#24 - Premiers retours d’expérience Cegibat sur les études RE2020 en logement résidentiel

#24 - Premiers retours d’expérience Cegibat sur les études RE2020 en logement résidentiel

 

Depuis les prémices de la nouvelle Réglementation Environnementale 2020, de nombreuses questions se posent sur son application et sur les changements concrets engendrés sur les bâtiments de demain, à la fois sur la conception mais aussi sur les solutions énergétiques mises en place pour respecter les différentes exigences. Afin d’apporter un éclairage sur ces évolutions et les conséquences observées sur la construction des futurs logements collectifs, Cegibat a mis en place un observatoire compilant toutes les études nationales et régionales réalisées avant, pendant et depuis la publication des seuils.

Ces études menées sur toutes les zones climatiques et sur différents types de bâti ont permis à l’ensemble des acteurs de monter en compétence sur cette réglementation et de partager des premières tendances, mais aussi les points de vigilance.

Elles permettent enfin de montrer par la preuve que les solutions gaz ont toute leur place en RE2020 et qu’en fonction des seuils visés par le maître d’ouvrage (2022 ou 2025), les solutions à mettre en œuvre seront à adapter, et ce; quelle que soit l’énergie choisie.
 

Mode opératoire des études

Les études paramétriques ont été réalisées sur des bâtiments types représentatifs de la construction neuve et avec différents bureaux d’étude thermique qui ont suivi de près les travaux préparatoires de la RE2020.

Pour les études régionales, elles ont été réalisées avec des bureaux d’étude thermique locaux, en partenariat avec des maîtres d’ouvrage sur des projets concrets déjà réalisés ou en cours de réalisation, représentatifs de leur production de logements.

Le cahier des charges était commun à tous les acteurs, avec des adaptations régionales en fonction des habitudes de construction et des contraintes de chacun.

Données d’entrées des simulations :

  • Solutions énergétiques du marché : chaudière gaz THPE individuelle et collective, Réseau de Chaleur Urbains, Chaufferie biomasse, Pompe à chaleur, Effet joule, Systèmes hybrides, PV, Solaire Thermique, Récupération de chaleur sur eaux grises, etc…
  • Différents modes constructifs : Brique, Béton, Ossature bois, Béton bas carbone, ITE, ITI, etc…
  • Toutes les zones climatiques et à différentes altitudes
  • Sur différentes typologies de bâti : Petit collectif, Grand collectif, Maisons Individuelles Groupées

Paramètres observés :

  • Bbio, Cep, Cep NR, DH, IC Energie, IC Construction
  • Coût global de chaque configuration (bâti + système)

Le panel d’études représente environ 1500 scénariii pour les 3 études paramétriques et environ 10 000 scénarii pour les études régionales qui, une fois restituées, compléteront l’observatoire.

Les résultats déversés dans l’observatoire Cegibat nous permettent aujourd’hui d’avoir un premier retour d’expérience sur cette réglementation et d’en sortir quelques grands enseignements.
 

Constat sur les études

Un premier constat tout d’abord, est le niveau de connaissance très hétérogène des acteurs sur la réglementation environnementale, certains étant déjà bien au fait des nouvelles exigences alors que d’autres, n’ayant pas eu le temps de se préparer avant la mise en application, sont un peu moins informés. Mais tous s’emparent du sujet et montent en compétence collectivement.

Études paramétriques : Bénéfices et doutes

Les études paramétriques ont été réalisées sur 4 typologies de bâti (12, 18, 34 et 98 logements) sur 4 zones climatiques (H1a, H2b, H2c et H3).

Elles mettent en évidence certains leviers pour atteindre les exigences demandées en RE2020 et être conforme aux seuils 2022 :

  • Un traitement renforcé des ponts thermiques L9
  • Une perméabilité observée en moyenne à 0,6 m³/(h.m²) là où en RT2012 la valeur moyenne était de 1 m³/(h.m²),
  • Un renforcement au niveau des coffres de volets roulants et de l’isolation des réseaux de ventilation.

La notion de Degré-Heure demande une attention particulière sur la définition des zones traversantes et non traversantes du projet car si l’une des deux zones ne respecte pas le seuil max de DH, le projet dans sa globalité n’est pas conforme. La gestion motorisée des fermetures ou bien encore les brise-soleil orientables sont des solutions efficaces pour réduire les DH.

Dans le moteur de calcul RE2020, les solutions en solaire thermique sont peu valorisées (faibles gains sur les indicateurs), tout comme la récupération de chaleur sur eaux-grises qui semble présenter une erreur de calcul dans le moteur.

Les panneaux photovoltaïques sont aussi beaucoup moins valorisés qu’en RT2012 et perdent de leur intérêt en autoconsommation du point de vue du calcul réglementaire.

Les études paramétriques soulignent que les exigences de la RE2020 ne remettent pas en question les modes constructifs et confirment la performance des solutions hybrides gaz pour aller chercher les seuils 2025 en carbone. Ces résultats sont cependant à prendre avec des précautions, fonction du bâtiment et de ses caractéristiques architecturales (compacité, choix des matériaux...) et de son environnement extérieur (localisation, exposition, orientation...).

