#32 - RE2020 et réemploi : un levier de décarbonation des bâtiments

L’apparition de l’indicateur Ic,construction de la RE2020 impose une contrainte progressive sur les systèmes constructifs avec l’abaissement des seuils maximaux en 2025,2028 et 2031. Les matériaux réemployés apparaissent donc comme des solutions peu carbonées permettant de limiter la production de déchets et l’utilisation de nouvelles ressources. Cet article met ainsi en avant les bénéfices du réemploi sur l’impact carbone de nos constructions et sa valorisation dans la nouvelle réglementation.

Contexte

La notion d’impact carbone a réellement été quantifiée et introduite dans notre conception depuis le label expérimental E+C-. C’est sur la base des retours d’expérience de ce label que les indicateurs Ic,énergie et Ic,construction ont été définis dans la nouvelle réglementation RE2020. Ils correspondent respectivement à l’impact carbone des consommations d’énergie en exploitation sur 50 ans et l’impact carbone des produits et équipements de la construction y compris leur mise en œuvre en chantier également sur 50 ans.

Ces indicateurs ne doivent pas dépasser des valeurs maximales pour que le projet soit réglementaire. Toutefois, contrairement aux autres indicateurs (Energie et Confort d’été), ces seuils seront abaissés en 2025,2028 et 2031. Cet abaissement traduit la volonté nationale de réduire l’impact carbone du secteur de la construction et de tendre vers la neutralité carbone en 2050 définie par la loi Énergie-Climat de 2019. Cela va donc contraindre de manière progressive les systèmes constructifs et nous inciter à concevoir différemment.

Le réemploi est une pratique en pleine croissance et très valorisée par la nouvelle réglementation. En effet, tous les matériaux et équipements issus du réemploi sont considérés par la méthode de calcul comme ayant un impact carbone nul. Cela va encourager le recours à la filière et permettre son développement à plus grande échelle.

Le but de cet article est donc de faire un état des lieux de la filière du réemploi et de quantifier le gain carbone possible sur le bilan carbone des bâtiments.

Le réemploi : Comment ça Marche ?

Dès les premières constructions, le réemploi a été la principale méthode d’approvisionnement en matériaux. Avec l’apparition de l’industrialisation, cette méthode a été mise de côté car considéré comme chronophage et fastidieuse. Elle est maintenant de plus en plus utilisée pour ses bénéfices environnementaux.

Définition du réemploi

D’après le Code de l’environnement, le réemploi regroupe « toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui ne sont pas des déchets sont utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus ». Il permet de donner une seconde vie à ces éléments et éviter qu’ils n’acquièrent le statut de déchets.

En limitant le recours aux matériaux neufs et en réduisant la quantité de déchets, le réemploi permettrait donc de réduire les émissions de gaz à effets de serre de la construction. En effet, le secteur du bâtiment est l’un des secteurs les plus consommateurs en ressources et le plus producteur de déchets en France.

Processus

Le réemploi peut être réalisé de différentes manières :

  • Soit « in-situ », en réemployant des matériaux déjà présents sur le site du futur projet.
  • Soit « ex-situ », en important des matériaux réemployables d’un autre site ou d’une ressourcerie, ou en exportant des matériaux d’un chantier de déconstruction vers un autre site ou une ressourcerie.

Le processus du réemploi impacte l’ensemble des phases de la construction et doit être anticipé dès les prémices du projet. Il est nécessaire de missionner un Assistant à Maitrise d’Ouvrage (AMO) spécialisé dans le Réemploi pour accompagner le Maitre d’Ouvrage tout au long du projet dans cette démarche.

Quels matériaux sont concernés ?

Les catégories de matériaux à haut potentiel de réemploi sont détaillées ci-dessous. Cette liste reste à titre indicatif et variable selon le contexte de chaque projet.

  • Voirie et aménagements extérieurs : Terres excavées, bordures en béton, pavés de voirie,…
  • Clos et couvert : Menuiseries extérieures, charpente, brique…
  • Second œuvre : Isolation, menuiseries intérieures, cloisons, faux-plafonds…
  • Equipements : Sanitaires, système de chauffage, refroidissement…

Impact sur l’indicateur Ic,construction de la RE2020

L’indicateur Ic,construction est calculé via une Analyse de Cycle de Vie (ACV), en considérant une durée de vie du bâtiment de 50 ans.

Dans cette seconde partie, une étude de cas sur un projet de logements collectifs est présentée dans le but d’évaluer le gain du réemploi sur le bilan carbone. Une présentation de la méthodologie de l’ACV sera faite dans un premier temps avant introduction cette étude.

