Vers des zones d’aménagement résilientes

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Publié par APC Cécile Gruber

La transition énergétique est un enjeu majeur de résilience pour les territoires, qui font face à des menaces telles que le dérèglement climatique, la pollution de l’air, la dégradation de l’environnement ou la raréfaction des ressources. Pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050, la Stratégie de résilience de Paris, votée au Conseil de Paris en septembre 2017, définit une trajectoire basée sur l’anticipation des consommations et la territorialisation de la production d’énergies renouvelables.

Qu’est-ce qu’un aménagement résilient ?

Un équipement résilient renforce la résilience du territoire dans lequel il s’insère, en prenant en compte ses risques et enjeux spécifiques (démographiques, socio-économiques, environnementaux, etc.). Le contexte urbain local est donc déterminant. Les spécificités climatiques (zones inondables, îlot de chaleur, etc.) et socio-économiques (quartiers prioritaires, inégalités territoriales) guident le processus d’aménagement pour produire un équipement adapté aux impératifs locaux, inclusif dans sa conception et flexible dans sa construction.

Le « 100 Resilient Cities », qui a accompagné la Ville de Paris dans l’élaboration de sa stratégie de résilience, définit sept qualités d’un système résilient qui doivent orienter la réflexion sur les cahiers des charges des opérations d’aménagement.

  • Inclusif : s’appuyant sur une large consultation et implication des parties prenantes)
  • Intégré pensé pour que les flux et les infrastructures travaillent ensembles pour produire de multiples bénéfices
  • Réfléchi : capable d’apprendre des perturbations pour se renforcer
  • Ingénieux : prévoyant la réallocation des ressources
  • Robuste : conçu pour limiter la propagation des défaillances en cas de choc
  • Redondant : intégrant une surcapacité pour s’adapter à des conditions extrêmes et imprévues
  • Flexible : en mesure de développer des stratégies alternatives

ZAC Bercy-Charenton : un chapitre sur la résilience dans le traité de concession.

Un chapitre consacré aux missions du concessionnaire en matière de résilience a été ajouté pour la première fois au CCCT du projet de Bercy-Charenton. Ce chapitre définit les « orientations stratégiques pour la réalisation d’un quartier pilote en matière de résilience, pour la réalisation d’un quartier capable de fonctionner et de s’adapter aux différents types de stress chroniques et de crises aigues qu’il subit ».

Le site de 70ha, partiellement en zone inondable, représente une opportunité pour attirer l’attention sur l’exposition de Paris aux risques liés à la Seine, notamment celui d’une crue majeure. En mars 2018, la DRIEE a rédigé une charte d’engagement pour « concevoir des quartiers résilients » face au risque inondation, signée par plusieurs structures en Ile-de-France (MGP, AMIF, AORIF, IAU, etc.).

Le volet principal des missions du concessionnaire concerne le risque inondation : faciliter la gestion de crise, assurer la continuité du fonctionnement des infrastructures notamment  en privilégiant la modularité des infrastructures vers d’autres usages en situation d’inondation (points de refuge, bassins de rétention) ; protection des réseaux vulnérables, développer la culture du risque chez les usagers du quartier : sensibilisation, formation, mémoire du risque, etc.

Plusieurs volets définissent les critères de durabilité et de limitation de l’impact environnemental du projet : gestion des eaux pluviales, sobriété énergétique, écoconstruction, biodiversité, qualité de l’air, économie circulaire, bruit. D’autres dimensions plus spécifiques aux critères de résilience sont prévues : rafraichissement pendant les vagues de chaleur, la flexibilité et réversibilité des équipements et bâtiments, processus participatifs, urbanisme transitoire, nouveaux métiers de proximité, développement d’une économie locale, etc.

Résilience énergétique

Même si une grande partie de la politique d’efficacité énergétique de Paris se joue au-delà de ses frontières administratives (95% de l’énergie consommée à Paris est produite à l’extérieur de la ville), le secteur de la construction constitue un levier à la fois pour la réduction des consommations, pour la production locale d’énergie et pour la synergie des réseaux. En France, le secteur du bâtiment consomme 45% de l’énergie finale totale et génère près de 25% des émissions de gaz à effet de serre. L’intégration systématique des critères de résilience dans les cahiers des charges des projets de construction et de rénovation du bâti est l’une des clefs d’un aménagement sobre et innovant.

Réduire les consommations énergétiques

Face aux impératifs climatiques, l’aménagement résilient doit s’inscrire dans une démarche de durabilité et de sobriété dans l’utilisation des ressources. La Mission Résilience œuvre à l’intégration systématique d’un volet résilience dans les opérations d’aménagement, à l’image des projets de Saint-Vincent de Paul et de Bercy-Charenton, préconisant des solutions sobres et innovantes en termes d’écoconstruction, de performance énergétique du bâti, de compensation carbone.

Territorialiser la production d’énergies renouvelables

La production d’énergie en ville se tourne de plus en plus vers les énergies renouvelables et de récupération, distribuées à petite échelle, à l’image du premier projet de « smart-grid » développé dans le quartier Clichy-Batignolles. Ce projet explore une nouvelle forme de gouvernance locale renforcée de l’énergie et un principe de coresponsabilité énergétique. Selon les spécificités de chaque projet, les cahiers des charges intègrent désormais des critères de production locale d’énergie et de valorisation des déchets, comme le traité de concession de Bercy-Charenton dont l’environnement est spécifiquement favorable à la production d’énergie géothermique (grâce à la faible profondeur de la nappe alluviale).

Protéger les réseaux critiques

Concevoir un aménagement résilient implique de réduire son impact environnemental, mais également de garantir la continuité d’activité des infrastructures sensibles en cas de crise, notamment les réseaux énergétiques. Alors que 60% des zones inondables de la Seine sont bâties, la vulnérabilité des réseaux est insuffisamment prise en compte dans le PPRI. Conçu comme un quartier résilient exemplaire, le quartier de Bercy-Charenton devrait être capable de fonctionner « les pieds dans l’eau ».

Échanger les bonnes pratiques à l’international

Paris fait partie du réseau « 100 Resilient Cities » qui regroupe 100 villes à travers le monde autour d’une méthodologie de renforcement de la résilience territoriale. Le réseau facilite la diffusion des bonnes pratiques et la synergie entre les membres, et permet à la ville de Paris de bénéficier des dernières innovations en matière d’aménagement résilient. 

Ci-après le réseau de micro-grids de Berkeley et le bio-port de Rotterdam.

Berkeley à la pointe de la technologie « micro-grid »

La ville de Berkeley a lancé en 2018 la création d’un réseau de « micro-grids », connectant plusieurs infrastructures critiques de la ville, publiques et privées. Alimenté principalement à l’énergie solaire, ce système permet aux infrastructures de fonctionner en autonomie quand le réseau principal est perturbé, mais également d’optimiser leur consommation d’énergie quotidiennement.

Le « bio-port » de Rotterdam

Rotterdam a engagé la transition énergétique de son port, la première infrastructure portuaire d’Europe, pour en faire un hub d’innovation dans le domaine des énergies renouvelables grâce à une concentration d’activités, d’entreprises et de chercheurs. La Rotterdam Climate Initiative prévoit une ambitieuse transformation du port à travers la production d’ENR (solaire, éolien et biomasse), la récupération de déchets industriels et la rénovation écologique des infrastructures industrielles.

 

Auteur : Amaury Durand, Mission Résilience - Resilience Office Apprentice - Secrétariat Général de la Ville de Paris - City of Paris

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Modéré par : Nadège Rigaudeau

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