#27 - Rénovation massive des bâtiments : l’occasion d’embarquer la qualité sanitaire et le confort !

La pandémie a apporté un éclairage nouveau sur l’importance de la qualité des environnements intérieurs : importance de la lumière et de l’acoustique dans les logements où l’on passe encore plus de temps si l’on y travaille, importance de la qualité de l’air intérieur et besoin crucial d’aérer et ventiler dans les lieux clos densément occupés. A l’heure où la rénovation énergétique des bâtiments est une composante forte du Plan de relance et une urgence pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, elle présente une opportunité pour sensibiliser l’ensemble des acteurs à la prise en compte de la santé et du confort à l’occasion des travaux réalisés.

Rénovation énergétique et qualité de l’air intérieur : une contradiction ?

La recherche d’une performance énergétique élevée peut sembler être en contradiction avec la qualité de l’air intérieur. En effet, une amélioration de l’étanchéité à l’air de l’enveloppe d’un bâtiment pour réduire les déperditions d’énergie peut conduire à une réduction du renouvellement d’air et dégrader la qualité de l’air intérieur, si aucune attention n’est portée spécifiquement à la ventilation. Et c’est encore malheureusement souvent le cas. Par exemple, les résultats de la première enquête TREMI (Travaux de Rénovation Energétique des Maisons Individuelles)[1] montrent que la ventilation n’apparaît pas dans les dix bouquets de travaux les plus réalisés dans les maisons individuelles entre 2014 et 2016. Sur 5,1 millions de maisons rénovées pendant cette période, 2,7 millions ont changé leurs ouvertures et seulement 620 000 ont installé un système mécanique de ventilation (90 %) ou amélioré celui existant (10 %). Des études récentes ont montré que l’absence de prise en considération de la ventilation lors d’une rénovation peut conduire à une augmentation de la concentration intérieure en radon, gaz radioactif provenant de certains types de sols[2], ou à une augmentation de l’humidité qui favorise ensuite le développement des moisissures[3]. Radon et moisissures ont des effets largement démontrés sur la santé. La littérature internationale a recensé les contreperformances possibles si les aspects de santé et de confort ne sont pas pris en compte lors de la rénovation[4].

Ces constats étant établis, la rénovation énergétique doit alors être envisagée comme une opportunité d’améliorer la qualité sanitaire et le confort des bâtiments. Lors de la rénovation, le choix de matériaux peu émissifs en composés chimiques volatils et l’attention particulière portée au système de ventilation, par exemple, permettent d’améliorer la qualité sanitaire et le confort, et ainsi de faire de ces derniers des leviers pour promouvoir la rénovation énergétique. En effet, s’agissant des logements, des études ont montré que l’amélioration du confort et de la qualité d’usage était plus un déclencheur du passage à l’acte de rénover que les économies d’énergie[5].

 

Des outils simples et abordables pour accompagner la massification

La prise en compte du confort et de la santé et leur objectivation par des mesures nécessitent des dispositifs à coût abordable et faciles d’utilisation. Les mesures standardisées de qualité de l’air intérieur passent par exemple par des prélèvements d’air à l’aide d’une pompe ou par diffusion passive sur un adsorbant, pendant quelques heures à quelques jours, suivis d’une analyse en laboratoire. Ces méthodes ne sont pas aisément massifiables. L’apparition, il y a quelques années, de capteurs de mesure en continu de certains paramètres de l’air intérieur et des niveaux de bruit et d’éclairement pour quelques centaines d’euros ouvrent la voie à des mesures plus facilement réalisables et dans un plus grand nombre d’espaces au sein d’un bâtiment. La fiabilité et la durabilité dans le temps de certains appareils du marché ne sont pas toujours avérées et la plupart de ceux-ci ne sont pas spécifiques des nombreux polluants de l’air intérieur [6]. Néanmoins, les perspectives offertes par ces capteurs de mesure de la qualité des environnements intérieurs restent prometteuses dans un contexte de massification.

 

La méthode QSE, une démarche en cours de développement pour une évaluation de la performance globale énergie-santé-confort des bâtiments

Le projet « Qualité sanitaire et énergétique des rénovations » (QSE) est l’un des 9 projets du programme PROFEEL porté par les organisations professionnelles du bâtiment pour faciliter et fiabiliser la rénovation énergétique et ainsi contribuer à une massification efficace des rénovations. Le projet QSE vise, entre autres objectifs, à mettre en place une méthode simple d’évaluation de la performance globale « énergie-santé-confort » des rénovations. En cours de test dans des logements, écoles et bâtiments de bureaux, cette méthode sera publiée dans un guide fin 2021.

La méthode QSE a pour ambition de fournir un cadre méthodologique accessible à tous, avec des protocoles simples et une interprétation homogène et compréhensible des résultats au travers d’un indice de performance globale. Elle est basée sur des mesures réalisables facilement, certes très imparfaites au regard des nombreux paramètres qui définissent la qualité sanitaire et le confort dans un bâtiment, mais qui se veulent être suffisamment simples pour accompagner la massification de la rénovation. Cette méthode constitue une première étape permettant de sensibiliser et d’impliquer le plus d’acteurs possibles. Déployée avant la rénovation du bâtiment, elle permet d’identifier des points d’amélioration à considérer pour la définition des travaux ; appliquée après la rénovation, elle objective la qualité sanitaire et le confort dans le bâtiment rénové.

Relever le défi de la massification des rénovations, c’est considérer dans leur globalité les enjeux du bâtiment pour multiplier les bénéfices, dont ceux de confort et santé, et mettre l’humain au cœur des décisions et des actions.

 

Un article signé Corinne MANDIN, responsable de la Division Qualité des environnements intérieurs au  Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) (http://www.cstb.fr/fr/)


[1] ADEME, Agence de la Transition Energétique. Travaux de Rénovation Energétique des Maisons Individuelles : enquête TREMI. Campagne 2017. https://librairie.ademe.fr/urbanisme-et-batiment/1666-travaux-de-renovation-energetique-des-maisons-individuelles-enquete-tremi-9791029710223.html

[2] Le Ponner E, Collignan B, Ledunois B, Mandin C. Déterminants des concentrations intérieures en radon dans les logements français. Exploitation des données collectées dans plus de 6 000 maisons. Environnement, Risques & Santé, 2019, 18 : 33-40. http://dx.doi.org/10.1684/ers.2018.1265

[4] Ortiz M, Itard L, Bluyssen PM. Indoor environmental quality related risk factors with energy-efficient retrofitting of housing: A literature review. Energy and Buildings, 2020, 221 : 1101102. https://doi.org/10.1016/j.enbuild.2020.110102

[5] Charlot-Valdieu C, Outrequin P. La réhabilitation énergétique des logements. Eyrolles, 2018 (2e édition)

[6] Alliance HQE-GBC France. Qualité de l’air intérieur.  La place des capteurs de mesure en continu lors de la réception ou de l’exploitation d’un bâtiment, 2021. http://www.hqegbc.org/wp-content/uploads/2021/06/CADRE-QUALITE-AIR-CAPTEURS.pdf


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