L’Analyse de Cycle de Vie (ACV)

L’Analyse de Cycle de Vie permet d’évaluer l’impact carbone du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie sur un temps d’étude considéré égal à 50 ans.

Le calcul de l’impact carbone d’un élément est réalisé sur l’ensemble de son cycle de vie, de l’extraction des matières premières jusqu’à son traitement de fin de vie. Il est calculé selon une méthodologie de calcul très poussé qui est détaillé dans sa Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES). La Base Inies regroupe l’ensemble de ces fiches certifiées et sert de base pour réaliser l’ACV d’un bâtiment.

L’ACV doit recenser tous les produits et équipements de la construction et des données sur le chantier. Un allotissement a été défini dans l’Arrêté du 4 Août 2021 afin de classifier ces éléments et faciliter la saisie.

Hypothèses d’étude


Notre étude de cas est basée sur l’ACV d’un projet de logements collectifs de 50 logements environ situé dans la région Toulousaine. Au niveau de la structure, le projet est en maçonnerie, avec une structure dalles-poteaux-poutres en béton et une isolation par l’intérieur. Pour les aménagements extérieurs, le projet comporte un parking aérien de 50 places environ et des garages extérieurs individuels couverts (en bac acier).

Comme on peut le voir sur le graphique, les lots les plus contributeurs de ce projet sont la Superstructure (3), la Façade (6) et les Revêtements intérieurs (5). Toutefois, ce sont des lots dont les matériaux sont peu réemployables. Nous avons donc cherché à optimiser chaque lot en identifiant les matériaux à haut potentiel de réemploi et impactant d’un point de vue carbone. Le tableau ci-dessous résume les différentes variantes étudiées avec le détail des matériaux considérés comme réemployés.

A noter, le mobilier intérieur n’est pas pris en compte dans l’indicateur Ic,constrution et ne peut donc pas être valorisé dans la saisie par du réemploi.

Pour chaque variante, nous nous sommes placés dans le cas le plus favorable où les matériaux cités sont entièrement issus du réemploi. Il n’était pas possible à ce stade de définir un taux de réemploi puisque cela dépend systématiquement de l’approvisionnement disponible.

 

Gain sur l’impact carbone

 

Le graphique ci-dessous synthétise les valeurs de l’indicateur Ic,construction pour l’ensemble des variantes définies, avec les différents seuils maximaux.

Nous constatons que le projet initial respecte d’ores et déjà le seuil carbone de 2025. La combinaison des variantes 2, 3 et 6 permet de valider le seuil carbone de 2028. En considérant l’ensemble des variantes, nous arrivons à réduire l’indicateur Ic,construction de 15% par rapport au projet initial. Toutefois, malgré ce gain important, le seuil de 2031 n’est pas atteint.

Attention, certains éléments en bois comme la charpente industrielle ont un impact carbone négatif puisque l’ACV en RE2020 valorise le stockage carbone. Réemployer ces éléments est donc plus défavorable dans le calcul, comme le montre la Variante 1.

Aspect économique

Contrairement aux idées reçues, le réemploi n’est pas toujours synonyme de surcoût matière. En effet, le coût de la matière dépend de différents facteurs comme le coût de la dépose, les frais de transports et de stockage ou encore le recours à une ressourcerie. A cela, il faut aussi prévoir les honoraires de l’AMO Réemploi qui peuvent être amortis grâce au gain économique sur le coût des matériaux (revente, économie de matériaux neufs…). La démarche doit être avant tout anticiper le plus en amont possible pour limiter l’impact économique.

De plus, des subventions peuvent être obtenues dans le cadre d’appels à projets divers proposés notamment par l’ADEME et les Régions pour financer des projets engagés dans l’économie circulaire.

Conclusion

Le réemploi est une filière en pleine croissance depuis quelques années qui doit encore être développée pour pouvoir être un vrai levier de décarbonation des bâtiments. Notre première approche nous permet d’estimer le gain carbone du réemploi à 15% par rapport à un projet de base sans réemploi. Celle-ci a été faite en considérant les matériaux les plus couramment réemployés actuellement avec tout le lot issu du réemploi.

Les lots les plus contributeurs comme la Superstructure, la Façade et les Revêtements intérieurs n’ont pas encore beaucoup d’alternative de réemploi. Le développement de la filière permettrait d’optimiser ces lots et donc de pouvoir augmenter le gain carbone. En effet, augmenter le nombre de diagnostic ressources permettra une meilleure visibilité des matériaux disponibles, ce qui va dynamiser la filière et faciliter la démarche.

Le réemploi est un levier de décarbonation qui doit être accompagné d’une forte remise en question de notre conception pour atteindre les seuils les plus ambitieux.

 

Un article signé Audrey Lacomme, Cheffe de projet Environnement, OTEIS


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