[Dossier Santé] #5 - Logement : à la conquête de l'espace

En quoi le confinement a-t-il exacerbé les tendances préexistantes en matière de logement ? Quels sont les arbitrages des Français en matière d’aménagement ? Quels sont les motifs d’insatisfaction en termes d’agencement du logement ? Quel est le logement idéal des Français ? Autant de questions auquel le Baromètre QUALITEL 2020 apporte de éléments de réponse.

1er enseignement : le manque d’espace, la grande frustration des Français

Mais le manque d’espace n’est pas uniquement lié au confinement, c’est surtout une grande frustration des Français dans leur quotidien « normal ».

  • Les jeunes et les familles, premières victimes du manque d’espace

Le baromètre observe une disparité générationnelle très nette : c'est à l’âge où on a le plus besoin de m2, quand la famille s’agrandit, que l’espace vient le plus à manquer.  Plus on est jeune, plus la « frustration spatiale » est importante, c’est-à-dire la différence entre la surface réelle et la surface idéale du logement.

 

A 60 ans ou plus, les attentes en matière de surface sont comblées mais les moins de 35 ans sont très loin du compte : 20 m2 séparent le logement réel du logement idéal, soit la taille d’un studio.

On dispose ainsi de presque deux fois moins de mètres carrés par personne entre 35 et 44 ans qu’à 60 ans et plus.

Ce besoin d’espace se traduit par le besoin d’une pièce en plus. 2 tiers des foyers avec enfants éprouvent ce besoin, contre un peu moins de la moitié des foyers sans enfant. 

  • Une exiguïté avec des conséquences concrètes au quotidien

 - Pas assez de chambre : en appartement, 4 familles sur 10 ne disposent pas d’une chambre par enfant… … et pourtant, la chambre pour chaque enfant est considérée comme l’espace le plus indispensable du logement. Elle arrive même devant le jardin, dont le confinement a révélé à quel point il était nécessaire. 

 

 

Les WC séparés de la salle de bain complètent ce podium des espaces jugés indispensables à l’habitat. Or, 1 Français sur 5 n’en dispose pas.

 

- Pas assez de place pour des équipements du quotidien : de nombreux équipements de base ne trouvent pas leur place dans le logement. À l’heure de la transition écologique, la moitié des Français n’ont pas assez de place dans leur cuisine pour un bac de tri sélectif. La proportion s’accentue dans les métropoles, dans les territoires où s’exprime (électoralement du moins) pourtant la plus grande sensibilité écologiste.

 

Au chapitre des équipements qui facilitent le quotidien, un quart des foyers et près de la moitié des foyers avec des revenus modestes (45%) ne disposent pas d’assez de place dans sa cuisine pour y installer un lave-vaisselle.

- Pas assez de place pour travailler chez soi ? : le manque de place interroge aussi sur l’amplification probable du télétravail. Peut-on durablement le massifier alors que les mètres carrés manquent déjà tant ?  Un tiers des actifs estiment que leur logement n’est pas adapté au télétravail et une proportion analogue ne dispose pas de bureau ou de coin bureau. Preuve que l’absence de bureau est mal vécue, 59% des Français qui n’en disposent pas aimeraient en disposer.

 

- Hauteur sous plafond, des logements pas à la hauteur : l’enjeu de l’espace se traduit également à la verticale. La question de la hauteur sous plafond est révélatrice d’un certain décalage entre la manière dont sont conçus les logements depuis quelques décennies et l’évolution morphologique des Français. On constate en effet une baisse continue de la hauteur sous plafond dans les appartements (-27 cm depuis 60 ans) alors même que les Français grandissent ! Plus grands que leurs aînés, les 18-25 ans sont trois plus insatisfaits que leurs aînés de la hauteur sous plafond.

 

 

- L’appartement, le plus souvent un choix par défaut : autre symptôme du manque de place (qui résume et synthétise tous les autres), l’appartement se révèle être le plus souvent un choix subi. S’ils avaient le choix, une nette majorité des occupants d’appartements aimerait dans l’idéal habiter une maison. Cette appétence n’est pas uniquement liée à la superficie mais également à l’accès à l’extérieur et à la préférence pour un habitat individuel. Ce désir de maison est à mettre en relation avec la rareté du foncier et la tendance à limiter l’artificialisation des sols. Comment satisfaire demain le désir de maison dans un contexte où il sera plus difficile d’en construire ?

2eme enseignement : comment repenser et optimiser l’aménagement intérieur ?

Faute de pouvoir pousser les murs, l’habitat doit sans doute être conçu différemment.

La conquête de l’espace se joue avant tout entre les murs. La question est donc d’optimiser et de repenser l’aménagement intérieur. 

  • A l’étroit chez eux, les Français plébiscitent la pièce à vivre qu’ils souhaitent la plus ouverte possible

Nous avons demandé aux Français s’ils étaient prêts à rogner sur la surface de certaines pièces du domicile afin d’augmenter la taille du salon. 76% seraient prêts à réduire la surface de la chambre principale afin d’augmenter celle du séjour, 68% préféreraient réduire la taille de la chambre d’un enfant. En résumé, la pièce à vivre est championne du match des pièces. Les Français ont une vision extensive de la pièce à vivre qui doit pour eux intégrer la salle à manger. Dans l’idéal, ils sont trois plus nombreux à préférer disposer d’un coin salle à manger au sein du salon plutôt que d’avoir une salle à manger séparée. De même, 57% préfèrent une cuisine ouverte ; ils sont deux fois moins à préférer la cuisine fermée. Les moins de 35 ans plébiscitent la cuisine ouverte, et plus surprenant peut-être, près de la moitié des seniors préfèrent également ce type d’agencement. 

