#20 - Management de projet : la neutralité carbone pour horizon

De l’identification des besoins à usages des bâtiments et des aménagements, le management de projet déploie, à l’heure de l’économie circulaire, de nouvelles démarches.

Contexte et enjeux

Le secteur de la construction et de l’aménagement doit aujourd’hui intégrer des indicateurs de performance environnementale, sociale et sociétale, en lien notamment avec les enjeux du réchauffement climatique. Avec pour objectif des résultats bas-carbone, d’abord, puis la neutralité carbone en 2050.

La performance environnementale de construction et d’utilisation de bâtiment ne repose pas uniquement sur la phase « conception technique », mais surtout sur l’appropriation par les maîtres d’œuvre des besoins des futurs usagers, la connaissance et l’intégration en dynamique de leurs pratiques comportementales. L’Ingénierie du bâtiment ou de l’aménagement doit permettre à l’usager de retrouver les services attendus et lui en fournir de nouveaux, à l’occasion des réflexions menées au cours du projet (« innovation servicielle »). De nombreux retours d’expérience indiquent la complexité des outils proposés aux usagers et les incidences d’une utilisation parfois approximative. Il s’en suit un impact négatif notamment avec des surconsommations énergétiques, mais aussi des impacts sociaux et sociétaux négatifs (externalités négatives).

Par ailleurs, les matériaux et les produits ne disposent pas tous des informations nécessaires sur leur traçabilité, ni d’une étude environnementale. L’import d’énergies grises importantes, issues de fabricants de pays étrangers, impacte fortement l’empreinte carbone des projets, car leur empreinte « Réseaux Energie » est supérieure à celle de la France.

Face à ces enjeux, comment le secteur peut-il mettre en œuvre une gestion de projet pilote et transparente pour l’ensemble des parties ?

Les facteurs de succès d’un nouveau management de projet

Nous identifions 5 thématiques indispensables à la mise en œuvre d’un management de projet pilote Neutre Carbone :

  • la nécessaire mise en œuvre d’un double positionnement stratégique du projet
  • l’identification et l’engagement d’un maître d’ouvrage territorial
  • la mise en œuvre conjointe et indépendante d’une assistance à maîtrise d’ouvrage et d’une maîtrise d’œuvre sur le projet Neutre Carbone
  • l’analyse des besoins des parties prenantes et la définition de modalités de management basées sur la coopération et les ressources (RSE et Economie de la Fonctionnalité et de la Coopération) et le cycle de vie de l’ouvrage
  • l’utilisation des données du projet pour aide à la décision : ses objectifs, ses activités, ses impacts.

Facteur de succès N°1

Parmi les 5 facteurs de succès identifiés (voir encadré), nous inscrivons tout d’abord la démarche « Management projet Neutre Carbone » sous un double positionnement stratégique, guidé par deux des 17 objectifs de développement durable (ODD) définis par les Nations-Unis :

  • l’ODD N°13 « Lutte contre le changement climatique » constitue un objectif prioritaire. Il s’article avec les objectifs de réduction carbone et de compensation carbone à atteindre d’ici 2050, fixés par la Loi Energie/Climat de septembre 2019
  • l’ODD N°17 « Partenariats pour la réalisation des ODD » constitue un objectif systémique, avec la cible d’un management RSE du projet Neutre Carbone

Ce double positionnement stratégique nous permet de répondre aux 3 domaines d’action et 7 piliers de l’économie circulaire :

1/ demande et comportements des consommateurs, qui comprend 2 piliers : consommation et allongement de la durée d’usage

2/ gestion des déchets (pilier recyclage)

3/ offre des acteurs économiques, organisée en 4 piliers : approvisionnement    durable, éco-conception, écologie industrielle et territoriale, économie de la fonctionnalité

Economie circulaire ODD
Responsabilité sociétale Economie de la fonctionnalité
Schéma  

La Feuille de route de la France pour l’Agenda 2030 

Conformément à la feuille de route de la France pour l’Agenda 2030 (« Agissons pour un monde durable et plus solidaire ») et à la thématique de son deuxième enjeu, nous nous inscrivons bien dans une logique de la transformation des « modèles de sociétés par la sobriété carbone et l’économie des ressources naturelles, pour agir en faveur du climat, de la planète et de sa biodiversité »)

