[Dossier santé] #10 - L'acoustique, critère essentiel de santé et de bien-être

L’environnement sonore contribue de manière indiscutable à la qualité de vie et a des conséquences importantes en termes de santé publique et d’impacts économiques induits. Dans une période où l’enjeu de l’urbanisation est la densification, où le modèle de la ville sectorielle est remplacé par la ville productive, la gestion de la coactivité à l’échelle du quartier, du bâtiment, du logement devient une problématique majeure, notamment dans le bâti ancien.

Le contrôle des ambiances sonores est alors crucial. Après avoir rappelé l’enjeu pour l’ensemble des bâtiments où nous passons une grande partie de notre vie, nous discuterons des stratégies à mettre en œuvre à l’échelle du quartier, du bâtiment, du logement pour répondre à cette nécessité de confort acoustique.

25 Millions de personnes touchées par le bruit – 57 Milliards d’euros de cout social

 L’environnement sonore contribue de manière indiscutable à la qualité de vie. Le confort acoustique est un élément important pour la qualité de vie au quotidien.

Lorsque cet environnement sonore est mauvais, celui-ci a des conséquences importantes en termes de santé publique et d’impacts économiques induits. Cette problématique est loin d’être limitée aux postes de travail bruyants, puisqu’elle touche tous les aspects de notre vie : l’enseignement, le travail y compris tertiaire (open-space en particulier), les transports, et bien sûr notre habitat.

L’étude conjointe ADEME – CNB de 2016 identifie un nombre de 25 Millions de nos concitoyens touchés par le bruit et en évalue le coût social à plus de 57 Milliards d’euros. Une réévaluation de cette étude sur les coûts induits est d’ailleurs en cours.

En parallèle, depuis de nombreuses années, l’OMS publie des résultats de recherches relatives à l’impact du bruit sur la santé. Elle conseille en particulier des niveaux d’ambiances sonores optimaux dans les logements afin de garantir les conditions de repos des occupants. Les derniers travaux de recherche médicales permettent de comprendre les processus biologiques et leurs implications qui considèrent l’exposition au bruit comme facteur de risque dans de nombreuses pathologies (cardio-vasculaire, dégénératives, ...).

 

Après avoir rappelé l’enjeu pour l’ensemble des bâtiments où nous passons en moyenne 80% de notre vie (école, habitat, travail, santé, vieillesse), nous présenterons des stratégies à mettre en œuvre à l’échelle du quartier, du bâtiment, du logement pour répondre à cette nécessité de confort acoustique. Rappelons que dans une période de concertation relative au 4° Plan National Santé et Environnement, même si l’amélioration de l’environnement sonore était l’une des actions phares du 3° PNSE, il reste encore beaucoup faire. Les effets dommageables ou nocifs du bruit sur la santé,  représentent des coûts très élevés pour la société c’est à dire pour chacun d’entre nous.

Confinement – une parenthèse révélatrice

Selon l’enquête CNB de septembre 2020 relative à l’analyse acoustique de la période de confinement, nombreux sont les Français qui ont pu faire une expérience sensorielle inédite sur le plan sonore, certains ont pu jouir du calme inhabituel qui s’est installé sur tout le pays, tandis que d’autres ont dû faire face à une confrontation plus directe avec les bruits de leurs voisins (travaux de bricolage ou de jardinage, téléviseurs et postes de radio, chaînes HIFI, bruits de pas, de voix humaines, ...) et ce d’autant plus fortement que le niveau de bruit habituel extérieur était réduit.

 

Les nuisances sonores ressenties dans l’habitat sont souvent vécues comme des agressions insupportables puisque 32 % des répondants expriment le souhait de déménager. La mauvaise isolation acoustique des logements tant pour les bruits de l’environnement que pour les bruits internes à l’habitat est mise en avant dans les réponses :

  • 7 % des personnes interrogées envisagent des travaux pour isoler leur logement des nuisances sonores ;
  • 29 % souhaitent développer de nouvelles relations de voisinage ;
  • 13 % souhaitent informer leurs voisins en cas de gêne.

La rénovation Energétique & acoustique

Depuis toujours les acousticiens sensibilisent les Maîtres d’Ouvrage au risque acoustique associé à la rénovation thermique des bâtiments. Le remplacement des fenêtres augmente en général l’isolement acoustique des façades. De ce fait, le bruit provenant de l’extérieur et perçu à l’intérieur du bâtiment diminue. Celui en provenance des voisins apparaît alors plus nettement, devenant potentiellement gênant. Pendant la période de confinement, moment considéré comme une exceptionnelle expérience acoustique à grande échelle, un phénomène similaire a été clairement mis en évidence dans les logements collectifs. Il y avait moins de bruit dans la ville donc l’effet de masque du bruit provenant de l’extérieur et perçu à l’intérieur du bâtiment a diminué.

