[Dossier santé] #14 - Le chantier : une phase clé pour la future qualité de l’air intérieur

  • par Equipe AQC
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  • 2020-12-09 12:00:00
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  • France
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Si les étapes de conception sont primordiales pour le choix des produits et le dimensionnement des systèmes de ventilation, c’est bien sur le chantier que se jouera in fine la future qualité de l’air intérieur. Afin d’optimiser la préparation de la phase travaux, le projet ICHAQAI (Impact de la phase CHAntier sur la Qualité de l’Air Intérieur) propose 97 actions préventives à l’attention des professionnels de la construction.

Contexte

Le projet ICHAQAI est issu d’une prise de conscience des difficultés de terrain pour assurer un niveau de qualité de l’air intérieur (QAI) satisfaisant lors de la réception des ouvrages. En effet, au-delà des émissions de chaque produit de construction, le projet s’est intéressé aux conséquences possibles des process de construction : modalités de stockage des matériaux, enchaînement des tâches, utilisation simultanée de différents produits, impact de l’absence de ventilation, etc. 

Soutenu par l’ADEME dans le cadre du programme CORTEA 2015, le projet a réuni des chercheurs en santé publique et des professionnels de la construction dans un double objectif : d’une part, améliorer les connaissances, avec la recherche de facteurs de contamination spécifiques à la phase chantier ; d’autre part, apporter des solutions concrètes aux professionnels de la construction. Coordonné par le bureau d’études Inddigo, le projet a réuni l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), l’Agence Qualité Construction (AQC) et le cabinet INTECO (OPC).

Deux chantiers de construction passés au crible

ICHAQAI a permis d’investiguer deux opérations de construction neuve avec notamment des mesures de qualité de l’air intérieur à partir de la phase de hors d’eau/hors d’air, c’est-à-dire une fois les bâtiments clos et couverts. Les mesures ont porté sur un nombre important de contaminants : Composés Organiques Volatils (COV) et Semi-Volatils (COSV), particules fines (PM10), présence de biomasse fongique dans l’air associée à un suivi des conditions de température et d’hygrométrie. 

Les mesures réalisées ont permis de confirmer les risques de développements fongiques en phase chantier, déjà identifiés dans le cadre du programme REX Bâtiments Performants en Énergie mené par l’Agence Qualité Construction.

 

 

Fig. 1. Développement de moisissures à la suite de la mise en œuvre d’une chape –  Source AQC   

 

 

Les mesures en continu ont mis en évidence les tâches à l’origine des plus fortes émissions de contaminants chimiques. Celles-ci correspondent souvent à l’utilisation de produits considérés comme secondaires (peintures sur supports spécifiques ou produits de nettoyage par exemple), qui ne font pas toujours l’objet de prescriptions aux cahiers des charges des entreprises.

Fig. 2. Évolution des concentrations en composés organiques volatils globaux (COVG) – Source Inddigo

Les prélèvements effectués dans les réseaux aérauliques ont permis de confirmer le risque de refoulement de poussières contaminées en phase d’utilisation du bâtiment, dans les cas où le système de ventilation intègre de l’insufflation d’air neuf. En effet, il n’est pas rare d’observer un empoussièrement des réseaux aérauliques pendant les étapes de stockage et de mise en œuvre, ainsi qu’une exposition à de forts taux d’humidité. 

Fig. 3. Stockage de gaines de ventilation en phase chantier

– Source Inddigo

 

 

 

 

Enfin les analyses des COSV adsorbés sur les poussières ont permis d’émettre des hypothèses sur les sources de COSV retrouvés dans les bâtiments occupés (quelle part attribuable aux produits de construction uniquement).

97 actions préventives proposées aux professionnels de la construction

Les solutions étudiées dans le cadre d’ICHAQAI ont été évaluées en termes d’impacts technique, économique et opérationnel, afin de sélectionner les solutions les plus faciles à mettre en œuvre pour les acteurs de la construction. Au total, 97 actions ont été retenues, réparties selon 4 axes :

  • Méthode : Mettre en place une organisation de chantier adaptée (16 solutions)

Par exemple : préparer l’organisation de la phase chantier en amont (dès la fin de la conception), intégrer les exigences QAI au dossier de consultation des entreprises (via les CCTP, planning de chantier, plan d’installation de chantier), prévoir des réunions d’information et de sensibilisation des acteurs, prévoir des réunions spécifiques au système de renouvellement d’air, etc.

  • Contaminants : Réduire les émissions et l’impact des polluants physiques et chimiques (37 solutions)

Par exemple : proposer des alternatives aux produits fortement émissifs (recours à des procédés mécaniques, finitions en usine, etc.), réaliser un diagnostic des supports en cas de rénovation, organiser des stockages différenciés sur le plan d’installation de chantier selon la nature des matériaux et produits, réaliser des ventilations par ouverture de fenêtre ou à l’aide d’une ventilation « de chantier » lors des phases les plus émissives, réaliser une surventilation (ou « flush-out ») en fin de chantier avant l’arrivée des occupants, etc.

