#22 - Comprendre les Ilots de chaleur urbains du territoire et mettre en œuvre des solutions de remédiation

La chaleur étouffante des villes est désormais perceptible tous les étés. Dans un contexte où 80 % de la population française est urbaine, les vagues de chaleur caniculaires constituent un nouvel enjeu de santé publique et de bien-être urbain. Aujourd’hui, des outils techniques et technologiques nous permettent de mieux diagnostiquer et comprendre les phénomènes d’îlot de chaleur en vue d’agir pour réduire leur impact sur les citoyens. Retour d’expérience de 3 cas pratiques menés aux côtés des collectivités !

Dans le cadre d’une hausse globale de température de +4°C d’ici la fin du siècle, la France pourrait ainsi connaître des épisodes caniculaires à 50°C de plus en plus fréquemment. En plus de cette augmentation des températures, le phénomène d’îlots de chaleur urbains (ICU) accentue les vagues de chaleur en ville et leurs impacts sur la population. 
Afin d’élaborer une stratégie de résilience pour faire face à ces risques, il convient de réaliser un diagnostic des îlots de chaleur urbains pour mettre en place des actions ciblées et performantes. Le diagnostic peut également identifier les îlots de fraicheur urbains (IFU), pour comprendre les morphologies urbaines qui limitent la montée de température, voire qui favorisent le refroidissement des espaces urbains, et qu’il est nécessaire de conserver et développer. Diverses solutions locales peuvent alors être mises en place, alliant nature en ville (eau, espaces verts) et aménagement plus performant thermiquement.

Diagnostiquer les îlots de chaleur urbains et les îlots de fraicheur urbains


L’enjeu du diagnostic est d’améliorer la prise en considération des enjeux de canicules en ville dès les phases de conception des aménagements. Les communes, citoyens et aménageurs doivent s’approprier les concepts de phénomène d’îlot de chaleur et d’îlot de fraicheur ; cela passe par un accompagnement via une analyse (i) du territoire : morphologie urbaine, géographie et climat local, vulnérabilité et sensibilité de la population et (ii) des différents impacts que les choix de conception peuvent avoir sur les températures. Cela contribue au processus d’amélioration de la résilience du territoire de façon ciblée et prioritaire et ainsi limiter son risque face au changement climatique. 
C’est ce choix stratégique qu’à fait l’Etablissement Public Territorial (EPT) d’Est Ensemble : dans le cadre de la révision de son Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET), les équipes de SUEZ Consulting ont réalisé une mission sur la résilience à l'échelle des 9 communes consistant notamment à établir un état des lieux des îlots de chaleur et de fraicheur urbains. Nous avons réalisé un diagnostic en deux temps :

  • Un diagnostic théorique, basé sur un croisement de données relatives à la morphologie, grâce à l’utilisation de la classification en Local Climate Zone (LCZ) existante du territoire, de données relatives à la chaleur durant l’été, grâce à l’utilisation d’images satellitaires infra-rouges et enfin de données relatives à la population du territoire, à partir d’indicateurs évaluant la vulnérabilité de la population (part de population sensible, distance à une zone rafraichissante, accessibilité à l’offre de médecins/urgences, densité de population, âge du bâti du logement, etc.). 
  • Une expérimentation par campagne de mesure et installation d’un réseau de capteurs de température sur des points stratégiques de l’intercommunalité. Elle a été tenue sur l’été 2021, l’analyse des données collectées est en cours.


Analyse préliminaire du territoire


Une première analyse théorique du territoire distingue plusieurs zones sur le territoire d’Est-Ensemble. L’ouest du territoire semble particulièrement touché par les ilots de chaleurs et, qui plus est, montre une vulnérabilité assez élevée. Des zones de fraicheurs sont également observables grâce à de vastes espaces verts. Cependant, ce pré-diagnostic doit être complété par des mesures pratiques. 
La phase d’observations terrain s’est déroulée durant l’été 2021. Grâce aux 9 points de mesures, l’analyse globale du territoire sera affinée. De plus, ces 9 zooms seront l’occasion de tirer des conclusions sur le bâti existant du territoire et d’enrichir les futurs processus d’aménagements. 
Plusieurs leviers d’action seront proposés pour répondre aux différentes spécificités des sites.

 

En parallèle de son PCAET, Est Ensemble a lancé une convention citoyenne pour le climat. En effet, depuis septembre 2021, les 100 habitant.e.s qui ont été tirés au sort se réunissent pour proposer d’ici quelques mois des solutions concrètes pour lutter contre le dérèglement climatique dans le respect de la justice sociale et environnementale. Il est primordial que ces études sur les ilots de chaleur soient prises en compte dans cette démarche pédagogique. Nous nous sommes donc appliqués à la réalisation d’une synthèse du diagnostic pour que son contenu technique soit vulgarisé et compréhensible par le grand public. Une fiche pédagogique présentera aux citoyen.ne.s les phénomènes d’ilots de chaleurs, l’analyse du territoire ainsi que les leviers d’actions proposés. 
L’objectif est de donner les éléments aux citoyens pour qu’ils puissent à la fois s’approprier les enjeux, mais également les résultats et les leviers d’actions. Ainsi, les lieux prioritaires ayant été sélectionnés, les citoyens auront toutes les clés en main pour proposer des solutions concrètes à mettre en œuvre. 