Parmi les 6 enjeux du texte, l’enjeu 2, qui nous intéresse particulièrement, liste une série de défis de taille : « repenser les villes pour y limiter les émissions de gaz à effet de serre (les villes sont responsables de 70 % des émissions de CO2) et les îlots de chaleur urbains, adapter les pratiques agricoles et des ressources en eau et en sol, lutter contre la déforestation et promouvoir la gestion durable des forêts, préserver la biodiversité et notamment les aires marines protégées, encourager l’utilisation des ressources naturelles et renouvelables en substitution d’autres matériaux ou énergies... Plus largement, la préservation de la biodiversité constitue un axe prioritaire eu égard à la richesse exceptionnelle des ressources terrestres et marines de la France, principalement présentes dans les outre-mer. » Parmi les priorités identifiées pour relever cet enjeu 2, il est prévu de « concevoir et encourager les nouveaux modèles durables de consommation, de production et d’approvisionnement économes en ressources naturelles, sobres en carbones et circulaires », car « la raréfaction des ressources rend nécessaire l’élaboration de nouveaux modes de production plus vertueux. Des changements de comportements et de pratiques sont également indispensables de la part de l’ensemble des parties prenantes et des secteurs d’activité : agriculture, mobilité, bâtiment, biens de consommation… »

La RSE et l’ISO 26 000, première norme comportementale internationale répondent à ces objectifs. 

Facteur de succès N°2 

L’identification et l’engagement d’un maître d’ouvrage territorial sont des passages obligés d’un management « projet Ouvrage neutre Carbone ». Si les porteurs de projet actuels sont sur le constat que les scénarios innovants coûtent plus cher et demandent plus de temps à la réalisation, une approche plus globale et systémique doit les faire évoluer. Elle leur permettra de mieux appréhender d’autres fonctionnalités et externalités positives au scénario de base envisagé, afin de maximiser la synergie entre acteurs, raccourcir le temps de réalisation et déboucher sur un meilleur retour sur investissement.

L’engagement de la maîtrise d’ouvrage est à concrétiser avec la commande d’une assistance à maîtrise d’ouvrage « projet Neutre Carbone » qui visera à établir l’état initial du territoire, du projet visé, les attentes des futurs usagers sur le cycle de vie.

Le livrable attendu consiste en un cahier des charges pour la consultation de la maîtrise d’œuvre qui reprendra les exigences multi-usages et multifonctionnels de l’ouvrage et les niveaux de performances des indicateurs RSE à atteindre, notamment celui de la neutralité carbone.

L’engagement des maîtres d’ouvrages reposera aussi sur l’adossement à un appel à projet « Economie circulaire » susceptible de prendre en compte en dépenses éligibles les tâches Management projet nécessaires au projet Neutre Carbone.

Facteur de succès N°3 

La mise en œuvre conjointe et indépendante d’une assistance à maîtrise d’ouvrage et d’une maîtrise d’œuvre sur le projet Neutre Carbone fait partie des leviers à actionner.

Les collectivités territoriales (Conseils régionaux, Conseils départementaux, EPCI,..) établissent un même constat de blocage de leurs projets d’énergie renouvelable (éolien, biogaz, champ photovoltaïque,..) à l’étape de concertation du public. En effet, les porteurs de projet n’obtiennent pas l’acceptabilité sociétale à la mise en place de leur solution. Les principales causes de cette non-acceptabilité reposent souvent sur le mode de gouvernance territoriale mis en œuvre par le porteur de projet. Sur de nombreux projets, les riverains et les populations locales mettent en avant l’absence de consultation préalable à la conception de la solution, c’est-à-dire l’absence d’une réelle concertation. Le projet est présenté sur la seule initiative du porteur. Le conflit d’intérêt des animateurs de la concertation est par ailleurs souvent cité.

Afin de prévenir cette situation de blocage liée au statut de juge et partie, il est proposé que la maîtrise d’ouvrage mette en place une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage neutre et indépendante de l’équipe de maîtrise d’œuvre en séparant les missions suivantes :

  • l’AMO, la définition du besoin et des objectifs à atteindre ;
  • la maîtrise d’œuvre, la conception et la réalisation des solutions.

La gouvernance du projet serait pilotée par le maître d’ouvrage à plusieurs niveaux :

  • comité de pilotage ;
  • comité technique ;
  • comité de suivi avec les riverains et les acteurs locaux.

Facteur de succès N°4 

Il est proposé d’intégrer dès le démarrage du projet une réelle concertation avec les acteurs du territoire, avec en parallèle l’analyse de leurs besoins et de leurs attentes en regard du projet cible. Il s’agit de bonifier la future co-conception de la maîtrise d’œuvre avec le maître d’ouvrage et les parties prenantes (consommateurs, usagers, riverains).

Les parties prenantes sont à consulter à chaque étape du cycle de vie du projet :

  • études amont intégrant le besoin et les attentes des usagers ;
  • conception à partir du choix des solutions et approfondissement des besoins via des simulations ;
  • réalisation d’un chantier sans pollutions ni nuisances ;
  • exploitation avec pour objectif une double performance, d’usage et environnementale ;
  • fin de vie prévoyant le recyclage des matériaux.