Études régionales : la vision terrain

Nous avons complété notre analyse pour confronter les grandes tendances des études paramétriques avec la réalité du terrain : une soixantaine d’études RE2020 sont en cours sur tout le territoire, en collaboration avec des maîtres d’ouvrage sur des bâtiments concrets. Il est encore trop tôt pour en tirer des enseignements exhaustifs mais ces études font déjà apparaître des premiers points de vigilance.

Le calcul de l’indicateur Ic_construction pose des difficultés aujourd’hui. La filière n’est pas forcément préparée à faire de l’ACV, et la collecte des informations détaillées nécessaires au calcul est souvent complexe (quantitatifs non connus, données environnementales détaillées insuffisantes, etc.) ce qui rend les résultats très hétérogènes. Difficile aujourd’hui d’avoir une visibilité sur l’impact des lots, tant les niveaux de détails sont différents. Certains lots cependant sont prépondérants dans le résultat final : les fondations et infrastructures (lot 2), la superstructure (lot 3) et le CVC (lot 8.1)

Focus sur les solutions gaz compatibles avec les exigences 2022 et 2025

En logement collectif, la mise en place de la RE2020 confirme qu’une mixité de solution gaz sont disponibles, évoluant progressivement vers une hybridation des systèmes indispensable dès 2025.

Jusqu’au 1er janvier 2025, la chaudière THPE associée à un bâti très performant présente le meilleur optimum technico-économique, sans rupture technologique. La transition par rapport à la RT2012 se fait donc assez simplement, à l’exception peut-être des zones H2d et H3 dans lesquelles la problématique des degrés heures rend les conceptions traditionnelles compliquées et encouragent la conception bioclimatique, parfois limitée dans certaines configurations de bâtiment.

D’autres solutions mixtes gaz ENR&R performantes, utilisées dans la RT2012, restent également compatibles avec les seuils 2022 comme l’association d’une chaudière THPE avec du solaire thermique ou de la récupération de chaleur sur eaux grises ainsi que les PAC gaz à absorption. Ces solutions permettent d’aller au-delà des exigences de 2022 et d’atteindre l’étiquette B du DPE par exemple.

Cette période de transition, durant laquelle vont cohabiter les projets à réaliser en RT2012 et les projets à réaliser en RE2020, assurera une continuité entre les deux règlementations thermiques et permettra à toute la filière de s’approprier les codes de cette nouvelle RE2020.

À partir de 2025, un changement s’opère et l’hybridation des solutions gaz devient obligatoire pour respecter les exigences de la RE2020. Mais cette évolution ne concerne pas uniquement les solutions gaz et la filière dans son ensemble doit se questionner pour intégrer ces nouvelles solutions au bâti, avec de nouvelles contraintes qui apparaissent (intégration acoustique et architecturale des unités extérieures pour les PAC, impact carbone des fluides frigorigènes, etc…)

 

 

Pour autant, des solutions hybrides gaz existent, en individuel ou en collectif, dont certaines sont déjà disponibles sur le marché ou en cours de développement :  

  • La pompe à chaleur hybride, en individuel ou en collectif
  • La combinaison d’une chaudière THPE avec un chauffe-eau thermodynamique, en individuel ou en collectif, associée à un bâti très performant.
  • L’association d’une chaudière THPE et d’une chaudière bois en collectif, là où les conditions d’implantation et les pratiques régionales s’y prêtent.

Ces premières solutions hybrides permettent d’utiliser différentes sources d’énergie et de profiter de la richesse du mix énergétique, utilisant les atouts de chaque énergie de manière optimale. L’hybridation permet aussi de réduire les coûts d’investissement puisque les solutions gaz, fiables et robustes, restent des solutions « low tech » avec des coûts de production maitrisés depuis plusieurs années. Le verdissement progressif du réseau gaz permettra d’assurer la pertinence et la pérennité des solutions hybrides gaz dans le temps.

La filière de production de biométhane, déjà bien au-dessus des objectifs fixés pour 2021 et 2022 par l’actuelle PPE, vise en effet une cible de 20% de biogaz en 2030 et de 100% en 2050. Cela permettra ainsi à ces solutions déjà performantes et bas carbone de réduire encore un peu plus leur impact sur le changement climatique.

Dans le cadre de l’animation filière opérée depuis de nombreuses années, GRDF organise d’ailleurs en partenariat avec la Fédération de la Promotion Immobilière, l’Union Sociale de l’Habitat et le Pôle Habitat FFB Communication, un appel à projets pour réussir la transition énergétique dans le bâtiment collectif neuf et valoriser la complémentarité des énergies.

Cet appel à projets vise à faire émerger, pour le bâtiment à usage d’habitation collective, des programmes immobiliers équipés de systèmes énergétiques hybrides gaz en adéquation avec les seuils 2025 de la RE2020.

 

Un article signé Melissa Pouet et Vincent Lallemand de Cegibat

 


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