuer activement à cette transition mondiale du secteur.

Il y a une vraie diversité parmi nos membres : on compte des pays pionniers, comme la Finlande, la Suède, et des pays nettement moins avancés sur le bâtiment durable comme le Sénégal ou le Cameroun, mais qui désirent faire. Cela génère un effet d’émulation très intéressant. Quant aux acteurs non étatiques, ils regroupent l’ensemble des métiers concernés par la chaîne de valeur du bâtiment, et représentent trois quarts de l’Alliance. On trouve des acteurs comme la Voûte Nubienne, Saint Gobain, Lafarge-Holcim, la Banque Mondiale, l’Etat de Californie, la Ville de Mexico, des organisations d’architectes, Construction21…

Quels sont vos objectifs ?

F.A. : Ils sont les mêmes que ceux fixés par les Accords de Paris : tout mettre en œuvre, dans notre secteur, pour limiter le réchauffement planétaire en deçà des 2°C. Nous visons la réduction de la consommation énergétique des bâtiments d’au moins 30% grâce à l’intégration de bâtiments neufs hautement éco-énergétiques et à une rénovation profonde du parc existant des logements d'ici 2050. Les bâtiments sont également le résultat d'investissements et de processus de production impliquant de nombreux acteurs. Pour progresser, il est donc essentiel, que tous les partenaires de l'ensemble de la chaîne de valeur soient engagés, et de même de fournir des critères de performance clairs et un suivi tout au long du cycle de vie, y compris concernant la chaîne d'approvisionnement de la construction. Cet effort nécessite un investissement public et privé supplémentaire d'environ 11 500 milliards $US, en plus de ce qui est fait aujourd'hui, sur la période 2015-2050. Toutefois, cela pourrait permettre de réaliser des économies de coûts énergétiques excédant l’investissement initial de 100% d'ici 2050.

Nous avons 3 objectifs globaux communs :

  1. Communiquer : Sensibilisation et engagements afin de rendre visible l'ampleur des opportunités et des impacts dans le secteur des bâtiments et de la construction, définir des objectifs climatiques sectoriels et promouvoir la transparence et l'échange d'informations.
  2. Collaborer : Encourager l'adoption de mesures sur les politiques publiques et les transformations du marché pour atteindre les engagements climatiques existants, en mettant en œuvre des partenariats, en partageant les technologies et le savoir-faire et en améliorant le flux des transactions et en facilitant l'accès à un financement efficace.
  3. Solutions : Offrir et soutenir des programmes et des solutions adaptées localement pour atteindre les engagements climatiques et poursuivre des actions ambitieuses pour le scénario «en-dessous de 2 ° C».

Avec une telle variété de membres, d’enjeux, une telle diversité de particularismes locaux, comment mettre en place et coordonner une action commune ?

F.A. : C’est un pari un peu fou, celui de rassembler un ensemble très hétéroclite d’acteurs et de les emmener vers un but commun au travers d’une multitude d’initiatives. On est très loin du secteur du transport par exemple, qui a une technologie similaire un peu partout dans le monde avec une transition bien identifiée et sur laquelle les acteurs peuvent s’entendre : passer du moteur à explosion au moteur électrique.

Nous avons donc décidé de travailler d’abord autour de 5 groupes de travail qui ont été lancés en avril 2016:

  1. Education et sensibilisation – ce groupe se concentre sur le développement des messages et des informations à diffuser par l’Alliance et ses membres pour sensibiliser le secteur et l’inspirer à aller plus loin, à chercher de nouvelles solutions. Construction21 est d’ailleurs un acteur clé de ce groupe, à travers Christian Brodhag.
  2. Politiques publiques – il est destiné à faire tomber les barrières réglementaires, économiques, institutionnelles et financières qui freinent le secteur dans sa marche vers des bâtiments plus responsables.
  3. Transformation du marché - sensibiliser les usagers et les maîtres d’ouvrage, former les professionnels pour développer une main d’oeuvre qualifiée, trouver des modèles économiques adaptés à ces nouveaux modes de construire, établir des politiques d’incitation.
  4. Finances – l’enjeu ici est de doubler les investissements dans la construction bas carbone
  5. Mesures et données – unifier les systèmes de mesures et les données collectées sur les performances des bâtiments pour pouvoir comparer efficacement les efforts fournis par chacun et communiquer efficacement sur les résultats obtenus.

Par ailleurs nous avons mis en place deux task forces dédiées à l’établissement d’une feuille de route mondiale pour un immobilier décarboné et la rédaction annuelle du Global Status Report, rapport faisant un état des lieux des enjeux climat/bâtiment.

Quelles seront vos actions à la COP23 ?

F.A. : Nous y présenterons notre contribution avec le rapport annuel. Mais cette année, le bâtiment sera un peu éclipsé par d’autres enjeux plus chers à la présidence fidjienne. Sans compter que Batimat se déroulera en même temps à Paris, et attirera certainement bon nombre d’acteurs du secteur. En parallèle de la COP, nous organiserons un Buildings Day avec nos partenaires allemands.

Pourquoi l’Alliance soutient-elle les Green Solutions Awards de Construction21 ?

F.A. : Construction21 est l’un de nos membres fondateurs et un partenaire communication très actif, depuis le départ. Christian Brodhag, son président, est très impliqué dans le Groupe de Travail N°1 sur l’éducation et la sensibilisation. Construction21 est un excellent vecteur de communication auprès des professionnels français et à travers le monde, grâce à ses nombreuses plateformes nationales. Les secteurs de la construction français et européen proposent un grand nombre d’exemples inspirants, de solutions déjà mises en œuvre. Ce n’est pas le cas pour d’autres pays. Un étudiant nigérian aura beaucoup plus de mal à trouver l’information, le retour d’expérience qui pourrait l’aider.

Les Green Solutions Awards organisés par Construction21 sont une belle opportunité d’ouvrir le champs des possibles pour les candidats et pour inspirer le monde entier. 

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