Cycle de vieL’intégration réelle des utilisateurs et des usagers finaux du projet doit prendre en compte les fondamentaux fonctionnels du développement territorial. Les questions à instruire sont les suivantes :

  • une gouvernance transparente et partagée entre les différentes parties prenantes ;
  • l’identification des externalités négatives environnementales, sociales et sociétales à prendre en charge dans le projet ;
  • l’identification des externalités positives environnementales, sociales et sociétales sur lesquelles de projet peut prendre appui ;
  • la configuration de l’écosystème coopératif nécessaire à l’exploitation et l’usage de l’ouvrage en question ;
  • le support aux coopérations à toutes les échelles, du voisinage au territoire ;
  • l’effort de création des conditions de la confiance entre parties prenantes ;
  • la mise en place de temps de retour d’expérience (REX) au cours du projet, puis en vie courante ;
  • la mutualisation des ressources et des investissements matériels et immatériels à chaque fois que cela est possible, en relation avec l’écosystème coopératif ;
  • la nécessité de s’appuyer sur le patrimoine immatériel du territoire. 

RSE, démarches et innovations environnementales : exemple d’actions concrètes

→ l’innovation environnementale est un axe majeur des démarches RSE : elle permet de réduire l’empreinte des activités économiques en en anticipant les impacts et en instaurant des synergies entre acteurs. Ces innovations techniques, économiques et sociales portent à la fois sur les produits et sur les procédés. La réduction drastique de la consommation des ressources matérielles et énergétiques se doit d’être accompagnée par l’émergence de services à haute valeur ajoutée, s’appuyant sur le développement par l’usage des ressources immatérielles (confiance, compétences, santé, pertinence) [Economie de la Fonctionnalité et de la Coopération – EFC – cf. www.ieefc.eu)

→ toutes les entreprises peuvent se lancer dans une démarche environnementale par des actions au quotidien ne nécessitant pas ou peu d’investissements et leur permettant d’améliorer leurs performances environnementales, sociales et sociétales. Plusieurs leviers existent : meilleure gestion des flux de matières premières, économie de la consommation d’énergie, réduction des effluents industriels, prise en compte des impacts environnementaux en cas d’accident, prise en compte des impacts sur le travail et l’usage, prise en compte de la culture locale…

→ des innovations en matière de produits et de services via des démarches d’écoconception au niveau organisationnel, au niveau du modèle d’affaire des entreprises via des démarches d’écologie industrielle, d’économie de la fonctionnalité, et d’économie circulaire en allant vers les nouveaux modèles économiques orientés développement durable, tel que le modèle de l’Economie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC).

Dans ce modèle, les sources d’énergie utilisées doivent être le plus possible renouvelables et le recours aux sources et produits chimiques maîtrisé. L’un de ses maillons essentiels : la réduction et la maîtrise des déchets. Cette économie n’est pas seulement bénéfique pour l’environnement, elle permet également de gagner en compétitivité, en production de richesses et, dans certaines configurations, de créer des emplois locaux, ce qui crée aussi un effet sur le plan social, caractéristique des bénéfices multiples d’une politique RSE.

Facteur de succès N°5

Le management de projet cible à la fois des indicateurs de moyens et de résultats. Nous reprenons ici, concernant les« modalités à l’utilisation des données du projet pour aide à la décision : ses objectifs, ses activités, ses impacts », les recommandations 5 et 6  de Juin 2019 du Haut Conseil du Climat sur la nécessité d’imbriquer les niveaux de gestion des plans d’actions (Etat, région, EPCI, porteur de projet) et leur évaluation.

La performance des indicateurs est établie suivant le cycle de vie suivant :

  • Avant et après travaux du chantier
  • Année n-1 et année n pour l’impact des activités.

L’enregistrement des données brutes des études, du chantier et de l’exploitation permet de renseigner une base de données pour établir un tableau de bord d’aide à la décision pour le pilotage du projet.

L’analyse des écarts aux objectifs de performance s’engagera sur un renforcement des moyens ou sur une révision des objectifs annuels. Les comités passeront régulièrement en revue les tableaux de bord pour piloter les écarts avec des plans d’actions correctifs.

Concernant l’objectif Neutralité Carbone, le gestionnaire apporte par l’enregistrement des données et le traitement des impacts carbone, la preuve d’une adéquation entre les moyens engagés et l’objectif atteint.

Ceci permet de valider un processus performant et d’établir un retour d’expérience positif à transmettre à d’autres maîtres d’ouvrage ou territoires.

 

Anne-Marie Nestier / Didier Bonnin / Gérard Descamps
Groupe projet « économie circulaire » de la commission développement durable – CINOV

Photo en une : ©Ricochet64

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