La cuisine ouverte devient d’ailleurs la norme dans les logements récents : 86% des logements de moins de 10 ans en sont équipés Que ce soit pour répondre à la loi Handicap ou pour optimiser l’espace, les logements d’aujourd’hui ont largement adopté la cuisine ouverte : effet de mode ou de génération ? 

 

  • La capacité de rangement, premier motif d’insatisfaction en matière d’agencement et critère de qualité

Autre sujet : la capacité de rangement, premier grief énoncé vis-à-vis de l’agencement du logement. 28 % des sondés sont insatisfaits des capacités de rangement de leur logement, c’est plus que l’insatisfaction à l’égard de la superficie globale (dont on sait pourtant qu’elle n’est pas à la hauteur des attentes) ! Le constat est d’autant plus frappant en appartement. 

 

 

Et ce manque d’espace de rangement dans les logements n’est pas compensé par les caves/greniers qui ont tendance à disparaître progressivement. Ils étaient la norme dans les résidences plus anciennes (présentes dans 65% des logements de plus de dix ans) mais ne font plus partie du cahier des charges actuels, notamment des immeubles. Pourtant, Les logements qui disposent de bonnes capacités de rangement sont jugés de de bien meilleures qualité par leurs occupants.

Qualiscore de 5,6/10 pour les logements dont les habitants sont insatisfaits des capacités de rangement contre 7,3/10 pour les logements dont les occupants se disent satisfaits.

 

  • La modularité, une réponse au manque d’espace

Pour répondre aux aspirations des Français, le logement doit également être plus flexible : la modularité, c’est-à-dire la capacité à faire évoluer la destination d’une pièce, à abattre une cloison, apparaît comme un critère de qualité du logement.

 

Les logements les plus flexibles (les plus faciles à faire évoluer) sont ceux qui obtiennent le meilleur Qualiscore. Parmi les logements récents, les logements certifiés sont ceux qui disposent des meilleures capacités de rangement, les plus faciles à faire évoluer et à aménager. Leurs occupants sont deux fois plus nombreux à estimer que leur logement est facile à faire évoluer.

 

 

  • Bien vieillir chez soi : une question d’aménagement intérieur

Parmi les défis qui se posent à l’aménagement intérieur, la question de l’adaptabilité au vieillissement est particulièrement importante. Comment bien vieillir chez soi ?

Deux tiers des seniors souhaitent rester « à vie » dans leur logement, malgré les contraintes de celui-ci.

Et ces contraintes sont nombreuses : la moitié des plus de 60 ans estiment que leur logement n’est pas adapté au vieillissement.

 

Bien vieillir chez soi, c’est aussi une question d’aménagement intérieur : il faut pouvoir bénéficier d’un agencement et d’équipements adaptés, tout en restant à domicile.

 En 2050, 20 millions de Français auront plus de 65 ans. Les logements adaptables et les plus aménageables, sont à même de contribuer à relever le défi du vieillissement.

 

Pour répondre aux aspirations des Français, l’habitat doit donc être plus pratique, plus flexible et adapté au bien-vieillir. C’est ainsi que se gagnera la conquête de l’espace !

 

En conclusion, je retiens que face au manque de place dans les logements, la conquête de l’espace se joue aussi à la verticale, dans le sens de la hauteur. La hauteur sous plafond diminue alors même que la taille des Français augmente. Au-delà de l’inconfort que cela peut générer, notamment pour les jeunes générations, les logements plus bas de plafond sont moins efficaces en termes de circulation de l’air, avec des conséquences sur la qualité de l’air intérieur et le confort thermique d’été. A l’heure du réchauffement climatique, ces logements sont les moins propices à une « climatisation naturelle ».Ce constat devrait interpeller les collectivités locales et plaider pour un assouplissement des règles d’urbanisme pour laisser la possibilité aux immeubles, dans une certaine mesure, d’aller un peu plus haut.

Cette conquête « verticale » se joue également au sous-sol, au niveau des caves et des parkings.

Ils ne sont plus la norme dans les résidences actuelles et constituent pourtant des espaces de rangement très pratiques, dont l’étude révèle à quel point ils sont importants aux yeux des

Français. Je retiens par ailleurs de cette étude une grande appétence pour les logements flexibles, dont les pièces peuvent évoluer au gré des besoins. Peut-être les professionnels de l’immobilier doivent-ils proposer des logements dotés de cloisonnements mobiles et vitrés par exemple ; des solutions esthétiques et performantes sur le plan acoustique existent….

Article signé Antoine Desbarrières, Directeur de QUALITEL

Lien : Les résultats complets du Baromètre QUALITEL 2020 - Association Qualitel

 

 Consulter l'article précédent :  #4 - Bien-être et santé dans le bâtiment : les enseignements à retenir issus de retours d’expériences

 


           

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