Circouleur : la peinture se recycle

Circouleur : la peinture se recycle

 28 millions de litres inutilisés et un impact carbone de 150 000 tonnes de CO2 dégagées dans l’atmosphère : c’est le bilan carbone de la peinture chaque année en France. En collectant, revalorisant et transformant des peintures usagées, la start-up Circouleur propose des peintures écologiques et recyclées avec un impact environnemental très faible. Lauréate du Grand Prix de l’Innovation Construction Durable & Cadre de Vie organisé par le Technopôle Domolandes, la start-up a séduit le jury avec son concept d’économie circulaire, appliqué à un produit de large diffusion. Entretien avec Marianne Rittaud, Directrice Commerciale et Marketing de Circouleur.

 

1. Comment en vient-on à recycler de la peinture ?

Marianne Rittaud : Avant la création de Circouleur, il n’existait pas de filière de valorisation de la peinture acrylique. Cela tombait pourtant sous le sens de valoriser cette matière. La peinture est un produit de grande diffusion, mais conserve un cycle de vie très linéaire. Les fabricants achètent des matières neuves pour leurs peintures et les restes sont directement envoyés à l’incinération. Ce modèle a un impact environnemental très fort. L’ADEME a calculé que chaque année, 28 millions de litres de peinture étaient envoyés à l’incinération. Cela représente près de 150 000 tonnes de CO2 qui pourrait être évités dans l’atmosphère.

Face à ce constat, Circouleur se propose de réutiliser les fonds de peintures destinés à l’incinération. Nos produits neufs sont ainsi composés à plus de 70% de peinture recyclée. Ils sont d’excellente qualité, puisque nous reformulons ensuite en laboratoire les peintures que nous récupérons.

 

2. La peinture est un des principaux émetteurs de COV dans un bâtiment. Utiliser une peinture recyclée a-t-il un impact sur la qualité de l’air intérieur ?

M. Rittaud : Tout à fait, recycler signifie réutiliser une peinture qui a déjà été ouverte et a donc perdu une bonne partie de sa nocivité. Classées A+, nos peintures émettent peu de COV et figurent même parmi les émissions les plus basses du marché. Là où la certification A+ requiert moins de 1000 microgrammes/m3, les nôtres en émettent moins de 30. C’est un véritable plus pour les professionnels qui utilisent nos produits.

 

3. Votre démarche est aussi très tournée vers le développement durable

M. Rittaud : Oui ! Utiliser nos peintures revient à diviser l’impact carbone par plus de 12. Nous travaillons par ailleurs dans une démarche d’Économie Sociale et Solidaire : les postes de tri de peintures sont attribués à des personnes en réinsertion professionnelle.

Notre entreprise a été créée sur un vrai fondement écologique, afin de proposer une filière de produits circulaires et respectueuse de l’environnement. Nos pots sont également issus du recyclage et notre mode de fabrication est largement moins énergivore que des fabrications habituelles de peinture.

 

4. Comment produit-on une peinture recyclée ?

M. Rittaud : Nous fabriquons les peintures recyclées CIRCOULEUR à partir de fonds de pots de peintures inutilisés. L’enjeu principal est de proposer une qualité haut de gamme et des teintes constantes. Circouleur a donc dû développer une double expertise : celle de la connaissance du déchet et celle de la reformulation des fonds de peinture récupérés.

Pour réussir ce pari de maintenir la même qualité et la même teinte d’une production à l’autre, notre équipe est composée de 11 collaborateurs, dont la moitié sont des chimistes !

Nous avons décidé de fonctionner avec notre propre nuancier, afin de répondre à la fois aux contraintes techniques car nous récupérons tous types de couleur, et à la demande du marché. Nous avons travaillé avec un cabinet de tendances parisien pour nous aider dans cette démarche. Nous proposons actuellement une gamme de 15 couleurs, dont le blanc, ainsi qu’une impression, blanche également, pour préparer les supports.

 

5. Pourriez-vous décrire une de vos réalisations emblématiques ?

M. Rittaud : Notre champ de réalisations est très vaste. Mais s’il fallait en retenir deux, je citerais l’un de nos premiers projets : la rénovation écologique d’une école Montessori à Bordeaux. Ces écoles ont pour vocation de montrer aux enfants que chaque action portée peut avoir un impact environnemental et sanitaire.  Ce projet était donc très aligné avec les valeurs qui nous tiennent à cœur.

L’autre exemple serait notre travail sur le long terme avec un bailleur social, très engagé dans l’environnement et le solidaire. Celui-ci utilise nos peintures pour rénover des logements. Nous leur transmettons ainsi des reportings réguliers pour souligner l’impact environnemental et social de leurs commandes : quel tonnage de déchets a été sauvé, à combien d’heure de réinsertion ils ont contribué, etc.  

 

6. A quel type de clients vous adressez-vous ?

M. Rittaud : Nous avons défini deux cibles différentes. La première gamme s’adresse au grand public, qui peut trouver nos produits en grande surface de bricolage ou dans des magasins de décoration. La seconde vise les professionnels, prescripteurs et maîtrises d’ouvrages, maîtrises d’œuvre comme des bureaux d’étude ou des architectes ayant la volonté de réduire leur empreinte carbone ou d’améliorer la qualité de l’air intérieur de leurs bâtiments.

 

7. Quelle importance a revêtu votre prix au concours Domolandes ?

La participation au concours Domolandes nous a apporté une très belle visibilité, à la fois en amont mais aussi le jour de la remise des prix, au Moniteur Innovation Day. Nous avons pu y rencontrer un public très intéressé par la construction durable. De même, le concours nous a permis de faire des connections avec les membres du jury et d’amorcer des relations avec des entreprises ou d’autres start-up. On les remercie encore pour ces belles opportunités !

 

Implanté dans les Landes à l’initiative du Conseil Départemental et de la Communauté de Commune Maremne Adour Côte Sud, le Technopôle DOMOLANDES favorise l’innovation et accompagne les entreprises vers le numérique, la construction durable et la solidarité.

Domolandes rassemble un écosystème d’acteurs publics et d’entreprises privées autour d’un centre de ressources et de développement propice à la performance des entreprises. Il stimule la transition numérique auprès des acteurs de la construction et encourage la lutte contre la précarité énergétique pour l’Habitat de demain.

Pôle d'excellence, Domolandes organise chaque année, depuis 2012, le Grand Prix de l’Innovation Construction Durable & Cadre de Vie qui identifie et récompense les projets les plus innovants de la filière Bâtiment sur le plan national. Ce concours a généré aujourd’hui plus de 1 000 manifestations d’intérêt, 500 dossiers étudiés, 76 start-up retenues pour le Grand Jury, composé des Présidents et Directeurs Généraux des grands acteurs du Bâtiment et d’experts de l’innovation et de la création d’entreprises, et 20 lauréats récompensés.

 

https://circouleur.fr/

 

Propos reccueillis par Construction21, la rédaction

 

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