#19 - Comment répondre aux questions soulevées par l’application de la RE2020

Répondre aux exigences de la RE2020 implique de penser autrement les ouvrages et de promouvoir l’innovation. Cette innovation, au cœur des développements techniques portés par les industriels de la Filière Béton, intègre toutes les voies de réduction d’émissions carbone dans ses produits et solutions constructives. Mais nous sommes également convaincus que, pour aller plus vite et plus loin que les niveaux ambitieux fixés par la législation, d’autres champs englobant l’ensemble des acteurs de l’acte de construire doivent être investis, comme adopter une approche constructive revisitée reposant notamment sur l’éco-conception. C’est ce que nous vous proposons de découvrir ici.

La RE2020 affiche des objectifs ambitieux de réduction des émissions carbone du bâtiment : -35 % pour 2031. Le gros œuvre seul, même s’il représente une part importante des émissions, ne saurait constituer le seul levier d’action pour réduire l’impact environnemental des bâtiments neufs. La décarbonation est en effet l’affaire de tous : fournisseurs de matériaux, architectes, concepteurs, constructeurs, bureaux d’études…, chacun a son rôle à jouer pour concevoir et bâtir des lieux de vie à impact environnemental réduit.

Dès l’amont du projet, il va devenir essentiel de choisir le bon matériau au bon endroit, le système constructif le mieux adapté à la fonction. Les données environnementales disponibles et l’éco-conception vont prendre une part de plus en plus importante à l’acte constructif. Et les nombreuses innovations portées par les différentes filières, en particulier la Filière Béton, pour proposer des solutions Bas Carbone connaissent un développement rapide pour aller vers la neutralité carbone à horizon 2050.
 

Utiliser les bonnes données environnementales

Les FDES (Fiches de déclaration environnementale et sanitaire) offrent des informations multicritères, quantitatives et qualitatives, objectives, relatives à une fonction et une durée de vie du produit dans l’ouvrage.  Avec les PEP (Profils environnementaux des produits), elles constituent des outils privilégiés pour concevoir un ouvrage à impact environnemental réduit. Il est toutefois crucial de choisir les bonnes données ! En effet, les données par défaut et les lots forfaitaires vont majorer significativement les quantités de carbone par rapport à l’utilisation des FDES collectives (un même produit fabriqué par plusieurs industriels) ou individuelles (un produit pour un fabricant). De même, une analyse attentive devra être portée aux unités utilisées dans la FDES, aux distances de livraison, selon qu’elles sont intégrées de manière standardisée ou spécifique au chantier.

Les premières FDES de la Filière Béton ont été réalisées dès le début des années 2000, jouant ainsi un rôle de précurseur dans la démarche environnementale. Aujourd’hui, par l’entremise du SNBPE et du CERIB, elle a déposé dans la base INIES respectivement 62 et 40 FDES collectives de solutions en béton prêt à l’emploi (BPE) et de solutions en béton préfabriqué. Celles-ci sont facilement identifiables dans le Guide Environnemental du Gros Œuvre (GEGO) proposé en accès libre par la Filière Béton.

Faire le choix des configurateurs

La Filière Béton a développé plusieurs configurateurs, qui permettent d’éditer, par configuration de certains paramètres, des FDES conformes à la norme NF EN 15804 spécifiquement pour un chantier. Pour les chantiers réalisés en béton prêt à l’emploi (BPE), BETie permet d’intégrer le type de béton, les impacts des transports amont et aval (mode et distance), les dimensions de la partie d’ouvrage considérée (unité fonctionnelle) et le taux de ferraillage. Les solutions en produits préfabriqués en béton s’appuient sur Environnement IB, qui permet d’ajuster des FDES collectives aux caractéristiques spécifiques de projets de construction et d’importer les résultats des configurations dans les logiciels d’ACV bâtiments agréés.

Eco-concevoir et innover sur les chantiers

Les voies de réduction de l’empreinte carbone du béton sont nombreuses et déjà mises en œuvre en amont de la construction. Une approche du bâtiment selon une démarche d’éco-conception permet d’augmenter davantage les gains en termes de décarbonation. Deux axes guident cette approche : utiliser « mieux » et utiliser « moins ».

« Utiliser mieux » signifie par exemple de choisir le bon béton pour la bonne fonction. Les classes d’exposition traduisent les actions dues à l’environnement auxquelles les bétons et les armatures de l’ouvrage vont être exposés pendant la durée d’utilisation de l’ouvrage, et peuvent être spécifiques à chacune de ses parties. Le choix d’une classe d’exposition a un impact direct sur l’empreinte carbone de l’ouvrage ; le choix de la bonne classe d’exposition peut générer des gains carbone d’au moins 5 %. « Utiliser mieux », c’est aussi substituer à des assemblages constructifs traditionnels des solutions moins pénalisantes en termes de carbone, comme des assemblages poteaux/poutres au lieu de poteaux/dalle, ou poutrelles/hourdis à la place de poteaux/dalle par exemple.

