[Dossier RE2020] #8 L’ACV, outil précieux de l’expérimentation E+C- : retour d’expérience des travaux de l’Alliance HQE-GBC

Avec le lancement du Plan Climat en juillet 2017, l’Etat français montre sa volonté d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, avec un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. En France, le secteur du bâtiment étant responsable de près de 45% de la consommation énergétique et de plus de 25% des émissions de gaz à effet de serre, il faut, pour atteindre l’objectif, réaliser des bâtiments à faible empreinte carbone et à haute performance énergétique.

Cette ambition s’est traduite avec le lancement de l’expérimentation E+C- qui visait à définir les niveaux de performances environnementales pour l’écriture de la future RE. Si l’expérimentation E+C- et la RE2020 ne concernent aujourd’hui que les bâtiments neufs elles représentent néanmoins une avancée majeure et ouvrent la voie à des sujets tels que l’économie circulaire et la performance environnementale des rénovations, dont pourraient s’emparer les futures réglementations.

L’Alliance HQE-GBC, grâce à ses travaux d’innovation collaborative HQE Performance sur les ACV des bâtiments neufs, a été l’un des précurseurs sur la méthode de l’expérimentation E+C-. En tant que membre du réseau World Green Building Council, elle participe également à la campagne « net zero » qui vise la neutralité carbone de 100% des bâtiments d’ici 2050. Elle entend aujourd’hui poursuivre sa mission d’innovation et d’anticipation de la règlementation en ayant déjà apporté une contribution, à travers ses tests HQE Performance, sur de nouveaux enjeux comme l’ACV pour les bâtiments rénovés ou l’économie circulaire.

Regard sur les autres indicateurs ACV : Etude 2018 sur le résidentiel dans le cadre de l’expérimentation E+C-

Lors de la réalisation de l’ACV d’un bâtiment neuf, l’attention est aujourd’hui portée en particulier sur l’indicateur carbone puisque son niveau doit être encadré par la réglementation. Cependant, l’ACV offre des résultats sur bien d’autres indicateurs. En 2018, l’Alliance HQE-GBC a réalisé une analyse sur les indicateurs ACV autres qu’Energie et Carbone de bâtiments résidentiels de l’expérimentation E+C- qui s’est révélée riche d’informations et dont nous vous proposons ici quelques observations.

 

Les indicateurs « Catégories de déchets » permettent d’évaluer la quantité de déchets produits tout au long du cycle de vie du bâtiment, de l’extraction des matières premières à son élimination. Cet indicateur se répartit en trois catégories : les déchets dangereux, les déchets non dangereux et les déchets radioactifs. Concernant l’indicateur « déchets non dangereux », en présence de terres excavées, c’est le contributeur chantier qui a le plus fort impact lors de la construction d’un bâtiment résidentiel neuf. Pour l’indicateur « déchets dangereux », c’est le contributeur Produit de Construction et Equipement (PCE) qui est le plus impactant en particulier les lots 7 (Revêtement des sols, murs et plafonds), 8 (CVC) et 10 (Courant fort). A noter, une différence entre les maisons individuelles qui sont beaucoup moins impactantes que les logements collectifs (environ 4 fois moins).

Le calcul de l’indicateur « Utilisation nette d’eau douce » permet de mettre en évidence la quantité d’eau douce utilisée tout au long du cycle de vie du bâtiment. Ici, de façon contre-intuitive, l’ACV révèle que ce n’est pas toujours le contributeur eau qui est le plus impactant pour un bâtiment neuf. En revanche, le contributeur chantier, en particulier pour les logements collectifs, peut s’avérer important.

L’indicateur « Epuisement des ressources abiotiques non fossiles » correspond à l’évaluation des consommations de ressources naturelles en fonction de leur rareté et de leur vitesse d’exploitation. Pour un bâtiment neuf, ce sont les lots 8 (CVC), 9 (Installations sanitaires) et 10 (Courant fort) qui sont les plus impactants à cause de l’utilisation de matériaux rares. A noter aussi que pour les bâtiments ayant un système de production d’énergie comme par exemple des panneaux photovoltaïques, l’impact du lot 13 (Equipement de production locale d’électricité) n’est pas négligeable.

Les enseignements du Test HQE Performance ACV Rénovation

L’Alliance HQE-GBC a lancé, en 2017, le Test HQE Performance ACV Rénovation sur un ensemble de 23 projets de bâtiments rénovés. Ce test avait pour but de valider une méthodologie spécifique pour la rénovation et de regarder plusieurs indicateurs issus de l’ACV de ces bâtiments. Comme pour le neuf, l’ACV d’un bâtiment rénové permet d’obtenir de façon quantitative les performances environnementales du projet mais aussi, dans ce cas, de mettre en lumière les avantages environnementaux d’une opération de rénovation.

