[Dossier Quartiers Bas Carbone] #11 - Vers une vraie réduction du carbone dans la construction de la ville grâce à l’échelle de l’aménagement

 quartiers bas carbone  ZAC  bâtiment  performance environnementale

Réduire le carbone à l’échelle des bâtiments est nécessaire mais l’intervention à cette échelle est-elle réellement suffisante pour nous permettre de construire la ville bas-carbone. L’échelle de l’aménagement est sans aucun doute celle qui permet d’aborder avec le plus d’efficacité la réduction des émissions de carbone dans la ville en optimisant et en mutualisant les systèmes.

 

Le carbone est partout

Il n’existe pas d’activités sans carbone, l’activité humaine est par essence carbonée, les pays développés ont malheureusement aujourd’hui une activité qui dépasse le niveau soutenable par la planète. Le carbone est intimement lié à l’énergie, l’énergie pour nous éclairer, nous chauffer, nous déplacer. Cette même énergie est présente dans nos matériaux de construction, dans notre alimentation, dans notre consommation.

Le mode de construction de la ville et par là même nos modes de vie influent fortement sur notre bilan carbone. L’aménagement de quartiers urbains, mode de production de la ville en France, prédispose donc de nombreuses émissions de carbone en devenir.

La ville des courtes distances et ses mobilités douces

Le secteur des transports est aujourd’hui responsable de 29% des émissions de Gaz à Effets de Serre (GES) (AEE, 2018). La conception urbaine favorisant l’activité des centres villes et s’appuyant sur le concept d’une ville des courtes distances est donc indispensable pour réduire les émissions de carbone liées aux déplacements. La création de centres commerciaux et zones d’activités en frange des villes doit peu à peu disparaître au profit d’une ville compacte et mixte. Dans ce cadre, le nouvel objectif français de zéro artificialisation nette des sols va contraindre fortement l’étalement urbain en imposant de reconstruire la ville sur la ville, de nouveaux quartiers denses et mixtes vont donc voir le jour. Cette densification permettra la réduction des émissions de carbone liées à nos déplacements travail et loisirs.

Les modes doux, dont l’émergence ne commence qu’aujourd’hui, sont un mode décarboné qui permet, par l’intermodalité, des déplacements courts, moyens et longues distances. La conception d’un quartier urbain et particulièrement de son ambiance mobilité est donc déterminante pour permettre la réduction des mobilités carbonées. Concevoir des quartiers avec un schéma viaire adapté aux modes doux, construire des bâtiments où le vélo est mis en valeur et réduire la place de la voiture sur l’espace public sont des actions qui permettent le mieux vivre dans la ville, l’apaisement des quartiers et la réduction du carbone lié au transport.

L’aménagement de réseaux décarbonés

Le carbone est fortement présent dans notre chauffage et notre eau chaude sanitaire. Notre engouement national pour le nucléaire (mais aussi ses risques et ses déchets) n’y changera rien, nos bâtiments, même passifs, auront besoin d’énergie et donc de carbone. La création de réseaux de chaleur est un axe majeur de diminution du carbone. Il apporte une efficacité énergétique que la production individuelle ne peut atteindre grâce, entre autres, à une maintenance optimisée. Il peut surtout suivre facilement les évolutions des systèmes de production et bénéficier des dernières alternatives en énergies renouvelables. Cette évolutivité est indispensable pour nous permettre de réduire efficacement nos émissions de carbone dans un avenir proche.

Dans le projet de la ZAC de la Marine à Colombes (CODEVAM, Groupe Arcane, Compagnie du Paysage et Vizea - 2009), la création d’un quartier de 500 logements a permis d’intégrer une chaudière biomasse. Cette chaufferie alimente en complément 500 logements sociaux existants permettant l’accès aux énergies renouvelables à toute une partie de la ville. L’effet de levier de ce nouveau quartier permet ainsi de réduire les émissions de carbone d’environ 3000 habitants. Cet exemple montre bien que les réseaux de chaleur peuvent être une solution efficace dans notre décarbonisation dans une échelle de temps très courte.

Grâce à l’obligation de raccordement, rendue possible par la loi sur les réseaux de chaleur à énergies renouvelables, la collectivité dispose donc d’un vrai outil dans sa politique publique en lien éventuellement avec son plan climat pour réduire ses émissions de carbone.

