3 questions à Olivier Roulette, Délégué Marketing Stratégique chez GRDF

Rédigé par

Ludovic GUTIERREZ

Responsable Grands comptes

2805 Dernière modification le 16/06/2022 - 11:58

Les évolutions réglementaires récentes sur le bâtiment, dont la RE 2020, tendent à faire la part belle à l’électricité. Or, si cette énergie est indispensable pour mener la transition, le gaz a également un rôle à jouer, notamment grâce aux solutions hybrides et au biométhane.

Rencontre avec Olivier Roulette, Délégué Marketing Stratégique chez GRDF. Olivier travaille notamment sur des solutions d’avenir du gaz et sur les évolutions réglementaires dans le bâtiment.

Cette interview est réalisée dans le cadre du Dossier Construction21 "Construire avec la RE2020 : enjeux et retours d'expérience" dont GRDF est le parrain.

Quel est le positionnement de GRDF par rapport à la RE 2020 ?

Olivier Roulette : L’avis de GRDF sur la RE 2020 est plutôt mitigé. D’un côté, certains arbitrages de la réglementation sur des coefficients de calcul majeurs ont clairement favorisé l’électricité, ce qui a été décrié par de nombreux acteurs du bâtiment. D’un autre côté, la RE 2020 conserve malgré tout une forme de neutralité technologique, qui permet aux promoteurs et constructeurs d’avoir un panel de solutions à disposition pour leurs projets, notamment des solutions hybrides gaz/électricité pour la maison individuelle dès 2022 mais aussi en collectif pour le palier de 2025.

Le temps de la concertation autour de la RE 2020 est bientôt derrière nous, même si certaines discussions continuent. Par exemple, le secteur tertiaire n’est pas encore complètement traité sur le plan réglementaire.
GRDF se positionne actuellement en accompagnement des maîtres d’ouvrage et de la filière sur les impacts de cette RE 2020 et les questions d’intégration des solutions hybrides.

GRDF se positionne actuellement en accompagnement des maîtres d’ouvrage et de la filière sur les impacts de cette RE 2020 et les questions d’intégration des solutions hybrides.

Finalement, nous pouvons dire que la RE 2020 embarque l’ensemble des filières vers la décarbonation et que les solutions hybrides à court terme et le gaz vert d’une façon générale ont un rôle à jouer dans cette dynamique.

Où en est la prise en compte du gaz vert par les pouvoirs publics ?

Olivier Roulette : Nous avons, ces dernières années, présenté des mécanismes d’intégration réglementaire et de valorisation du biométhane dans le bâtiment qui intéressent un grand nombre d’acteurs, notamment dans les territoires. Pour autant, nous n’avons pas eu gain de cause pour l’instant auprès des pouvoirs publics, notamment sur la prise en compte du gaz vert en tant qu'énergie décarbonée dans la RE 2020. Alors même que les capacités de cette filière sont très importantes tant en potentiel qu’en diversité de moyens de production : après la méthanisation en fort développement, de nouvelles technologies apparaissent (pyrogazéification, gazéification hydrothermale, hydrogène et méthanation) et il existe un gisement très conséquent qui permet largement de couvrir 100% de la demande prévisionnelle de gaz à l’horizon 2050. Cela permet de décarboner efficacement le secteur et de se libérer de problématiques d’approvisionnement en relocalisant une production décarbonée au plus près des usages grâce au maillage du réseau de distribution de gaz existant.

Ceci dit, les réglementations évoluent dans le bon sens en poussant le verdissement du gaz. Ainsi, certains outils d'incitation sont développés avec les pouvoirs publics, à l’image du nouveau dispositif des certificats de production de biogaz, qui traduit la mise en place d’une forme d’obligation d’incorporation d’une part de gaz vert dans les offres des fournisseurs de gaz. Ce mécanisme contribuera à entretenir la dynamique de production de biométhane qui assurera le verdissement des réseaux gaz. Cette production, démarrée il y a moins de 10 ans, représente aujourd’hui en capacité plus de 7 térawattheure de biométhane injecté dans les réseaux soit l’équivalent de 4 millions de logements type RE 2020. C’est un chiffre très encourageant : nous avons 4 ou 5 ans d’avance sur la trajectoire de la programmation pluriannuelle de l’énergie. D’après nos calculs, selon une méthodologie finalement comparable à celle retenue pour fixer le facteur d’énergie primaire prospectif de l’électricité, un bâtiment conçu aujourd’hui équipé de solutions gaz réglementaires aura été approvisionné à plus de 80% en gaz vert au bout de 50 ans en respectant la trajectoire de verdissement prévisionnelle du réseau gaz visant 100% de gaz vert en 2050. Bien entendu, cet essor du gaz vert doit s’accompagner d'efforts sur la sobriété et l’efficacité énergétique, ce en quoi son intégration dans le cadre de la RE2020 prend tout son sens.

Comment mettre en œuvre le mix énergétique dans les bâtiments ?

Olivier Roulette : Aujourd’hui, le vecteur gaz est essentiel dans un mix énergétique soumis à de forts aléas et incertitudes tant au plan géopolitique qu’au plan de la production nationale d'électricité. Il faut prendre garde aux fausses bonnes idées comme électrifier massivement le chauffage au risque de déporter la consommation d’énergies fossiles pour la production électrique. Pour mettre en place un mix énergétique efficace et bas carbone dans les bâtiments, il faut d’une part mettre les meilleures solutions aux meilleurs endroits et d’autre part développer l’hybridation des systèmes.

Pour mettre en place un mix énergétique efficace et bas carbone dans les bâtiments, il faut d’une part mettre les meilleures solutions aux meilleurs endroits et d’autre part développer l’hybridation des systèmes.

La RE 2020 l’a pris en compte d’ailleurs : les seuils d’émission de gaz à effet de serre sont très exigeants dès 2022 pour les maisons individuelles puis en 2025 en collectif, ce qui va encourager l’innovation en matière de  PAC et solutions hybrides.

La question des solutions hybrides dépasse les enjeux du bâtiment. Elles rendent service à la collectivité dans son ensemble. Ces solutions permettent en effet d’effacer des consommations électriques lors des pointes hivernales, contribuant ainsi à des enjeux plus globaux de sécurité d’approvisionnement énergétique et de décarbonation des réseaux. Finalement, la PAC hybride représente assez bien à l’échelle du bâtiment un modèle de mixité qui pourrait être appliqué à l’échelle du pays.

Propos recueillis par Construction21, La rédaction


 

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