[Dossier RE2020] #7 E+C- : Retours d’expériences pour du bon sens

Rédigé par
Thierry CHEMIN

Co-gérant

6684 Dernière modification le 18/06/2020 - 12:00
[Dossier RE2020] #7 E+C- : Retours d’expériences pour du bon sens

Nous voici à l’aube de la mise en place de la nouvelle règlementation RE2020, visant à une Construction plus juste et raisonnée en termes de consommation d’énergie d’une part (E+), et d’émission de carbone d’autre part (C-). Dans un but collectif de mise en commun des bonnes pratiques, les acteurs de la construction ont été mis à contribution lors d’une phase d’expérimentation E+C-, afin de tester cette nouvelle méthode, la critiquer, et faire part de leurs retours d’expérience sur le sujet pour amélioration. C’est donc en réponse à cette mission confiée notamment aux bureaux d’études, que nous avons souhaité porter notre regard sur l’état actuel de la méthode et proposer quelques pistes d’adaptation dans un objectif de cohérence entre performance réelle et méthode de calcul.

Contexte

Tout d’abord, il convient de préciser le contexte de nos études. Nos expériences de positionnement sur le label E+C- se sont essentiellement concentrées sur des projets de logements aux typologies assez variées : maisons accolées, intermédiaires et collectifs, dont un projet dans le cadre du programme OBEC (Objectif Bâtiment Energie-Carbone). Ces expériences nous ont permis d’étudier un panel diversifié de systèmes constructifs (Béton, brique, Ossature Bois) et de systèmes énergétiques (Gaz, Electricité, Bois) en tenant compte des contraintes de différents acteurs (Bailleur social, Promoteur privé).

 

Etude de positionnement E+C-sur une construction de 35 logements pour Néotoa – Insertion architecte agence Rhizome 

E+C- : Points positifs

Il faut dans un premier temps saluer les points positifs de l’expérimentation E+C- qui sont nombreux.

  • Montée en compétences ACV

Cette phase d’expérimentation a eu un premier avantage clair : permettre la montée en compétences et la mobilisation de la profession vers les différents enjeux. L’ensemble de la filière a dû se familiariser aux fiches FDES, PEP… et nous avons appris à comprendre réellement ce qui se cache derrière un bilan carbone.

 

Exemple de répartition des émissions de CO2 par contributeur

  • Echelle des valeurs

Au niveau des résultats de calcul, cette expérimentation fût également très riche d’enseignements lors de la comparaison des échelles de valeurs des résultats. En effet, ces analyses ont permis d’identifier des postes à potentiels d’améliorations importants.

Ainsi, en moyenne, sur la durée de vie de 50 ans d’un bâtiment, on a pu observer que la moitié des émissions des GES est émise lors de sa construction (Contributeur PCE). L’autre moitié est émise sur la durée de vie du bâtiment par nos consommations en énergie, les contributeurs Chantier et Eau représentant souvent une part assez faible des rejets.

Autres valeurs intéressantes, l’intégration de l’ensemble des consommations des bâtiments y compris les usages mobiliers dans la méthode de calcul du classement Energie. Ainsi, en consommations d’énergie primaire, les usages RT2012 ne représentent en moyenne que 40% des consommations d’énergie d’un bâtiment.

 

Exemple de répartition des consommations Usages RT2102 et Autres usages en énergie primaire 

Il faut donc espérer que les prochains efforts réglementaires soient répartis sur l‘ensemble des usages et non pas uniquement sur les usages réglementaires actuels.

E+C- : Pistes d’améliorations

A titre plus précis, les études et leurs analyses lors de cette phase d’expérimentation ont également donné l’occasion aux différents acteurs de mettre en lumière des pistes d’amélioration de la méthode. En voici quelques-unes que nous avons pu observer :

  • Ajustement des seuils sur les données du projet :

Au même titre que pour les règlementations thermiques précédentes, certains paramètres, comme les surfaces prises en compte (SHAB, SRT, SDP…), sont des données très importantes et présentent un impact non négligeable dans les résultats des performances environnementales d’un projet.

Prenons l’exemple particulier des celliers :  La méthode actuelle basée sur les SRT et SDP exclut du calcul ces surfaces annexes d’un logement (en rouge) mais les inclut si ces surfaces sont intégrées dans la SHAB (en vert).

Surface incluse (en vert) ou non (en rouge) dans la méthode de calcul 

Il est clair que l’empreinte carbone d’un cellier est plus importante lorsqu’il est intégré dans la SHAB : il faut alors l’isoler, lui prévoir un revêtement de sol, un revêtement mural et surtout le maintenir en température... Néanmoins, il apparait que l’intégration de ce cellier dans la SHAB améliore les résultats du bilan carbone, alors que le bon sens voudrait au contraire décourager l’isolation et le chauffage de ces surfaces non nobles servant uniquement à du stockage.

