[Dossier santé] # 2 - Comment le bâtiment peut-il contribuer à apporter plus de bien-être à ses occupants ?

Les conséquences de la crise sanitaire ont rappelé à quel point la relation entre l’individu et son environnement immédiat est essentielle. Avoir un bâtiment ayant un impact positif sur le bien-être, le confort et la santé de ses occupants pose une question essentielle dont la réponse ne saurait être unique. C’est une approche globale, transversale et multicritères qui peut accompagner MOA, concepteurs, gestionnaires ou tout autre intervenant dans la chaîne de l’immobilier.

L’approche usager a permis de cerner de manière exhaustive comment définir le confort d'un bâtiment, le reconnaissant comme un domaine touchant à l'ensemble des sens et pouvant avoir un impact plus ou moins important sur la santé. Ils dépendent à la fois des comportements, mais également de l'environnement extérieur et du bâtiment en lui-même, ainsi que de diverses contraintes. Il est maintenant admis qu’il faut évaluer la contribution d’un bâtiment à la santé et au bien-être de ses occupants de manière plus globale par une approche plus holistique.

« Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge sont des conditions essentielles au développement durable. » C'est ainsi que l'enjeu du troisième objectif de développement durable (ODD) est défini par l'O.N.U.

Une approche holistique de la santé et du bien-être

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité »[1] La santé est ainsi prise en compte dans sa globalité et doit être associée à la notion de bien-être. Tournée vers la qualité de la vie, la santé devient la mesure dans laquelle un groupe ou un individu peut d’une part réaliser ses ambitions et satisfaire ses besoins, et évoluer avec son milieu s’adapter à celui-ci.[2]

« Pour parvenir à un état de complet bien-être physique, mental et social, l'individu, ou le groupe, doit pouvoir identifier et réaliser ses ambitions, satisfaire ses besoins et évoluer avec son milieu ou s'y adapter. » OMS - Charte d’Ottawa – Promotion de la santé - du 21 novembre 1986

Cette approche englobe tant les éléments médicaux stricto sensu que les déterminants de santé (par ailleurs conceptualisé par la Charte d’Ottawa) et concerne la santé physique comme la santé psychique. Selon l’OMS, les déterminants sociaux de la santé sont au-delà des systèmes mis en place pour faire face à la maladie : « les circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent ».  Ainsi de façon pratique, la promotion de la santé se décline notamment par la création d’environnements favorables.

La santé environnementale ne se limite ainsi pas aux seuls acteurs de la santé, elle repose aussi sur la pluridisciplinarité et les acteurs de la construction ont un rôle à y jouer. En effet, il est nécessaire d’associer tous les secteurs à la réflexion et à la mise en œuvre de politiques collectives de santé environnementale. Le défi de telle concertation est d’arriver à susciter une hybridation des savoirs et savoir-faire des différents secteurs. On peut citer en Ile-de-France un exemple de mise en place de d’une plateforme intersectorielle de santé et de bien-être le Réseau ÎSEE[3] : réseau francilien de santé environnementale auquel adhère l’Alliance.

Le cadre bâti : un déterminant de la santé et du bien-être

Au cours de la dernière décennie, une prise de conscience générale des acteurs, a contribué à reconnaître l’impact de la qualité de notre environnement bâti, à l'intérieur comme à l'extérieur, sur la santé et le bien-être des occupants et à faire évoluer la conception et l'exploitation des bâtiments.

Le sujet a souvent été amenée aux décideurs par le biais de l'amélioration de la productivité sur le lieu de travail qui reste un facteur essentiel et un argument certain en faveur d'un environnement intérieur plus sain et confortable pour optimiser les capacités du capital humain qui s'y trouve.

La réflexion intégrée a d’ailleurs inspiré la mise en place des référentiels et certifications dédiés. Les leviers de mise en œuvre sont très divers : l'architecture, l'aménagement, l’accès à la nature, le développement des pratiques sportives, l'ergonomie au travail.

Cependant, l'environnement bâti a une influence majeure sur notre qualité de vie bien au-delà de notre ressenti et des effets sur notre bien-être puisqu’il conditionne aussi certains de nos comportements, nos relations sociales, voir même la valeur de nos bâtiments.

L’approche multicritère dans l’ADN de la démarche HQE

La santé environnementale nécessite une approche multicritère c’est-à-dire plurielle qui intègre, certes les aspects environnementaux, mais également le contexte socio-économique, sanitaire, climatique des populations.

Il s’agit donc de tenir compte du milieu physique dans lesquels les individus évoluent, des services mis à leur disposition et de leur accessibilité ; mais aussi des conditions financières dont ils disposent pour répondre à leurs besoins et de la gouvernance.

Le cadre HQE propose une approche transversale et multicritère du bâtiment durable pour tous mais aussi de la santé dans les bâtiments et intègre parmi ses thématiques incontournables : la qualité d'air intérieur, les conforts et le bien-être, mais aussi la qualité d'usage.