  • Humidité : Prévenir les risques liés à l’humidité et éviter l’apparition de moisissures (17 solutions)

Par exemple : prendre en compte les temps de séchage dans le planning de chantier, réaliser les tests d’humidité des supports, prévoir une organisation adaptée dans le cas de la mise en œuvre d'une chape, vérifier et identifier le comportement hygrothermique des parois (notamment en cas de rénovation), prévoir un stockage adapté des matériaux sensibles à l’humidité, mettre en place une action d’évacuation de l’humidité lors des phases critiques (selon les cas, ventilation par ouverture des fenêtres ou à l’aide d’un ventilateur « de chantier », ventilation associée à du chauffage, déshumidification), réaliser un diagnostic humidité en cas de rénovation.

  • Equipements : Assurer les conditions d'un renouvellement de l'air de qualité en exploitation (27 solutions)

Par exemple : recourir à des gaines nettoyées et encapuchonnées en sortie d’usine, protéger les réseaux, les bouches et les équipements techniques (CTA, caissons, etc.) sur chantier, vérifier la compatibilité entre les différents composants du système de ventilation, rendre accessible les équipements et l’ensemble des réseaux de ventilation, respecter les règles de l’art dans la mise en œuvre des réseaux aérauliques, traiter et contrôler l'étanchéité à l'air des réseaux aérauliques, contrôler le bon fonctionnement du système de ventilation en fin de chantier, en cas de réhabilitation réaliser un diagnostic du système de renouvellement d’air en amont du projet.

Un outil d’aide à la décision et des documents de sensibilisation

L’outil ICHAQAI, qui répertorie l’ensemble des 97 solutions, est disponible à l’adresse suivante : http://ichaqai.qualiteconstruction.com/

C’est un outil d'aide à la décision qui permet de sélectionner les solutions les plus adaptées au contexte de chaque opération de construction neuve ou de rénovation, puis de suivre leur mise en œuvre. Pour chaque action proposée, l’outil précise la facilité de mise en œuvre, les phases concernées, les acteurs concernés, et les éventuels documents ou bibliographie permettant d’en savoir plus.

ICHAQAI propose deux documents complémentaires à l’outil d’aide à la décision :

  • Une plaquette de sensibilisation : Penser qualité de l’air intérieur lors de la phase chantier, http://www.qualiteconstruction.com/node/3506. La plaquette a pour objectif de sensibiliser les entreprises aux enjeux associés à la qualité de l’air intérieur, et de présenter les principaux leviers d’action. Elle peut être utilisée par exemple au démarrage du chantier lors d’une session d’information.
  • Un guide méthodologique : Penser qualité de l’air intérieur en phase chantier – Guide méthodologique, http://www.qualiteconstruction.com/node/3505. Le guide méthodologique permet de préciser le rôle de chaque professionnel intervenant en phase chantier, afin de réussir la mise en place d’une dynamique collective en faveur d’une meilleure qualité de l’air intérieur. Il récapitule, acteur par acteur, les principaux points de vigilance.

L’ensemble de ces documents et outil s'adressent aux acteurs professionnels de la construction : maîtres d’ouvrage professionnels, maîtres d’œuvre, constructeurs, entrepreneurs et artisans, OPC. 

Fig. 4. Livrables ICHAQAI disponibles sur le site de l’Agence Qualité Construction – Source AQC

Conclusion et perspectives

Les résultats du projet ICHAQAI ont révélé la nécessité d’une prise de conscience des impacts sanitaires potentiels parmi les professionnels du bâtiment. Loin de dépendre uniquement des émissions associées à chaque produit de construction, la future qualité de l’air intérieur est en lien étroit avec l’ensemble des process de mise en œuvre. Des solutions simples et faciles à mettre en œuvre existent, mais elles s’appuient sur davantage de dialogue et de collaboration entre les différents acteurs. La qualité de mise en œuvre des réseaux aérauliques et des équipements de ventilation apparaît notamment comme un enjeu prioritaire, tant pour la future qualité de l’air que pour la performance énergétique.

Parmi les problématiques mises en lumière, les risques accrus de développements fongiques sur les chantiers de construction neuve ont été soulignés par les autorités sanitaires. En effet, ces moisissures, même si elles sont invisibles lors de la livraison, pourraient réapparaître en phase d’usage des bâtiments et avoir un impact sur la santé des occupants. Un rapport de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) en date de juin 2016 confirme une corrélation entre présence de moisissures et apparition d’asthme chez les jeunes enfants.

Les processus à l’origine des développements de moisissures sur les chantiers, ainsi que les solutions à mettr

e en œuvre, sont actuellement étudiés dans le cadre du projet de R&D MYCO-ACT – Réduire le risque de développements fongiques en phase chantier. Coordonné par Inddigo, le projet réunit le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB), l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), l’Agence Qualité Construction (AQC) et le Centre Technique des Industries Aérauliques et Thermiques (CETIAT). Ce projet est accompagné par l’ADEME, de 2018 à 2022, dans le cadre des programmes BAT-RESP 2018 et CORTEA 2019.

 

Un article signé Charline DEMATTEO (Inddigo)

 

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