#21 - Le Bâtiment à l’heure de l’économie circulaire

Avec pour objectifs la réduction des consommations de matières premières, la réutilisation des matériaux et le recyclage des déchets, le concept d’économie circulaire fait d’ores et déjà partie du modèle économique du secteur du bâtiment. Il représente même une réelle opportunité, à condition de se donner les moyens de lever certains freins, principalement dans l’organisation des filières de collecte et de recyclage des déchets et dans l’implication de la maîtrise d’ouvrage.

De la nécessité d’impliquer tous les acteurs

Dans le bâtiment, le cycle vertueux de l’économie circulaire se décline en plusieurs étapes : il peut concerner l’éco-conception des produits et matériaux par les fabricants, voire celle du bâtiment par le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre, pour limiter notamment les futures consommations d’énergie ; ou encore la maîtrise des impacts environnementaux et le tri des déchets de chantier par l’entrepreneur, puis leur recyclage par le professionnel du déchet et le fabricant.

Actuellement, les principes de l’économie circulaire sont souvent appliqués spontanément à des degrés divers par des entrepreneurs soucieux d’améliorer leurs performances. C’est le cas de ceux qui privilégient un fournisseur local pour des raisons d’efficacité et qui vont de facto soutenir l’emploi sur leur territoire et contribuer ainsi à une moindre émission de gaz à effet de serre.

Cependant, l’économie circulaire nécessite, pour que la boucle soit réellement bouclée, l’implication de tous les acteurs économiques de l’acte de construire, depuis la conception jusqu’à la gestion des déchets. On attend par exemple du concepteur de produits qu’il en allonge la durée d’usage et qu’il en prévoie d’emblée un démantèlement aisé, ou bien du gestionnaire des déchets qu’il s’intéresse au recyclage des matériaux.

Concernant les entreprises et artisans du BTP, l’effort concerne principalement la réduction des impacts environnementaux des chantiers et surtout la gestion des déchets, car le secteur en est un gros pourvoyeur.

La règle des 3 R de l’économie circulaire dans le bâtiment

Déchets en chiffresS’opposant au modèle classique d’économie linéaire qui consiste à extraire la matière première et l’énergie, produire le bien, le consommer, puis le jeter, le concept d’économie circulaire, lié au développement durable et à la préservation de l’environnement, repose schématiquement sur la règle des trois « R » :

  • Réduire à la source la consommation des matières premières et le coût de leur transport en s’approvisionnant localement ;
  • Réutiliser les matériaux en fin de vie ; 
  • Recycler les déchets pour réalimenter les gisements de matières premières.

Recycle-t-on tous les déchets du bâtiment ?

Avec quelque 228 millions de tonnes de déchets produites chaque année, le BTP est à l’origine de 70 % des déchets générés dans l’Hexagone.

Sur ce total, 182 millions de tonnes proviennent des travaux publics (principalement des déchets inertes et des terres non polluées qui seront recyclés et remblayés) et 46 millions de tonnes du bâtiment, selon l’étude « Déchets du Bâtiment » de juin 2019 [1].

Produits à plus de 90% par les chantiers de démolition et rénovation, ces déchets du bâtiment - qui sont rarement nocifs (2% seulement du volume global) - ont un fort potentiel recyclable, car ils sont majoritairement constitués de déchets inertes (34 millions de tonnes) et de déchets non dangereux non inertes (10 millions de tonnes)

Si le taux de valorisation matière [2] moyen des déchets du bâtiment est à ce jour d’environ 67%1, ce chiffre encourageant dissimule d’importantes disparités.

Déchets inertes : de très bonnes performances

Les trois quarts des déchets du bâtiment sont inertes, c'est-à-dire qu’ils ne se décomposent pas, ne brûlent pas et ne produisent aucune réaction physique ou chimique dans le temps. En bref, ce sont les déchets minéraux : béton, brique, tuile, gravats, terres non polluées, etc. Ces déchets sont aujourd’hui bien recyclés, majoritairement dans les travaux publics en sous-couches routière. Mais d’autres débouchés sont à l’étude, dans le cadre du programme « Recybéton » qui a démontré qu’il était techniquement possible de recycler du béton pour fabriquer à nouveau du béton. La technique qui existe reste cependant à déployer. À noter, enfin, qu’environ un tiers des déchets inertes sert à remblayer les anciennes carrières en vue de leur réaménagement futur. Au total, les déchets inertes sont aujourd’hui valorisés à plus de 75%.

Déchets du second œuvre : des progrès à faire

Si le métal fait figure d’exception - car il est d’ores et déjà presque intégralement recyclé - l’enjeu de valorisation, dans le secteur du bâtiment, porte sur les déchets du second œuvre, qui connaissent des taux de recyclage très inégaux d’un matériau à l’autre.

