Construction : le bois prend racine

Construction : le bois prend racine

La gestion épineuse d’une ressource précieuse :
Les promesses écologiques de la construction en bois sont immenses. Comme le montre une étude publiée dans Nature communications par des chercheurs du Potsdam Institute for Climate Impact Research, elle pourrait éviter l’émission de 106 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère d’ici 2100 (à condition que 90% des nouveaux bâtiments soient construits en bois !).

Cette estimation représente cependant un casse-tête quant à la gestion efficace des forêts. Elle implique par exemple la plantation de 149 millions d’hectares de forêt (non naturelle), un chiffre colossal lorsque l’on sait que la planète en compte actuellement 131 millions d’hectares. Le sujet est d’autant plus complexe que les forêts de plantation ne représentent pas la même biodiversité, ni la même réserve de carbone que les forêts naturelles. Sini Eräjää, responsable des campagnes alimentation et forêts de Greenpeace Europe, explique au Guardian que la coupe de forêts naturelles au profit de plantations serait “un désastre pour la nature et le climat”. Une affirmation corroborée par le GIEC, qui rappelle que les forêts et leurs sols représentent le second puits de carbone sur la planète après les océans. La plantation massive d’arbres ouvre également la question foncière de la concurrence avec les terres agricoles ou celle des incendies, bien plus dévastateurs pour les forêts non naturelles.

Réduire (encore) l’empreinte du bois

Malgré ces défis, la construction bois présente des performances écologiques exceptionnelles. Elle pourrait représenter une baisse de l’empreinte carbone des bâtiments de l’ordre de 25% en diminuant le recours à des processus industriels fortement carbonés, grâce à l’utilisation de sous produits du bois en remplacement des combustibles fossiles, grâce au stockage de carbone biogénique dans le bois, ou encore grâce à une moindre consommation d’énergie lors de la construction ou de la démolition.
En plus des qualités ­naturelles du matériau, la filière bois innove et tente de réduire encore son impact, par exemple avec des sécheuses à basse température capables de fonctionner presque uniquement à partir de rebuts (écorces poussières, etc…). Une manière de réduire la dépendance énergétique au gaz tout en consommant jusqu’à 10% d’énergie en moins. L’utilisation du bois permet également d’imaginer de nouveaux matériaux hybrides à faible impact environnemental. C’est le cas du “béton de bois”, développé par la société CBB en Isère. Composé à 90% de bois et 10% d’additifs, ce TimberRoc est ainsi certifié “zéro carbone”.


Procédés constructifs : entre redécouverte et innovation

Le contexte largement favorable à la construction en bois favorise également l’innovation dans les procédés de construction. Certains redécouvrent et adaptent des méthodes anciennes. C’est le cas de Toyota qui a choisi de privilégier le bois pour la construction de sa ville laboratoire du futur : Woven City. Le groupe s’appuie ainsi sur une tradition séculaire (kigumi) pour imaginer des assemblages sobres et efficaces, qui ne demandent pas d’acier ni d’aluminium.

D’autres tentent de repousser les limites du possible grâce au lamellé-collé qui permet aujourd’hui d’atteindre des hauteurs inédites pour la construction bois. La tour Mjøstårnet, située en Norvège, détient le record depuis 2019 avec une hauteur de 85m. Le projet Rocket&Tigerli, prévu à Zurich pour 2026 devrait quant à lui atteindre les 100m, en utilisant le bois comme “substitut naturel au béton”.

Au-delà de ses performances structurelles, le bois est également adapté aux procédés de préfabrication, propres à réduire les temps de chantier tout en favorisant les logiques de modularité. Sur le futur village Olympique de Paris 2024, VINCI Construction France a réalisé la construction de deux bâtiments mixtes bois-béton dans le cadre du projet Universeine. 137 chambres vont également être construites de manière modulaire par E-Loft avant d’être adaptées en studios après la compétition. La préfabrication bois permet également de réduire les coûts en encourageant la standardisation, comme l’illustre le Forum am Seebogen, construit à Vienne en Autriche.

Reste à dépasser les conflits liés aux normes incendies. En France, deux cadres réglementaires s’opposent dans un conflit qui risque de freiner le développement de la construction bois. La réglementation environnementale des bâtiments neufs « RE 2020 », qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2022, avait pour objectif de faciliter la construction biosourcée et d’encourager la décarbonation. Dans le même temps, la doctrine « risque incendie et construction des immeubles en matériaux biosourcés » publiée par la Préfecture de Police de Paris et poussée par les Sapeurs-Pompiers propose une vision maximaliste moins compatible avec les enjeux d’accélération du secteur.

Des prix en dent de scie

S’il montre un grand nombre de qualités, le bois se heurte souvent à la question du prix, traditionnellement considérée comme plus élevé dans la construction bois (de 10 à 15%). Les confinements et la guerre en Ukraine ont par ailleurs entraîné une très forte volatilité des prix, qui rend l’avenir difficilement lisible. A moyen terme en revanche, le bois pourrait redevenir compétitif : grâce aux effets d’échelle dus à son succès, mais surtout en comparaison des matériaux très demandeurs en énergie (comme le ciment ou l’acier) dont le prix risque de s’envoler durablement et qui pourraient se heurter à de législations carbone de plus en plus strictes…

En image : Le Haut-Bois à Grenoble

Inauguré en début d’année 2022 à Grenoble, le bâtiment du Haut-bois met en pratique un grand nombre d’innovations liées à la construction bois. Construit sur 9 niveaux, il met à profit les qualités sismiques du bois dans une zone à risque. Il s’appuie également sur les qualités isolantes du bois et un système de ventilation double-flux pour obtenir la labellisation « Passivhauss ». Il valorise en outre la filière française. La majorité des bois utilisés sont originaires des Alpes.

 

 

En image : La Grand-Palais éphémère

Édifié afin de compenser la fermeture du Grand-Palais pour travaux, le Grand-Palais éphémère doit trôner sur le Champ de Mars jusqu’à la fin des JO de 2024. Il est pensé comme une synthèse des vertus de la construction bois. Construit en moins de 8 mois, sur un chantier ne nécessitant pas d’eau, il sera tout aussi facile à démonter. La structure se compose de 44 arches monumentales ce qui permet de proposer un espace sans poteaux ni éléments structurels. Sa construction a demandé 1500 m² de bois, soit l’équivalent “d’une minute 13 secondes de croissance des forêts européennes », selon Chris Dercon, président de la Rmn – Grand Palais.

 

 

Le bon matériau au bon endroit

Longtemps réservé aux petites structures ou à l’habitat individuel, le bois s’émancipe aujourd’hui d’un certain nombre de contraintes en termes de hauteur ou de taille de structures. Il invite à réinventer une culture de la construction bois qui soit à la fois ambitieuse et unique. Comme l’explique Matylda Benoist, ingénieure en construction bois, dans les colonnes de RTS, “On ne peut pas juste faire un copier-coller des grandes constructions en béton et le passer en bois”. Il invite également à réinventer certains partenariats entre matériaux. L’association béton bois permet ainsi de capitaliser à la fois sur les propriétés acoustiques du béton et sur la légèreté du bois. L’association de l’acier et du bois permet de réaliser des prouesses structurelles tout en garantissant un faible impact aux chantiers. Le bois, pensé comme un matériau d’ingénierie, ouvre ainsi un terrain de jeu exceptionnel pour les acteurs de la construction.

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  • Leonard / Matthieu Lerondeau

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