Il apparaît évident que moins de matière signifie moins de carbone. Une approche nouvelle de la conception du bâtiment permettra de réduire significativement son empreinte carbone : en substituant par exemple aux solutions les plus couramment utilisées sur les chantiers des assemblages favorisant l’utilisation d’éléments creux ou augmentant la résistance des éléments verticaux (voiles ou poteaux) ou horizontaux (dalles ou planchers). Ces solutions constructives innovantes, laissant envisager des gains carbone de 15 à plus de 40 % par rapport aux systèmes traditionnels.

Toutes ces voies de réduction significative de l’impact carbone sont regroupées et détaillées par la Filière Béton au sein d’une « Boite à outils », qui sera très prochainement mise à la disposition de l’ensemble des acteurs de l’acte de construire.

Décarboner le matériau béton

Parmi les voies de réduction de l’empreinte carbone du béton, le travail sur la formulation même du béton représente un axe important. Un premier levier de réduction du CO2 est de substituer le clinker par des ajouts à très basse empreinte, comme l’utilisation d’additions et d’ultrafines, issues notamment d’autres productions industrielles, ou d’adjuvantation avec de nouveaux liants, permettant de maintenir, voire d’améliorer les performances du béton. Cette voie est d’ailleurs validée au travers de la norme NF EN 197-5, publiée en octobre 2021, qui reconnaît deux nouveaux ciments à basse teneur en clinker : le Portland composé CEM II/C-M (50 à 64 % de clinker) et le ciment composé CEM VI (35 à 49 % de clinker). Partant du principe que l’impact environnemental d’un ciment est directement proportionnel à sa teneur en clinker (au moins 65 % dans les ciments classiques CEM II/A), l’ambition est de diminuer ce taux en réalisant des mélanges ternaires. Quatre mélanges sont identifiés : laitier/calcaire, pouzzolane/calcaire, cendres volantes/calcaire et argiles calcinées/calcaire. Le CEM VI n’accepte dans sa composition que des pouzzolanes, des cendres volantes ou du calcaire.

Un autre levier majeur de la décarbonation du béton passe par l’introduction dans la formulation des bétons de granulats carbo-négatifs. Si les granulats classiques (85 % de la masse d’un béton) possèdent une empreinte très faible, l’utilisation de granulats de béton recyclé peut permettre d’accélérer les phénomènes naturels de carbonatation du béton et de stocker entre -10 et -40 kg de CO2 par tonne de granulat. Les granulats agro-sourcés, en particulier les granulats à base de bois, permettent de stocker le carbone dans la matrice cimentaire.

En proposant ces solutions cumulatives, le béton est aujourd’hui et sera demain encore un allié solide, performant et vertueux des acteurs de la construction. 

Les ciments CEM III, une voie de réduction de l’impact carbone du béton ?
Des travaux scientifiques sont actuellement menés par la Filière Béton pour valider avec les parties prenantes, en particulier les pouvoirs publics, la piste de réduction importante de l’empreinte carbone qu’autorisent les ciments de type CEM III, intégrant des laitiers. Même si, sur la base des calculs, l’impact d’un ciment CEM III/A seul augmenterait légèrement, son incorporation au béton permettrait toujours une réduction de plus de 25 % en équivalent carbone par rapport à l’utilisation d’un CEM II/A courant.

Atteindre la neutralité carbone de la construction béton à horizon 2050 

Ciments, bétons prêts à l’emploi et produits préfabriqués en béton bas carbone, solutions constructives innovantes, éco-conception des projets pour utiliser le bon système de manière optimisée… : nombreuses sont déjà les solutions rendues disponibles par la Filière Béton pour décarboner les bâtiments neufs dans le respect du calendrier de la RE2020, en anticipant dès à présent les prochaines étapes de ce calendrier.

En parallèle, la Filière béton s’est pleinement mobilisée pour aller plus loin rapidement et atteindre la neutralité carbone de la construction. Elle a engagé des investissements lourds dans les sites de production pour réduire significativement l’empreinte carbone des ciments, bétons prêts à l’emploi et produits en béton. Elle développe activement la recherche et investit dans les technologies de rupture, telles que le captage et stockage du CO2.

Atteindre la neutralité carbone en une génération implique une mobilisation rapide et totale de tous les acteurs de l’acte de construire. Ce n’est qu’au travers des synergies portées ensemble par la maîtrise d’œuvre, la maîtrise d’ouvrage et les industriels que la décarbonation du bâtiment pourra être réussie.

 

Un article signé Anouk Thebault, Laurent Truchon et Félicien Thiou du Syndicat Français de l'Industrie Cimentière

 


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