On connait  bien les effets délétères d’une telle situation. Il est donc important de maintenir le niveau de confort acoustique dans le cadre d’une rénovation énergétique importante. En effet dans le cas du renforcement de l’isolation de façade, si l’isolement intérieur n’est pas suffisant, la solution n’est pas de limiter cet isolement de façade, mais de renforcer l’isolement intérieur.

La Coactivité – de nouvelles contraintes

 

Avec le tout voiture, l’organisation de la ville s’est vue sectorielle.  On vit dans une zone résidentielle ou pavillonnaire, travaille dans une zone industrielle, fait ses courses dans une zone commerciale. La ville s’étend sur les zones agricoles, les centre bourg se paupérisent. Les déplacements urbains sont chronophages et polluants, pour l’air, le bruit, ... 

Les nouvelles organisations urbaines, que sont « la ville du quart d’heure », « la ville productive », « la ville ferme » présente une volonté de concentrer l’ensemble des activités en un espace restreint ; à l’échelle du quartier, de l’îlot, du bâtiment et aujourd’hui, télétravail oblige, même à l’échelle du logement.

Commercer, travailler, se reposer, s’amuser, ...  dans un espace restreint impose des contraintes nouvelles nécessitant une forte implication sur les aspects environnementaux, notamment dans le contrôle des ambiances sonores.

Cela doit induire un changement de paradigme, où la nuisance sonore est prise dès la conception et non comme malheureusement c’est trop souvent le cas en action curative. Cela nécessite également dans certains cas de porter une réflexion au-delà de la réglementation acoustique. Par exemple, la généralisation du télétravail doit amener une réflexion sur l’isolement à l’intérieur du logement ou bien un ajustement des volumes à ce nouvel usage (local coworking au même titre que le local poussette ou isolement renforcée des cloisons intérieures). 

Le contrôle des ambiances sonores - Quelles actions 

Le constat est bien connu, nôtre rôle en tant qu’acousticien est de sensibiliser les décideurs afin d’accentuer les actions de réduction du bruit et de rendre ces actions plus rapides. Nous pouvons lister quelques actions immédiates dont, pour usiter le langage de saison, le rapport bénéfice / coût est largement favorable

-          La première démarche des services de l’état est de s’assurer du respect des exigences réglementaires et veiller à une meilleure gestion de l’attestation acoustique délivrée en fin de travaux. Par exemple celle-ci pourrait être fournie de manière obligatoire dans le cadre de la vente d’un bien immobilier neuf par le biais du diagnostic immobilier au même titre que la performance énergétique.

-          Avec le télétravail un enjeu est mis en lumière : la réglementation acoustique des logements doit fixer un isolement acoustique interne au logement. À l’heure actuelle, faute de considération réglementaire, un isolement de  25 dB est obtenu avec le type de cloisons internes  couramment mises en œuvres, tout standing confondu. Il faudrait le porter a minima à 40 ou 45 dB pour une pièce dédié au télétravail et le bénéfice sera double dans le cas où cette pièce est une chambre. Les programmes immobiliers peuvent intégrer cette disposition sans attendre le législateur.

-          Dans le cas de locaux d’activité en pied d’immeuble neuf, rendre nécessaire le respect d’un cahier des charges acoustique définissant les contraintes à respecter par le preneur en fonction de l’activité.

-          Le CNB propose d’inclure dans le plan de relance un volet qui encadre la rénovation énergétique ET l’insonorisation des bâtiments en instituant des exigences acoustiques pour toute opération de rénovation, qu’elle soit ou non en zone bruyante, avec des seuils variables en fonction de l’importance des travaux de rénovation. Le CNB recommande qu’une étude acoustique établisse les caractéristiques initiales du bâtiment, définisse les objectifs d’améliorations ainsi que les solutions techniques à mettre en œuvre pour y parvenir.

-          La poursuite et le renforcement des plans de résorption des Points Noirs Bruit. Décidés depuis des années, ces plans sont au ralenti ayant pour conséquence de mauvaises conditions de vie qui perdurent pour près d’un million d’habitants ;

 

Auteurs :

Valerie BREMU, Administratrice CINOV GIAC, Acousphère                                        

Denis BOZZETTO, Administrateur CINOV GIAC, Acouphen                                                               

Jean Paul van Cuyck, Président CINOV GIAC, A2MS Acoustique

 

 

 

 Consulter l'article précédent :  #9 - La French Tech lyonnaise et son confort low tech

 


           

Dossier soutenu par

Velux, Santé & Bien-être

 

Santé &bien-être dans nos bâtiments

Retrouvez tous les articles du dossier

 Santé & confort dans nos bâtiments ?

 Dossier santé
 santé et confort
 bâtiment
 acoustique

Auteur de la page

  • Fédération CINOV

    Service communication

    Suivre

  • Autres actualités

    Plus d'articles

    Sur les mêmes thèmes

     Dossier santé
     santé et confort
     bâtiment
     acoustique