Avec le CCCA-BTP, l’internationalisation des compétences dans le BTP a le vent en poupe

Rédigé par

Amandine Martinet - Construction21

Journaliste

1474 Dernière modification le 10/01/2023 - 10:01
Avec le CCCA-BTP, l’internationalisation des compétences dans le BTP a le vent en poupe

Pierre Touillon est Chef de projet Européen Mobilité et Partenariat au sein du CCCA-BTP. Il évoque tout l’intérêt qu’ont les jeunes du secteur du BTP de partir à l’étranger – pour étudier ou pour effectuer un stage, par exemple – et comment le CCCA-BTP encourage cette tendance au travers de ses programmes « BTP Mobilité+ ». Entretien.

 

Construction21 : Pourquoi l’internationalisation des compétences dans le secteur du BTP est-elle essentielle selon vous ? 


Pierre Touillon : L’internationalisation des compétences est aujourd’hui capitale dans notre secteur, et ce pour une typologie d’entreprises extrêmement variée : de l’artisan à son compte à la multinationale du BTP. Pour les grands groupes, qui ont des succursales dans différents pays, il est important de recruter des jeunes qui soient mobiles et sensibilisés à des cultures différentes dès leur formation. Pour ce qui est des plus petites structures, c’est aussi intéressant car nombre d’artisans travaillent dans des régions très touristiques avec une clientèle internationale. 


Les témoignages le montrent : les jeunes partis en mobilité au cours de leur formation seront privilégiés par leur employeur dans de nombreuses situations. Cela ne signifie pas forcément parler un bon anglais, mais avoir déjà été confronté à des échanges dans d’autres langues que la sienne et être moins déstabilisé par cela. 


D’autre part, avec ces jeunes qui partent à l’étranger, ont lieu des échanges de compétences professionnelles. Par exemple, un apprenti couvreur qui aura l’occasion d’exercer sur des toitures végétalisées dans des pays du nord de l’Europe va acquérir un nouveau savoir-faire : c’est un gage de qualité et de compétences pour les entreprises, en complément de ce qui est travaillé dans le CFA d’origine. 


Du côté des centres de formation, l’internationalisation est également un atout concurrentiel. Le BTP n’est pas le secteur le plus attractif, et un jeune hésitant entre deux formations pourra plus facilement choisir celle comprenant un parcours international avec des périodes professionnelles à l’étranger. 


Enfin, les structures pratiquant la mobilité ont une dynamique interne bien différente des autres, avec une évolution très favorable des relations formateurs – apprentis notamment. 

Avez-vous le sentiment que cette internationalisation des compétences n’était pas assez développée jusqu’à présent dans le secteur du BTP ?


Le CCCA-BTP a commencé ses projets de mobilité européenne à la fin des années 90, et une structuration plus importante a eu lieu à partir de 2014 où 250 apprentis sont partis en mobilité. Est venue ensuite  la création du pôle internationalisation des compétences en 2017. Ces initiatives correspondent à un besoin et une demande de la filière du BTP, et les chiffres le montrent. Juste avant le Covid, nous avions atteint 600 départs par an – en prenant en compte uniquement les CFA de notre ancien réseau paritaire !  Sur l’ensemble des centres de formation avec lesquels nous travaillons aujourd’hui, nous avons obtenu presque 2 000 bourses pour le dernier appel à projet courant sur deux années. 


Avec notre nouvel appel à candidatures pour la période 2023-2025, nous espérons voir cette montée en puissance se confirmer !

Comment s’insère le CCCA-BTP dans le programme Erasmus+ 2021-2027 ? 


Le programme Erasmus+ 2021-2027 est une entité à part entière, portée par l’agence Erasmus+ Europe. Il définit les bénéficiaires des mobilités – en premier lieu le milieu scolaire et éducatif, mais en réalité il vise un large public : des demandeurs d’emploi aux formateurs dans les centres de formations, en passant par les étudiants et apprentis – ainsi que les types de départs possibles : des études à l’étranger, des stages, des mobilités longues ou courtes, une participation à des concours internationaux… 

Au sein du CCCA-BTP, nous conduisons depuis 2014 des projets de mobilités sur 2 ans, « BTP Mobilité+ », qui s’insèrent au cœur du programme Erasmus+ 2021-2027. En tant qu’organisme coordinateur de projet ayant fait ses preuves, nous avons obtenu deux accréditations (une pour l'enseignement supérieur et une pour le niveau infra BAC) de l’agence Erasmus+ jusqu’en 2027, ce qui nous autorise à faire une demande simplifiée chaque année pour distribuer les bourses à la mobilité. 


Nous prêtons une grande attention à respecter les 4 priorités du programme Erasmus+, qui sont les suivantes :

  1. L’inclusion et la diversité
  2. La transmission numérique 
  3. La lutte contre le réchauffement climatique 
  4. La participation à la vie démocratique

Quel est le profil des bénéficiaires de vos programmes de mobilité ? 


Bien entendu, la cible prioritaire, ce sont les jeunes. Il faut distinguer les 2 types de programmes de mobilité au CCCA-BTP, qui possèdent chacun leur propre accréditation et leur propre financement : 

  • D’une part, « BTP Mobilité + EFP – Enseignement formation professionnelle », qui s’adresse essentiellement aux apprenants en alternance de CAP, Brevet professionnel et Bac professionnel. Les bénéficiaires ont pour la plupart entre 16 et 22 ans environ, et dans tous métiers du BTP confondus. 
  • « BTP Mobilité+ ENSUP – enseignement supérieur ». Ici, les bénéficiaires sont principalement des étudiants en BTS ou en écoles d’ingénieurs. 

