[Dossier santé] # 27 - La gestion bactériologique de l’eau, essentielle pour le bien-être dans nos bâtiments

Une eau sans bactérie n’existe pas (ou en de très rares exceptions) ! Il est donc essentiel de contrôler la qualité de celle-ci et de détecter ou prévenir le développement des éléments pathogènes. Aujourd’hui les points de contrôle et les traitements préventifs sont bien identifiés. Reste la problématique de la maintenance préventive, souvent sous-estimée malgré des résultats positifs évidents. Éclairage avec Fabrice Audibert, manager de la prescription et des marchés tertiaires chez BWT.

1. Pourriez-vous nous faire un petit panorama sur la qualité générale de l’eau en France ?

Le marché de l’eau est, en France, divisé en trois parties : la première concerne sa production, et son traitement par des entreprises. La seconde, sur laquelle nous travaillons en tant qu’entreprise, est sa transformation au point d’utilisation dans tous les bâtiments collectifs et tertiaires, dans l’habitat résidentiel ou bien en industrie. Enfin, la troisième est celle du rejet :  Il s’agit de transformer l’eau avant de la rejeter en milieu naturel.

Aujourd’hui, en France, l’eau du robinet est une des meilleures d’Europe par sa qualité. Elle peut se boire directement au robinet. Cela est dû à la surveillance très rigoureuse au niveau de sa potabilité et des critères de sécurité à respecter. Il y a quelques rares soucis dans certaines régions, dus à l’agriculture, et aux traitements appliqués notamment au colza qui peuvent infiltrer les nappes phréatiques. Ces zones sont cependant étroitement surveillées aujourd’hui, et font l’objet de tests réguliers.

Il est donc inutile de multiplier les achats d’eau en bouteille sur la plupart du territoire. On économise ainsi le coût carbone de l’emballage et de son transport. Chez BWT, nous militons ainsi pour l’installation de fontaines à eau sur les lieux de travail par exemple qui, en plus, contribuent à un apport journalier en minéraux grâce à un enrichissement en magnésium.

 

2. Qu’est-ce qu’une eau de consommation humaine ?

D’après l’article r1321-1 du code de la Santé publique, une eau de consommation humaine se défini par « toutes les eaux qui, soit en l’état, soit après traitement, sont destinées à la boisson, à la cuisson, à la préparation d’aliments ou à d’autres usages domestiques, qu’elles soient fournies par un réseau de distribution, à partir d’une citerne, d’un camion-citerne ou d’un bateau-citerne, en bouteilles ou en conteneurs, y compris les eaux de source ».

Concernant les responsabilités des distributeurs, des textes de référence et de réglementation sur sa qualité diffèrent selon qu’on se place dans le domaine public, c’est-à-dire avant le compteur d’eau, ou privé, donc dans le(s) bâtiment(s). Ainsi, la responsabilité des installations situées avant le compteur d’eau revient à une Personne, physique ou morale, Responsable de la Production et de la Distribution de l’Eau (PRPDE). Cette PRPDE est chargée de la production et de la distribution d’eau, en ville comme en campagne, et d’assurer sa qualité, en suivant tous les points et critères définies par l’ARS (Agences Régionales de la Santé).

Dans le domaine privé, la responsabilité incombe au propriétaire ou à un exploitant engagé par l’établissement. La complexité du contrôle qualité dépend bien évidemment de la surface et de l’installation du réseau hydraulique. Ils doivent ainsi assurer des analyses à différents points stratégiques du réseau, remplir un carnet de suivi sanitaire, ou contrôler la température de distribution sur l’ensemble du bâtiment.

3. Quelles sont les principales bactéries et les difficultés de suivi en qualité de l’eau ?

Il faut tout d’abord prendre en compte qu’une eau sans bactérie n’existe pas. Elles sont naturellement présentes dans l’eau de consommation humaine. Si la plupart sont inoffensives pour la santé, d’autres sont pathogènes et vont avoir une propension plus ou moins forte à se développer dans les réseaux hydrauliques telles que les Coliformes, Escherichia coli, Pseudomonas, Staphylocoques, Legionella spp ou Legionella pneumophila. L’enjeu consiste donc à réaliser un traitement préventif et/ou à identifier ce qui doit être réduit ou supprimé via un traitement curatif.

Dès la mise en service d’un bâtiment, il est primordial de s’intéresser aux réseaux d’eau en place, mais aussi aux usages. Aucun bâtiment n’est comparable, même si les réseaux sont potentiellement identiques. Pour prendre deux exemples simples, la gestion de l’eau dans un hôpital n’est pas comparable à celle d’un petit immeuble de logements. L’hôpital requiert une vigilance permanente en raison de l’envergure de ses réseaux hydrauliques, des bras morts - les chambres inoccupées - et des besoins en eau est à fort enjeu sanitaire. Les logements, quant à eux, seront plus exposés au phénomène d’eau stagnante en journée, et à une vitesse moindre de l’eau dans les canalisations. Cela favorise alors la formation d’une fine couche se déposant sur les parois internes des canalisations, le biofilm, qui favorisera un développement plus rapide de Legionella pneumophila.