 

Ainsi, d’après les premières observations issues du Test HQE Performance ACV Rénovation, un bâtiment rénové est capable d’atteindre un niveau de performance énergétique égal à celui d’un bâtiment neuf lorsque la rénovation est ambitieuse. Cela permet d’économiser de l’énergie et de réduire les émissions de gaz à effets de serre.

En ACV rénovation, l’approche par amortissement s’applique, permettant après la fin de vie de référence d’un produit, que son impact soit considéré comme nul si celui-ci est conservé pendant une rénovation. Cette méthode permet de valoriser les actions pour l’allongement des durées de vie et la sobriété.

Lors d’une rénovation, concernant l’indicateur « Réchauffement climatique », qui permet d’évaluer la quantité d’émissions de gaz responsable de l’effet de serre, ce sont les contributeurs PCE et Energie qui se partagent de manière presque équivalente les émissions de gaz à effet de serre et qui permettent ainsi de passer facilement le seuil C2 de EgesPCE. Les lots les plus impactants sont cette fois les lots 7 (Revêtements des sols, murs et plafonds), 8 (CVC) et 10 (Courant fort) qui correspondent aux lots renouvelés lors d’une rénovation. Un des points positifs des travaux de rénovation est qu’ils permettent d’éviter les impacts dus au gros œuvre (lots 1, 2 et 3 : lots touchant à la structure du bâtiment) par rapport à une construction neuve. Ces résultats confirment, pour le réchauffement climatique en particulier, qu’une solution pour diminuer de façon drastique les GES et atteindre un niveau ambitieux d’un point de vue carbone réside dans la rénovation et les actions en faveur de l’économie circulaire.

Concernant les indicateurs « Catégories de déchets », les travaux de rénovation permettent de réduire à minima par deux la quantité de déchets non dangereux d’un chantier par rapport à la construction d’un bâtiment neuf sur l’ensemble du cycle de vie. Il est possible que le constat soit le même pour les déchets dangereux. Toutefois aucune valeur de référence n’existe actuellement.

L’indicateur « Epuisement des ressources abiotiques » montre que, lors d’une rénovation, ce sont les lots allant de 8 à 12 qui sont les plus impactants. C’est un constat identique à celui fait dans l’étude sur les bâtiments neufs. Cependant, il convient de nuancer ces résultats car ce sont des lots forfaitaires et d’autres modélisations sans lots forfaitaires seraient nécessaires pour confirmer ces hypothèses.

En synthèse, il faut retenir que les travaux de rénovation sont un moyen efficace pour atteindre le niveau C2 pour un bâtiment car les impacts du gros œuvre sont amortis. La rénovation constitue ainsi une solution pour atteindre les ambitions fixées sur le carbone mais aussi, de manière globale, pour avoir des bâtiments plus performants d’un point de vue environnemental.

Les premiers enseignements du test HQE Performance Economie Circulaire

En 2019, l’Alliance HQE-GBC a lancé le Test HQE Performance Economie Circulaire. Ce test avait pour but d’évaluer les impacts des actions réalisées en termes d’économie circulaire. Pour limiter les impacts environnementaux d’un bâtiment, il faut réfléchir sur toute sa durée de vie, de l’extraction des matières premières à sa fin de vie. C’est pourquoi l’ACV est une méthode de calcul d’impacts intéressante pour les projets intégrant des préoccupations d’économie circulaire.

Pour l’ACV d’un bâtiment, les données nécessaires sont disponibles dans les FDES et PEP qui recèlent aussi d’autres informations que celles utiles pour la RE2020 et l’indicateur sur le réchauffement climatique. En effet, les déclarations, permettant de connaître les impacts environnementaux des PCE, contiennent en tout 28 indicateurs environnementaux répartis en 4 parties : impacts environnementaux, consommation de ressources, catégories de déchets et flux sortants.

Crédit photo : ICADE PROMOTION AMARANTE ILOT F-NFL HQE BBC EFFINERGIE PESSAC (33) (87 coll) NF 378 10 049-0112-07

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 Se préparer à la RE2020 : enjeux et retours d'expérience

Ce dossier est composé de contributions des membres de la Fédération CINOV, des adhérents Construction21 et de leurs partenaires. En animant ce dossier, la Fédération CINOV concoure ainsi aux échanges et à la réflexion sur la future réglementation environnementale. Le contenu des articles sont néanmoins publiés sous la seule responsabilité de leurs auteurs.

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