[Dossier Biosourcés #22] Matériaux bio-sourcés et fenêtres : un bref état des lieux

Lorsqu’on évoque le bâtiment biosourcé, c’est naturellement les isolants ou la construction bois qui vient à l’esprit. Le monde de la menuiserie s’intéresse néanmoins de plus en plus au bio-sourcé. Cadre en bois ou mixte, bambou, nouveaux matériaux polymères biosourcés, …  les innovations techniques rentrent peu à peu au cœur des produits.

Le bois, matériau traditionnel des fenêtres, aujourd’hui délaissé

Même si elles étaient à l’origine fabriquées à partir du bois, les fenêtres et portes sont aujourd’hui conçues majoritairement en PVC ou aluminium. La part des fenêtres bois sur le marché français ne cesse de décroître : de l’ordre de 8% en 2018, elle était encore supérieure à 15% en 2007. Différents facteurs peuvent expliquer ce désintérêt des français pour ce matériau :

  • L’image de mauvaise durabilité du bois, et les contraintes d’entretien perçues par les acquéreurs,
  • L’envie de modernisation de son intérieur qui pousse les particuliers vers d’autres matériaux plus modernes, plus design
  • Le facteur économique qui oriente le choix vers des menuiseries en PVC en particulier
  • L’absence de communication grand public valorisant les fenêtres bois et d’industriels qui poussent ce matériau.

Ainsi, même si les fenêtres bois d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec les anciennes menuiseries, les français boudent de plus en plus ce matériau. 

Depuis quelques années on a vu se développer l’offre de menuiseries mixtes, bois-alu en particulier. Ces produits associent sur une même fenêtre, un revêtement aluminium en extérieur et un revêtement en bois à l’intérieur. On peut, par exemple, citer les gammes MéO de MC France ou Ciméal de CAIB, les concepts M3D de MILLET et AMX de Atlantem…. Les industriels proposant ces solutions mettent en avant les avantages de ce mix de matériau : durabilité de l’aluminium pour l’extérieur limitant l’entretien et la chaleur et la noblesse du matériau bois pour l’intérieur.

Fenêtre M3D bois/alu de Millet – image Millet https://groupe-millet.com/fenetre/mixte/fenetre-alu-bois-m3d/

Toutefois, ces produits haut-de-gamme restent largement minoritaires avec moins de 5% des parts de marché.

Le bambou, une alternative au bois ?

Mais le bois n’est peut-être pas le seul matériau intéressant si l’on souhaite un produit bio-sourcé.  Ainsi l’entreprise STABALUX a développé un système de mur-rideau avec du bambou. Traditionnellement en acier ou en aluminium, le système développé par STABALUX utilise des poutres de bambou fabriquées à partir des couches externes les plus dures des pousses de bambou. Croissance rapide ne nécessitant pas d’engrais, fixation accrue de CO2 (+30% par rapport aux arbres), excellente propriétés mécaniques, … ce végétal présente de nombreux atouts. Néanmoins, la déforestation engendrée par une production massive, en Asie particulièrement, et l’utilisation de produits chimiques pour sa transformation, doit conduire à la vigilance quant à son utilisation. A notre connaissance ce matériau n’a pas encore été utilisé à une échelle industrielle pour produire des fenêtres.

 

Image STABALUX- https://www.stabalux.com/fr/bambus-system/

Les industriels travaillent également sur des composites intégrant une part de biosourcé

Le PVC est aujourd’hui le matériau n°1 pour les fenêtres. Pour renforcer ces propriétés mécaniques les industriels ajoutent souvent de la fibre de verre. FINSTRAL, fabricant italien, a, de son côté, mis au point un matériau dans lequel le PVC est associé à un produit bio-sourcé : le ForRes combine des balles de riz (un sous-produit naturel de la céréale) et du PVC recyclé. La surface de ce nouveau matériau est d’aspect poreux, très agréable au toucher. L’industriel le propose en 6 teintes. Le matériau est proposé en revêtement intérieur des cadres ouvrants et dormants sur la gamme FIN-PROJECT.

Fenêtre en ForRes de FINSTRAL (image FINSTRAL - https://www.finstral.com/fr/home/1-0.html)

D’autres industriels se sont intéressés à la combinaison PVC/matériau bio-sourcés. Ainsi GEPLAST, industriel français spécialiste de l’extrusion PVC pour le bâtiment et les aménagements extérieurs, propose le LORIZA®, constitué à 60% de cosse de riz associé à du PVC. Selon l’industriel ce matériau présente l’esthétique du bois mais est imputrescible et ne fissure pas. Jusqu’à présent GEPLAST ne le propose que pour des aménagements extérieurs, comme les clôtures. Pourquoi ne pas imaginer un usage pour les fenêtres ?

Le bio-sourcé au cœur des conceptions de fenêtre

Les innovations présentées jusqu’ici concernaient le matériau du cadre de fenêtre. Certains industriels introduisent également des matériaux bio-sourcés à l’intérieur même de ce cadre. C’est le cas par exemple de MINCO qui intègre de la fibre de bois dans le cadre de sa fenêtre LUMIA pour en améliorer les performances thermiques. Il s’agit d’une fenêtre mixte bois/alu dans laquelle la fibre de bois est positionnée derrière le capotage aluminium extérieur. Ce produit, très performant thermiquement et positionné pour des bâtiments passifs, a gagné le concours de l’innovation du salon EQUIPBAIE en 2018.

Fenêtre LUMIA de MINCO – image MINCO (https://www.minco.fr/produits/fenetres-ultra-performantes/fenetres-et-portes-fenetres-ultra-performantes-2/)

TECHNOFORM a, de son côté, mis au point un intercalaire de vitrage TGI-Spacer M-BIO fabriqué à partir d’un polymère bio-sourcé dérivé de plantes. L’entreprise a également développé un matériau polyamide bio-sourcé avec différentes formulations permettant d’atteindre un taux de composants bio-sourcés compris entre 62 et 100%. Ce matériau est utilisé pour les ruptures thermiques, positionnées notamment dans les menuiseries aluminium entre les cadres extérieurs et intérieurs pour interrompre le flux thermique. Il est proposé pour tous les profilés standards du catalogue.

Le champ des innovations des produits bio-sourcés investit progressivement des composants de plus en plus techniques des fenêtres. Ces innovations proposées par les fournisseurs des fabricants de fenêtres doivent maintenant être adoptées par ceux-ci … poussés par une demande accrue des donneurs d’ordre visant une labellisation ? Reste également à voir ces nouveaux matériaux certifiés pour faciliter leur pénétration sur le marché.

 

Un article signé Christel Jimenez, Directrice Innovation TBC Innovations 

Crédit photo : Steinar Engeland

Consulter l'article précédent :  #21 - Performances acoustiques et thermiques des laines végétales pour le bâtiment - UMRAE, Cerema, ENTPE


           

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