Mais il faut noter que nous nous adressons aussi – dans une proportion bien moindre, environ 2% des partants – au personnel des CFA qui sont éligibles, et depuis quelques années également aux maîtres d’apprentissage. Pour ce type de public, il s’agit souvent de stages de découverte professionnelle à l’étranger, plus courts (entre 3 et 5 jours). Par exemple, nous avons emmené des équipes de direction pour leur faire vivre une mobilité et leur faire découvrir d’autres systèmes de formation. Après cette expérience, ils sont plusieurs à avoir monté des projets de mobilité dans leur CFA à leur retour. 

Nous souhaitons développer ce dernier type de départ, car nous nous disons que si nous arrivons à faire vivre des mobilités aux personnels de centres de formation et des entreprises. Ces dernières auront-elles-mêmes moins de réticence à laisser partir les jeunes à l’étranger. 

 

Avez-vous des exemples de projets nés à la suite d’échanges internationaux via le CCCA-BTP ? 


Il y a de véritables projets de vie qui se sont développés à la suite de mobilités. Tous les ans, plusieurs bénéficiaires des bourses Erasmus décident de partir en mobilité longue (3 à 12 mois) après leur formation et toujours dans le cadre du projet Erasmus. D'autres choisissent tout simplement d'aller travailler dans un autre pays , car il est à souligner que le savoir-faire et le savoir-être des apprentis français du BTP est bien souvent apprécié par les entreprises à l'étranger.

Voici deux exemples pour illustrer mes propos : 

Un jeune au CFA de Toulon, parti en mobilité longue en Allemagne, a été invité aux 35 ans de l’agence Erasmus+ pour témoigner de son expérience auprès d’Elisabeth Borne entre autres, ce qui lui a apporté une très belle visibilité. 

Je pense aussi à une jeune fille des Pays de La Loire, qui n’avait jamais vraiment quitté sa région natale, qui a pu partir plusieurs mois en Italie et a fini par monter sa propre structure avec son patron. C’est aujourd’hui une cheffe d’entreprise internationale qui se rend chaque mois en Italie pour faire de la restauration d’objets d’art. 

La mobilité a donc permis à des jeunes d’avoir des parcours qui n’auraient sans doute pas été les mêmes sans cette opportunité. Sans oublier tous les partenariats qui se sont développés entre centre de formation français et leurs homologues étrangers à la suite d’un projet de mobilité !

Comment ces échanges internationaux sont-ils financés ? 

Le projet « BTP mobilité + » du CCCA-BTP se fonde sur trois types de financements : 

  • Les bourses Erasmus, dont nous faisons les demandes chaque année et qui sont octroyées par l’agence Erasmus+ en fonction de barèmes spécifiques (en fonction de l’éloignement du pays par exemple). Cela représente 2 300 000€ pour les deux dernières années. 
  • Une subvention complémentaire fournie par la branche BTP propre au CCCA-BTP. L’année dernière, ce sont 310 000 € qui ont été versés. 
  • Les OPCO mobilités, qui ne financent pas les périodes à l’étranger en elles-mêmes, mais la mise en place des mobilités dans les centres de formation (notamment les temps de travail ou les dépenses liées à la préparation des projets de mobilité). 

Enfin, dans une moindre mesure, nous pouvons également compter sur les organismes tels que l’OFAJ ou ProTandem. 

Quelles sont les ambitions du programme Erasmus+ ? 

Le programme 2021-2027 d’Erasmus+ a bénéficié de 80% d’augmentation des financements, ce qui est énorme pour un programme européen. Cela affiche bien l’ambition d’emmener de plus en plus de jeunes à l’étranger. Puisque nous savons que les financements sont ouverts et en hausse, nous communiquons beaucoup pour encourager ce phénomène. 

Notre ambition au CCCA-BTP est de faire partir 1 000 apprentis par an à partir de 2023 pour la période 2022-2024, nous avons obtenu 2 224 bourses, donc nous devrions atteindre voire dépasser cet objectif !

Quels liens faites-vous avec les autres programmes européens du CCCA-BTP ? Avez-vous un autre exemple de partenariat européen dont vous aimeriez nous parler en particulier ? 


En parallèle des projets de mobilités financés par l’agence Erasmus+, nous avons des projets de partenariats stratégiques entre institutions de formations européennes : 

  • Construction Blueprint, composé de 24 partenaires européens et piloté par des partenaires espagnols, qui correspond à la mise en place de nouvelles stratégies de formation aux métiers du BTP en Europe. Un gros projet, complexe, sur 3 ans. 
  • RenovUp, avec 5 partenaires européens, dédié à la problématique de la formation du management intermédiaire dans les chantiers de rénovation. 
  • Easy ECVET, avec 5 partenaires également, pour développer la reconnaissance des acquis à l’étranger. 

Enfin, nous menons un combat pour développer la mobilité longue pour les apprentis dans des cursus de type CAP, BP, Bac pro, et permettre à ces jeunes de partir pendant plusieurs mois avec une reconnaissance des acquis de leur formation et une continuité de leur rémunération et de leur prise en charge de leurs assurances sociales – là où le bât blesse actuellement. Nous avons lancé un appel à projets en ce sens. Trois centres de formation ont répondu et vont proposer des solutions pour faire bouger les choses, réglementairement notamment. Nous pouvons également compter sur le travail d’une association récente et très active appelée EAM (Euro App Mobility) et présidée par Jean Arthuis, dont la vocation est de développer cette mobilité longue pour ce type de public. 

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