Pour le bois, déjà valorisé aux trois quarts pour la fabrication de panneaux de particules et en valorisation énergétique dans les chaufferies ou les cimenteries, il paraît à ce jour difficile d’améliorer cette performance, faute de débouchés suffisants en France.

Pour le plâtre, le PVC rigide, le PSE et le verre plat des fenêtres, les procédés techniques de recyclage sont opérationnels ou en passe de l’être, mais la collecte des déchets triés reste à massifier.

Pour d’autres filières comme les isolants, les moquettes ou certains plastiques, les filières de recyclage n’en sont quant à elles qu’aux prémices.

Une évolution réglementaire inéluctable

Peut-on améliorer ces taux de valorisation des déchets du Bâtiment ? La réglementation l’impose et va se renforcer. Découlant d’une directive-cadre « déchets » européenne de 2008, la loi sur la transition énergétique du 18 août 2015 fixe ainsi à 70% le taux de valorisation matière des déchets du BTP d’ici à 2020. Cet objectif qui semble globalement atteignable pour le secteur risque d’être plus compliqué à atteindre à court terme pour certains types de déchets. Comme vu précédemment, si les filières de recyclage des déchets du second œuvre commencent à se développer, leur équilibre économique reste compliqué à trouver. C’est pourquoi l’un des enjeux du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, actuellement en cours de discussion au Parlement, porte sur la définition d’un mécanisme de financement innovant. Celui-ci, basé sur le principe du pollueur-payeur, doit à la fois encourager le tri à la source des déchets de chantier, mais aussi permettre de renforcer le maillage territorial des points de collecte, afin d’apporter des solutions de proximité aux artisans et entreprises du Bâtiment et contribuer de fait à la réduction des dépôts sauvages. 

Exergue

Le secteur de la construction s’est engagé depuis 1992 sur le chemin d’une croissance totalement verte.

Des outils pour accompagner les entreprises

Mieux gérer nos déchetsLa Fédération Française du Bâtiment encourage l’émergence d’une économie toujours plus circulaire auprès des entreprises et artisans, notamment en leurs proposant des outils de formation, d’accompagnement pédagogique ou de prise de décision, au travers notamment du site déchets de chantier

Ce site et l’application smartphone dérivée (Déchets BTP) leur permettent non seulement de localiser les points de collecte et les filières de recyclage en France, mais apporte aussi informations règlementaires et outils pratiques comme cette collection de pictogrammes pour faciliter le tri sur chantier.

Plus récemment, la FFB a développé avec l’ADEME des  » permettant aux entreprises qui le souhaitent de sensibiliser leurs compagnons en 15 minutes aux enjeux environnementaux du chantier. Des supports sont notamment consacrés au tri et au recyclage des déchets. Dans un contexte où il est urgent d’agir pour éviter le gaspillage des ressources, recycler les déchets et plus généralement préserver l’environnement, le secteur se mobilise en agissant directement sur le terrain. Ce n’est pas le tout de demander aux compagnons d’adopter les bonnes pratiques, encore faut-il donner du sens à leurs nouvelles pratiques en leur expliquant pourquoi il est essentiel de trier les déchets pour faciliter leur recyclage.

Déchets inertes Plâtre et plaques de plâtre Brosses et chiffons souillés

Quels sont les principaux freins à lever pour avancer ?

Pour continuer à faire progresser le secteur du Bâtiment vers une économie plus circulaire, il est essentiel de mobiliser l’ensemble des acteurs de la chaine de valeur pour lever les freins au développement des filières. Quatre priorités se dessinent :

  • Renforcer le maillage territorial en points de collecte des déchets, en lien étroit avec les collectivités territoriales ;
  • Parvenir à un équilibre économique des filières de recyclage et de valorisation en agissant à la fois sur la mise au point technique des procédés, la massification des volumes collectés et surtout sur les débouchés. La maitrise d’ouvrage aura un rôle déterminant en tant que prescripteur ;
  • Améliorer la traçabilité des déchets ;
  • Réduire les dépôts sauvages.

[1] Etude filière « Déchets du Bâtiment » (juin 2019) – AIMCC, CAPEB, FDME, FEDEREC, FFB, FNADE, FNBM, FND, FNAS, CGI, SEDDRe, SNEFID, UNICEM, USH
[2] Valorisation matière = réemploi + recyclage + remblais

Article signé Jean Passini, Président de la Commission Environnement et Construction Durable de la FFB

 

Consulter l'article précédent : #20 - Management de projet : la neutralité carbone pour horizon


           

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