(Ré)écoutez le podcast des Green Solutions Awards France 2019 sur la ZAC de la Marine

L’approche carbone dans la conception des bâtiments par la performance environnementale

La conception d’un quartier urbain permet une approche de la conception du bâti avec un niveau d’exigence plus important que dans le diffus. En effet, la conception globale d’une opération permet d’intégrer les promoteurs dans une démarche vertueuse de projet.

Cette conception cherche à réduire l’impact carbone des opérations en imposant des niveaux de performance sur de nombreuses thématiques :

  • -          Performance énergétique, réduction des besoins et donc des consommations,
  • -          Utilisation de matériaux biosourcés qui au lieu d’émettre du carbone pendant leur fabrication stockent du carbone comme le bois,
  • -          Mise en valeur des mobilités douces,
  • -          Réduction de l’impact des eaux de pluies par la recherche d’un zéro rejet permettant de décarboner l’imperméabilisation des sols.

Les opérations urbaines restent néanmoins parfois très contraintes économiquement et l’aspect environnemental et donc carbone est malheureusement le premier à souffrir d’ajustements économiques. Le mode de financement des opérations urbaines, le souhait des collectivités de récupérer des charges foncières élevées sont un frein à cette exigence environnementale. Aménageurs et collectivités ont donc la responsabilité de mettre en place des équations économiques permettant aux parties prenantes de construire une ville responsable et décarbonée.

L’urbanisme circulaire pour décarboner la construction

Construire consomme des matériaux et émet donc du carbone. L’urbanisme circulaire reposant sur le réemploi, la réutilisation et le recyclage permet de réduire l’émission de carbone nécessaire à la construction de nos lieux de vie.

Dans l’opération de la ZAC de la Marine, il n’a pas été construit de parking au cœur de l’opération. Le réemploi de parking existants a permis d’empêcher la construction de 500 nouveaux parkings. Ces parkings non occupés et abandonnés par les bailleurs sociaux ont été restructurés et sécurisés pour les nouveaux habitants. Cette stratégie de réemploi a donc considérablement amélioré le bilan carbone du quartier. Elle n’a été possible que par un travail fin de conception urbaine s’appuyant sur un diagnostic poussé des quartiers environnants et par la capacité des membres de l’équipe de conception et de la collectivité à remettre en question les principes de base d’une opération.

Décarboner la ville c’est donc aussi réfléchir autrement et accepter de mettre en débat de nouveaux sujets de mode de vie et de façon de construire. Dans cette opération l’usage montre que les habitants sont tout à fait enclins à marcher 100 mètres pour aller chercher leur voiture, ce qui en 2009 a fait l’objet de nombreux échanges.

Mais l’urbanisme circulaire c’est aussi la réutilisation de matériaux permettant d’économiser énergie grise et carbone. La conception de nos projets urbains doit désormais s’attacher à prendre au maximum en compte l’existant pour réutiliser les éventuelles démolitions (concassage des bétons pour les voiries ou la refabrication sur site de bétons) avec un très bon exemple sur la ZAC de l’Arsenal à Rueil Malmaison (SPLA Rueil aménagement, Bécarmap et Vizea).

C’est aussi apprendre à construire avec des matériaux recyclés et demain avec des matériaux facilement recyclables. La durée de vie des bâtiments est en effet de plus en plus courte, il est donc nécessaire de concevoir des projets dont la déconstruction pourra être facilement assurée.

Des nouveaux quartiers indispensables pour la ville durable

Le passage du concept de ville décarbonée à l’opération urbaine opérationnelle est délicat et exige des concepteurs et collectivités un engagement pour la planète. L’avantage d’intervenir à cette échelle est le faible impact économique de la décarbonisation. Dans les exemples présentés, il n’existe pas de surcoût majeur pour la collectivité, l’aménageur ou les promoteurs.

Lorsque nous serons tous convaincus que la recherche de la construction d’une ville durable et décarbonée est profitable pour le bien commun mais aussi individuel, nous serons capables de trouver des solutions collectives. Les seuls freins que nous rencontrons aujourd’hui sont la peur de devoir changer nos modes de vie et les modes de production de la ville. Une fois ces obstacles surmontés, l’échelle de l’aménagement nous permettra de trouver des solutions économiques rendant possible la création de quartiers décarbonés.

Un article signé François-Xavier Monaco, Directeur chez Vizéa

 

Consulter l'article précédent :  #10 - Le projet MOLOC – Partage d’expériences sur les Morphologies Urbaines Durable entre cinq villes européennes


           

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