Il serait logique d’introduire une modulation des seuils d’émission des GES en fonction de l’ajout ou non de surfaces annexes au logement, comme la méthode le prévoit pour les places de parking.

Plus généralement, c’est la question de la construction de l’ensemble des surfaces annexes (balcon, terrasse, local, circulations, celliers…) qui risque d’être mal évaluée si les seuils ne sont pas adaptés plus justement.

Il ne faudrait pas mettre en concurrence optimisation carbone et usage du projet.

  • Prise en compte des déplacements

Actuellement, la méthode tient bien compte de la distance d’évacuation des déchets du projet dans le contributeur chantier. De plus, les transports nécessaires à la fabrication de chaque produit et équipement sont considérés dans les fiches FDES.

Mais il semble que l’acheminement du matériel et les déplacements des personnes travaillant sur le chantier ne soient pas évalués dans la méthode et que cette étape intermédiaire manque encore à la chaîne des données d’entrée.

Là aussi, il s’agit d’une question d’échelle de valeurs et de priorité à donner sur les postes émetteurs les plus « lourds ». Il n’est pas certain que les émissions GES des camions évacuant les déchets des chantiers soient plus importantes que l’ensemble des émissions des camions approvisionnant les chantiers et du personnel des chantiers…

Cette donnée d’entrée constituerait une notion tout à fait intéressante afin de valoriser une économie plus locale.

  • ACV : Outil d’aide à la décision

S’il y a bien un intérêt à l’ACV, c’est l’étude et comparaison des solutions constructives entre elles afin que les choix soient effectués selon des données objectives. Il apparaît que la comparaison entre modes constructifs demeure encore peu fiable à ce jour, du fait notamment de la marge d’erreur que présentent les fiches FDES de chaque composant.

En effet, la description d’une paroi nécessite plus ou moins de fiches pour la décrire. Une paroi en structure lourde + Isolant Thermique Intérieur peut nécessiter 3/4 fiches FDES (Revêtement Façade+ Mur + Doublage) alors qu’une paroi en Ossature Bois peut en demander 2 fois plus (Revêtement de façade, Pare pluie, Montant Bois, Isolant, Membrane, Doublage…).

Or, chaque fiche a son degré de précision et présente une marge d’erreur (c’est notamment le cas des MDEGD qui regroupent les données environnementales par défaut). Par conséquent, à hauteur du nombre de fiches utilisées, nous multiplions la marge d’erreur !

Si l’ACV nous a permis de comparer deux produits entre eux, les conclusions sur les comparaisons des différents systèmes constructifs n’ont aujourd’hui encore que peu de sens.

  • Valorisation des énergies renouvelables :

Différentes méthodes sont actuellement utilisées pour convertir en énergie primaire la production d’électricité d’origine renouvelable (Photovoltaïque). La RT2012 utilise le coefficient de conversion de l’électricité 2.58. Le label E+C- utilise ce coefficient 2.58 également, mais uniquement en autoconsommation, ce qui constitue un recul pour certains projets. Et qu’en sera-t-il demain ? Il est en effet annoncé une baisse du coefficient de conversion de l’électricité qui aurait pour effet de dévaloriser la production locale d’électricité. Il est facile de s’y perdre alors que nous parlons toujours de la même production d’1kWh d’électricité.

Il va du bon sens que les artifices du calcul ne doivent pas être un frein à la valorisation des énergies dites d’origine renouvelable.

Conclusion

Les multiples expérimentations et réflexions menées autour du label E+C- par les différents acteurs de la profession ont permis d’alimenter une base de données importantes. Ces retours d’expériences constituent un réel atout afin d’éditer la prochaine réglementation.

Attention tout de même de ne pas oublier de mettre du sens dans la méthode afin que les choix de demain soient en cohérence avec une performance environnementale réelle des projets.

E+C- ayant constitué un vrai moteur d’action, il est de bon ton d’espérer que la RE2020 poursuive son amélioration dans ce sens… en attendant le « top départ » !

Un article signé Thierry Chemin, Co-fondateur de Kanopés

Consulter l'article précédent :  #6 - 30 secondes pour connaître les outils de la performance énergétique et environnementale


           

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Ce dossier est composé de contributions des membres de la Fédération CINOV, des adhérents Construction21 et de leurs partenaires. En animant ce dossier, la Fédération CINOV concoure ainsi aux échanges et à la réflexion sur la future réglementation environnementale. Le contenu des articles sont néanmoins publiés sous la seule responsabilité de leurs auteurs.

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