Aménager des solutions durables qui répondent aux enjeux du changement climatique


A Miramas, dans les Bouches-du-Rhône, nous avons livré en 2019 un nouvel aménagement d’entrée de ville. Nous avons transformé une 2x2 voies en promenade urbaine, en développant une approche d’économie circulaire des matériaux, de désimperméabilisation du site et d’une gestion de l’eau de pluie fondée sur le cycle naturel. Deux ans après la livraison, nous avons établi une évaluation de la performance des aménagements avec une thermographie infrarouge basée sur un avant-après projet, lors d’une journée estivale dans les normales saisonnières. 


Consulter l’étude de cas du projet Miramas

La température de surface des matériaux, bien qu’à elle-seule insuffisante pour qualifier le confort thermique ou la présence d’îlots de chaleur urbains, permet néanmoins de comprendre la façon dont les matériaux participent à l’échauffement du climat local. 

Par la prise de clichés thermiques sur la promenade d’Aubanel, nous avons remarqué que le stabilisé utilisé est bien plus frais que l’asphalte, constitutif de la 2x2 voie avant-projet. En effet, ce matériau ne stocke pas l’énergie et est donc froid dès le coucher du soleil. Cette fraicheur de surface est accentuée par la grande présence d’ombrage, créée par la présence d’arbres et d’infrastructures pare-soleil. Sa perméabilité est aussi source de rafraîchissement en journée.

Focus sur les résultats de l’évaluation : 

  • Réduction de la température de surface diurne de 6°C à l’ombre et 10°C au soleil du stabilisé par rapport à l’asphalte ;
  • Réduction de la température de surface nocturne de 11°C du stabilisé par rapport à un sol en asphalte ;
  • Le stabilisé participe au rafraichissement de la promenade ;
  • Température diurne de la couverture végétale de 19°C de moins que l’asphalte ensoleillé et réduction nocturne d’environ 15°C

L’augmentation de 53% du couvert végétal et de la perméabilité nous permet donc de conclure que l’aménagement participe efficacement au rafraîchissement de la zone et au confort thermique des usagers. Les valeurs de rafraichissement, à associer au contexte de prise de mesures et variations quotidiennes, nous permettent néanmoins de valider de grandes tendances de comportement thermique.

L’acceptation sociale des aménagements


Dans le cadre d’une enquête auprès des utilisateurs et habitants proches de la promenade, les habitants sont nombreux à relever la présence d’ombre et de végétaux comme contribuant à faire de cet espace un lieu de promenade agréable à fréquenter.

Réaliser des aménagements temporaires pour atténuer les phénomènes de surchauffe

Nous avons mené le projet VISION, financé par l’Eau de Bordeaux Métropole et l’Agence d’Eau Adour-Garonne dans le cadre de l’appel à projet Villes et territoires intelligents pour l’eau en 2017, pour tester la mise en œuvre de solutions de rafraîchissement basées sur l’eau pour lutter contre les îlots de chaleur urbains.
Une analyse cartographique croisant les îlots de chaleur urbains et les quartiers à forte densité de population a permis de définir les secteurs à enjeux et leur caractérisation afin de proposer des solutions de rafraichissement adaptées aux différents contextes. 


 


Durant deux étés consécutifs, des suivis ont été réalisés pour mesurer l’impact de différents types d’aménagement (végétaux, fontaines, peinture blanche…).  
Plus spécifiquement, différents dispositifs ont été installés

  • Durant l’été 2019, des jeux d’eau pour lutter contre le street pooling, et des brumisateurs-ventilateurs sur des secteurs emblématiques de la ville ;
  • Fort des résultats de la 1ere année, un îlot de fraicheur multimodal temporaire constitué de végétaux (arbres, pergola), de brumisation et d’ombre, fonctionnant sans électricité a été aménagée au cœur d’un quartier prioritaire l’été 2020.  

Ces dispositifs ont été évalués par SUEZ le LyRE, Centre de recherche de SUEZ Eau France, à travers un suivi de leurs performances en termes de rafraîchissement, leur acceptabilité sociale et la prise en compte des avis des usagers, ainsi que leur impact environnemental à travers notamment les consommations en eau et d’électricité et une analyse du cycle de vie. Cette évaluation a permis d’aboutir à un rapport sociologique et technique, consultable en ligne.


Ces projets de lutte contre les îlots de chaleur urbains démontrent que des solutions concrètes existent pour adapter nos territoires aux impacts du changement climatique. Il est essentiel de diagnostiquer nos villes, afin d’identifier les zones prioritaires et œuvrer pour l’amélioration de leur résilience. Les solutions de rafraichissement urbain doivent être envisagées pour transformer nos villes et réduire les îlots de chaleurs urbain existants, mais doivent également être prises en compte dès la conception afin d’éviter leur création. Enfin, il est essentiel de déployer ces solutions de rafraichissement à plus grande échelle pour apporter une réponse d’ampleur à ce défi et permettre aux villes de maintenir une qualité de vie et un confort à l’échelle de leur territoire.
 #welovewhatwedo

Un article signé Mathilde Pecnard, SUEZ Consulting


Article suivant : [Risk-e] L’hyperviseur des risques inondation au service de la ville résiliente

Retour à la page d'accueil du dossier

 

UN DOSSIER RÉALISÉ AVEC LE SOUTIEN DE :

 

 Dossier adaptation
 Dossier Construction21
 résilience
 adaptation

Auteur de la page

  • Mathilde PECNARD

    Smart & Resourceful Cities project developer

    Suivre

  • Autres actualités

    Plus d'articles

    Sur les mêmes thèmes

     Dossier adaptation
     Dossier Construction21
     résilience
     adaptation