L’important réside donc dans la prévention, laquelle passe par une bonne maintenance : purges régulières, mise en place d’un traitement de l’eau spécifique (comme l’injection de chlore), vérification de la température de l’eau en fin de boucle, etc. Cet aspect est trop souvent négligé en France. La maintenance est souvent curative et non préventive. Notre entreprise est internationale et quand nous comparons nos activités, nous nous apercevons, par exemple, qu’en Allemagne des consommables comme des filtres sont changés plus régulièrement. Au-delà de l’impact immédiat sur la qualité de l’eau cela permet que des bactéries comme les BSR (Bactéries Sulfato-Réductrices) et les IRB (bactéries ferrugineuses), parfaitement inoffensives pour l’Homme, ne causent des dommages sur les canalisations par leurs effets corrosifs.

4. On dit souvent que le réseau d’eau chaude est à surveiller en priorité.

Dans un bâtiment, il y a deux types de réseaux distincts : l’eau froide, qui, dans les installations collectives, ne doit pas être traitée d’après l’article R1321-53 du Code de la Santé Publique, et l’eau chaude sanitaire (ECS). Il y a très peu de soucis avec l’eau froide, car les bactéries, en règle générale, prolifèrent à une température plus élevée. Donc effectivement, celles qui posent majoritairement problème se développent autour de 30/35°C.

5. Quelles sont les possibilités de traitement, quelles sont celles obligatoires ?

Dans l’absolu, seul le traitement filmogène est obligatoire si le réseau d’eau chaude sanitaire est confectionné en acier galvanisé. Celui-ci empêche sa corrosion. Pour le reste, rien n’est obligatoire. Les seules directives à appliquer sont celles garantissant les valeurs cibles des bactéries à l’intérieur des installations. Cela suggère la mise en place de mesures préventives telles que la chloration et la réduction des densités de population de certaines bactéries reconnues pathogènes.

Dans les faits, sont également mis en place des adoucisseurs sur les canalisations d’eau froide alimentant les réseaux d’eau chaude sanitaire, pour éviter l’entartrage. Moins on a de calcaire, moins on a de risque d’un développement de bactéries, puisqu’on leur ôte une partie de leur support et de leurs ressources nutritives. Lorsque l’on recherche une sécurité accrue, comme dans les laboratoires pharmaceutiques, l’usage de canalisations en inox est privilégié. Cependant, le coût de ce matériau dissuade les projets destinés aux bâtiments d’habitation.

6. Vous parliez de maintenance préventive, comment peut-on la généraliser ?

Il est très rare de constater la mise en place de matériel permettant une maintenance préventive lors de la construction d’un bâtiment. Dans la grande majorité des cas, la maintenance curative est privilégiée car elle coûte moins cher en apparence.

Prenons un exemple : l’installation d’un adoucisseur, qui traite l’eau avant son arrivée dans une chaudière coûte généralement entre 2000 et 3000€ et a une durée de vie allant jusqu’à 15 ans. En traitant le problème de dépôts de calcaire et de formation de boue, il évite un désembouage du réseau qui coûte entre 5000 et 10 000€ pour un bâtiment de 10 à 20 logements.

7. On voit aujourd’hui arriver des bâtiments autonomes en eau, quels sont les grands enjeux ? Pour vous est-ce possible de reproduire ces expériences à grande échelle ?

La technologie existe puisqu’elle est utilisée dans les stations spatiales ! Néanmoins, les contrôles que requièrent l’utilisation d’une même eau sont un frein important. Il y a ainsi plus de 90 analyses à réaliser régulièrement, ce qui représente un coût non négligeable. Il est donc rare de voir aujourd’hui des bâtiments totalement autonomes. Au-delà de l’amortissement de l’investissement, le fait de consommer une eau qui sort des toilettes peut aussi être un frein psychologique non négligeable.

Pour en savoir plus sur la gestion bactériologique des réseaux d’eau dans les bâtiments, téléchargez le livre blanc de BWT.

 

Entretien avec Fabrice Audibert, Manager de la Prescription et des Marchés Tertiaires, BWT

https://www.bwt.com/fr-fr/

Propos recueillis par Construction21, la rédaction

 

 

 Consulter l'article précédent : # 26 - Retour d’expérience sur la qualité sanitaire d’un bâtiment frugal : le LowCal

 


           

Dossier soutenu par

Velux, Santé & Bien-être

 

 Dossier santé
 santé et confort

Auteur de la page

  • Fabrice AUDIBERT

    Responsable Prescription Nationale - Responsable de marché tertiaire et collectivité - Chef produits

    Suivre

  • Autres actualités

    Plus d'articles

    Sur les mêmes thèmes

     Dossier santé
     santé et confort