La réalité d’un bâtiment durable, c’est la conjugaison de nombreuses thématiques qui peuvent parfois sembler contradictoires. Le cadre de référence permet de les aborder d’une manière globale, d’arbitrer ces éventuelles contradictions, de trouver le meilleur compromis entre les enjeux du développement durable, les objectifs fonctionnels et les contraintes réglementaires et de rechercher les synergies entre qualité de vie, performances environnementales et performances économiques.

 
 
 

L’individu est au cœur d’un engagement du « mieux vivre », qu’il soit occupant, usager ou riverain.  L’engagement qualité de vie encourage à maîtriser les nuisances, assurer la qualité sanitaire de l’air intérieur, prendre en compte la qualité de l’air extérieur, garantir la qualité sanitaire de l’eau distribuée dans le bâtiment, considérer les ondes électromagnétiques dans les choix de conception … Selon une approche transversale il nécessite aussi de considérer les enjeux croisés par exemple : Vue vers l'extérieur et protection des personnes, Acoustique et ventilation, …

L’engagement respect de l’environnement entend préserver ou améliorer les conditions écologiques au bénéfice des individus (risque sanitaire associé au sols pollués), appliquer le principe d’innocuité envers le vivant, et favoriser le développement de la biodiversité. Selon une approche transversale il vise également par exemple à concilier confort d’été et performance énergétique, apports lumineux et gains solaires, acoustique et inertie thermique du bâtiment, acoustique et modularité, qualité d'air et performance énergétique, confort hygrothermique et économie d'énergie, …

Quelques outils sur la QAI

Un management responsable se caractérise par un ensemble d’actions permettant de gérer un projet en impliquant l’ensemble des acteurs pour mieux répondre aux attentes et aux objectifs. A l’image de celles pour la Qualité de l’Air Intérieur, de nombreuses ressources existent pour favoriser une organisation adaptée aux objectifs de qualité, de performance et de dialogue, un pilotage pour un projet maîtrisé et une évaluation garante de l’amélioration continue.

Sur le sujet de la Qualité de l’Air Intérieur, l’Alliance HQE-GBC mène depuis de nombreuses années des travaux et des réflexions au sein d’un GT dédié animé par le Docteur Fabien SQUINAZI. Afin d’accompagner les acteurs dans l’amélioration de leurs pratiques, il a notamment établi des protocoles de mesure de la qualité de l’air intérieur, un pour les bâtiments neufs ou rénovés à réception[4] et un autre pour les bâtiments en exploitation[5]. Les mesures proposées par ces protocoles permettent de 

s’assurer que les actions mises en œuvre lors de la construction, la rénovation ou la gestion du bâtiment garantissent une bonne qualité de l’air.

Un guide opérationnel[6], destiné aux maîtres d’ouvrage et aux maîtres d’œuvre, est également disponible apportant des éléments de réponse concrets sur les phases clés des projets et accompagnant ainsi les acteurs dans la mise en œuvre des mesures QAI à réception.

Le cadre Santé et Bien-être du World GBC

La collection des outils à disposition des acteurs de la construction pour mieux prendre en compte les enjeux de santé et de bien-être dans leurs pratiques vient encore de s’étoffer avec la publication par le World GBC d’un cadre pour la santé et le bien-être. Il a été élaboré dans le cadre du projet « Better Places for People », qui avec l'action en faveur du climat, et l’économie circulaire fait partie des domaines stratégiques pour transformer le secteur du bâtiment et de la construction.

 

Le cadre repose sur une cartographie des déterminants de la santé et vise à proposer une vision structurante et holistique de la santé et du bien-être dans l’environnement bâti à travers 6 principes. Il s’adapte à tous types de construction et peut être utilisé par les acteurs du secteur de la construction durable, des concepteurs aux occupants, les entreprises de construction aux décideurs politiques.

 

L'objectif de l'initiative est d'élargir le prisme et de mobiliser des solutions axées sur l'action pour les défis en matière de santé et de bien-être directement liés au bâtiment et au secteur de la construction.

 
La version numérique complète du cadre est disponible à l'adresse suivante : https://worldgbc.org/health-framework  
 
 

PROTÉGER ET AMÉLIORER SANTÉ

1.1 Maintenir la qualité de l'air à des niveaux appropriés pour minimiser les risques pour la santé

1.2 Maintenir la qualité de l'eau à objectif approprié pour minimiser risques sanitaires

1.3 Soutenir et renforcer les capacités mentales et santé sociale par sa prise en compte dans la conception des bâtiments

1.4 Réduire la transmission de maladies infectieuses dans les environnements

PRIORISER LE CONFORT POUR LES UTILISATEURS DES BÂTIMENTS

2.1 Garantir une température constante de confort pour améliorer le bien-être

2.2 Maintenir un éclairage optimal pour améliorer le bien-être, en donnant la priorité aux solutions naturelles et efficaces sur le plan énergétique

