[Dossier santé] #13 - Pulse : le confort se mesure directement sur l’utilisateur

Depuis 2018, le laboratoire Pulse permet au CSTB d’enrichir les analyses sensorielles par des mesures physiologiques. Plébiscitée dans un premier temps par des entreprises de secteurs diversifiés, la démarche intéresse aujourd’hui particulièrement le secteur du bâtiment, notamment en ce qui concerne le confort thermique, acoustique ou visuel. Pulse permet en effet de mesurer avec précision le ressenti d’un panel d’individus dans des atmosphères contrôlées. Explications avec Anthony Couzinet, Responsable de la division Eau et coordinateur du projet Pulse au Centre scientifique et technique du bâtiment, CSTB.

Pourquoi avoir ressenti le besoin de mesurer le confort ?

Le confort est une notion difficile à appréhender, souvent subjective. Les approches conventionnelles reposent bien souvent sur le nombre de « testeurs », pour avoir une forme de représentativité. Et ce confort est un élément dimensionnant, voire critique dans de très nombreuses situations.

Le projet Pulse est né dans le cadre d’un contrat de recherche que nous menons pour la Métropole de Nantes pour laquelle nous mettons en place un observatoire de la qualité organoleptique de l’eau potable. Il nous a semblé prometteur de proposer à la Métropole une approche reposant sur la réponse physiologique de l’humain, pour objectiver la mesure du confort et du bien-être, et pouvoir la suivre dans le temps.

Ce travail trouve ses fondements dans la thèse de Gwénaëlle Haese (2015), désormais cheffe de projet au sein du laboratoire Pulse : l’évaluation déclarative de l’appréciation du gout de l’eau ne permet pas à elle seule, de faire des différences significatives entre plusieurs échantillons. Nous avons donc mis au point un protocole qui permet d’objectiver ces évaluations, et de les rendre beaucoup plus fines, répétables et robustes.

Ce protocole nous sert aujourd’hui pour les cinq sens du corps humain et intègre aussi la perception thermique, aussi bien dans le domaine du bâtiment, que dans ceux de l’automobile ou des cosmétiques. Après 2 ans de mesures en laboratoire, les équipes du CSTB sont missionnées pour intervenir prochainement sur le sujet du confort d’été dans les DOM. Ce sera une première expérimentation in situ pour challenger les critères historiques de confort thermique qui trouvent leurs limites dans ces climats.

En quoi consiste le dispositif mis en œuvre ?

Le laboratoire Pulse utilise l’humain comme “capteur”. La mesure se fait à partir de capteurs que nous plaçons sur une personne. Pour prendre un exemple concret, nous travaillons actuellement sur le confort dans les espaces de travail. Pour cette mission, nous recréons différentes ambiances sonores, de lumière ou thermiques en laboratoire. Nous mesurons ensuite les modifications de comportement à travers :

  • Le niveau de sudation par la réponse électrodermale
  • La fréquence cardiaque
  • La microcirculation cutanée
  • La température corporelle grâce à des capteurs collés sur la peau
  • Le mouvement des yeux avec un « eye tracker »

Pour reproduire les différentes ambiances nous modifions les conditions lumineuses et thermiques dans le laboratoire ou équipons la personne d’un casque d’auralisation qui recrée des ambiances sonores spécifiques. A partir d’un premier test d’étalonnage, nous pouvons ensuite analyser les différentes réactions de la personne. Travailler avec des capteurs nous permet d’éviter le filtre du cerveau dans le rendu des sensations et d’accéder à la réponse « émotionnelle ». On sait en effet que chaque personne met en place des stratégies de compensation face à une modification de l’environnement. Les sensations perçues à un instant T ne correspondent ainsi pas forcément à la réalité du corps.  La mesure physiologique vient donc en complément des approches déclaratives et nous permet d’avoir des résultats plus précis, contextualisés et surtout répétables ce qui permet un suivi dans la durée.

L’humain « augmenté » est donc plus fiable que le cerveau !

Comme je l’évoquais, l’être humain met naturellement en place des stratégies de compensation face à son environnement pour conserver son attention, sa vigilance, son niveau de performance… Cela se traduit à terme par une fatigue et une pénibilité supérieure à la tâche qui n’est pas forcément perceptible dans un premier temps. Les sollicitations combinées (acoustiques, thermiques…) sont très complexes à évaluer au travers du déclaratif, mais la réponse corporelle du sujet ne “triche” pas, et rend compte de ce stress, qui n’est pas toujours exprimé. La mesure est donc une étape importante pour améliorer le confort des occupants des bâtiments.

A ce stade nous n’envisageons pas d’utiliser le laboratoire PULSE pour remettre à plat les grandes règles de confort thermique ou acoustique mais nous espérons qu’il y contribuera à terme. Nos premiers travaux sont surtout destinés à vérifier le bien-fondé de certaines solutions, à caractériser des solutions innovantes ou à créer des garde-fous pour les modes de ventilation et de chauffage, ainsi que leur régulation. Dans ce dernier cas, Pulse permet de tester les scénarios prédéfinis et de les affiner.

La mesure est en pleine explosion dans la thermique de nos espaces de vie, est-ce la même chose pour le confort ?

Le confort, notamment thermique, est un véritable moteur pour le passage à l’action en termes de rénovation, et l’augmentation de la fréquence des vagues de chaleur estivales accélère ce phénomène. De nombreux bailleurs s’inscrivent dans cette dynamique de mesure et de recherche d’amélioration du confort.

Avec PULSE, nous espérons accompagner cette dynamique, en aidant notamment les labels traitant du confort de l’occupant à élaborer leurs grilles d’évaluation. Le bâtiment évolue très rapidement et l’arrivée des objets connectés a induit un véritable bond technologique et un accès à la donnée indéniable. Nous sommes finalement assez proches de ce qui se fait dans le secteur automobile, qui utilise des capteurs en permanence pour évaluer le confort et le degré d’attention dans une logique de sécurité. Avec l’arrivée du tout électrique, ce secteur doit d’ailleurs optimiser encore davantage l’énergie disponible et on arrive à une connaissance très fine des besoins énergétiques des occupants en matière de confort.

En multipliant les mesures et les terrains d’expérimentation, nous pourrons aussi évaluer le confort en fonction des usages, des façons de vivre, de l’âge des personnes, etc. Notre prochain programme in situ est intéressant en ce sens ; nous sommes au début d’un programme prometteur. Dix jours de mesures sont prévus en climat tropical au premier semestre 2021 et constitueront une première étape !

En complément : https://www.cstb.fr/assets/documents/cstb-pulse.pdf

 

Entretien avec Anthony Couzinet, Responsable de la division Eau et coordinateur du projet Pulse au CSTB

Propos reccueillis par Clément Gaillard, Construction21.

 

Consulter l'article précédent :  #12 - Habitat pour personnes électrohypersensibles (EHS) et/ou chimicosensibles (MCS), On efface tout et on recommence ?

 


           

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