2.3 Maintenir le confort acoustique dans des paramètres appropriés2.4 Envisager des indicateurs de confort plus larges éviter

2.5 Assurer une conception inclusive de l'environnement bâti

CONCEVOIR EN HARMONIE AVEC LA NATURE

3.1 Garantir l'accès des occupants à la nature à l'intérieur du bâtiment (biophilie)

3.2 Assurer l'accès des occupants à la nature à l'extérieur, en encourageant la biodiversité sur le site et ses environs

FACILITER LES COMPORTEMENTS FAVORABLES A LA SANTÉ

4.1 Concevoir pour promouvoir l'activité physique des occupants, à l'intérieur et à l'extérieur

4.2 Encourager un mode et une hygiène de vie sains (nutrition, hydratation et lien social)

CRÉER DE LA VALEUR SOCIALE AU SEIN DES BÂTIMENTS ET DES COMMUNAUTÉS

5.1 Protéger les droits de l'homme relatifs à la santé

5.2 S'engager à protéger la santé et le bien-être des personnes dans les l'industrie de la construction

5.3 Apporter une valeur à long terme aux communautés et améliorer la qualité de vie locale

PRENDRE EN COMPTE LE CLIMAT ACTION

6.1 S'engager à ne produire aucune émission de carbone sur toute sa durée de vie pour contribuer à l'atténuation du changement climatique

6.2 Encourager les stratégies de résilience en prévision du changement climatique et les événements climatiques extrêmes

6.3 Utiliser l'eau de manière efficace, en s'efforçant d’éviter les pénuries locales

6.4 Garantir la sécurité, la santé et la circularité dans l'utilisation de matériaux sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment

 

[1] Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé, tel qu’adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19-22 juin 1946 ; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 États. 1946 (Actes officiels de l’Organisation mondiale de la Santé, n° 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948.

[2] OMS. Charte d’Ottawa du 21 novembre 1986. NB : C’est la conférence d’Ottawa qui a conceptualisé ce que l’on appelle les déterminants de santé.

[3] Le réseau ÎSEE - Plan Régional Santé Environnement - Île-de-France (prse.fr) :

[4] Protocole à réception : Règles d’application pour l’évaluation de la qualité de l’air intérieur d’un bâtiment neuf ou rénové à réception – révisé en Juin 2015 : http://www.hqegbc.org/wp-content/uploads/2013/09/Protocole-QAI-HQE-Performance-Juin-2015.pdf

 [5] Protocole en exploitation : Règles d’application pour la mesure de la qualité de l’air intérieur d’un bâtiment en exploitation – Mars 2018 : http://www.hqegbc.org/wp-content/uploads/2018/03/QAI-Protocole-Exploit-V1-Mars2018.pdfhttp://www.ile-de-france.prse.fr/le-reseau-isee-r5.html

[6] Guide pratique : Mesurer la Qualité de l’air intérieur des bâtiments neufs et rénovés : 5 étapes clés pour intégrer, réaliser et valoriser des mesures à réception – Juin 2017 : http://www.hqegbc.org/wp-content/uploads/2017/07/GUIDE-PRATIQUE-HQE-web2.pdf

 

Ressources :  

Cadre Santé et Bien-être du World GBC (ENG) - Health & Wellbeing Framework Six Principles for a Healthy, Sustainable Built Environment : https://worldgbc.org/sites/default/files/WorldGBC%20Health%20%26%20Wellbeing%20Framework_Exec%20Report_FINAL.pdf

Recueil « 15 témoignages sur la Qualité de l’Air Intérieur » Alliance HQE-GBC avec Construction 21– Mai 2018 :  http://www.hqegbc.org/wp-content/uploads/2018/05/Recueil-QAI-ImpressionFINAL.pdf

Protocole HQE QAI Exploitation – Règles d’application pour la mesure de la qualité de l’air intérieur d’un bâtiment en exploitation – Mars 2018 : http://www.hqegbc.org/wp-content/uploads/2018/03/QAI-Protocole-Exploit-V1-Mars2018.pdf

Guide pratique - Mesurer la Qualité de l’air intérieur des bâtiments neufs et rénovés : 5 étapes clés pour intégrer, réaliser et valoriser des mesures à réception – Juin 2017 : http://www.hqegbc.org/wp-content/uploads/2017/07/GUIDE-PRATIQUE-HQE-web2.pdf

Protocole HQE QAI à réception - Règles d’application pour l’évaluation de la qualité de l’air intérieur d’un bâtiment neuf ou rénové à réception – révisé en Juin 2015 : http://www.hqegbc.org/wp-content/uploads/2013/09/Protocole-QAI-HQE-Performance-Juin-2015.pdf

Article signé Nathalie Sement, Alliance HQE-GBC

 Consulter l'article précédent :  #1 - Edito 

 


           

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