Systèmes alimentaires et agricoles : une transition qui peine à s’affirmer

Publié par CLER La rédaction

Notre système agricole et alimentaire émet un tiers des émissions de gaz à effet de serre nationales. Une transition vers un modèle plus vertueux est absolument indispensable pour atteindre nos objectifs climatiques. D’autant que les changements attendus présentent de nombreux co-bénéfices potentiels en termes de santé publique, de protection de nos ressources naturelles (eau, sol, air, biodiversité) ou de bien-être de toute la profession agricole. Mais, faute d’un diagnostic vraiment partagé par l’ensemble des parties prenantes et du courage politique d’affronter les conservatismes d’une profession en proie à d’autres difficultés, les mesures nécessaires tardent à être prises.

 Feuille de route du gouvernement pour mettre en œuvre l’Accord de Paris, le Plan climat, présenté le 6 juillet 2017, entend accélérer la transition énergétique et climatique. « Pour réduire les émissions et améliorer le captage du carbone dans les sols », annonce plus spécifiquement le document, une transformation de nos systèmes agricoles et alimentaires doit être engagée. La volonté de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur agricole d’ici 2050 est également inscrite dans la Stratégie nationale bas carbone en cours de révision, mais les mesures opérationnelles permettant d’atteindre ces objectifs ne font l’objet d’aucun projet de loi. Récemment, la Loi agriculture et alimentation (adoptée à l’Assemblée nationale le 30 mai 2018) a même représenté une occasion manquée de mettre en œuvre la transition dans les filières agricoles et alimentaires.

Les atouts de l’agro-écologie

« Ce débat parlementaire, ignorant certaines conclusions pourtant intéressantes des Etats généraux de l’alimentation qui l’ont précédés, illustre à quel point il est difficile aujourd’hui de soutenir et de massifier les pratiques agro-écologiques », estime Caroline Faraldo, chargée de projets Agriculture et Alimentation au Réseau Action Climat. Celles-ci représentent pourtant l’un des leviers pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre : diversifier les cultures et allonger les rotations en introduisant des légumineuses et des cultures intermédiaires, bien gérer les déjections animales permet d’utiliser moins d’engrais azotés de synthèse. Ces pratiques sont également déterminantes pour intensifier le stockage de carbone.

« Ces évolutions vers des pratiques agri-écologiques se feront grâce à un bon accompagnement technique des agriculteurs et des aides ciblées. »

En juin 2014, l’Ademe l’affirmait déjà (dans la publication Carbone organique des sols – L’énergie de l’agro-écologie, une solution pour le climat) : les sols stockent, sous forme de matières organiques, deux à trois fois plus de carbone que l’atmosphère. Le document recommandait donc de limiter les pertes liées au retournement des terres et d’accroître le stockage en promouvant des pratiques agricoles et sylvicoles adaptées. « Ces évolutions pourront se faire grâce à un bon accompagnement technique des agriculteurs, des aides ciblées, et des propositions fortes de la France pour la future Politique agricole commune », précise Caroline Faraldo.

De la fourche à la fourchette

Le scénario Afterres2050, construit par l’association Solagro, montre le chemin vers un modèle agricole et alimentaire viable et soutenable, quantifié physiquement pour la France, à l’horizon 2050. Pour cela, il préconise de revisiter nos besoins en terme d’alimentation : la réduction de la surconsommation et du gaspillage alimentaires pourraient permettre de réduire de plus de 20 % les volumes à produire, tandis qu’une diminution de la consommation de viande et de lait au profit de protéines végétales (céréales, légumes secs) est de nature à vraiment infléchir les importantes émissions de méthane dues aux élevages de ruminants. L’offre pourra alors s’adapter aux volumes, à la nature et surtout à la qualité des produits attendus par les consommateurs.

On parle souvent des légumineuses : elles permettent elles-aussi de réduire de 60 à 70 % les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle d’une culture, en réduisant le recours aux fertilisants azotés. Mais en plus de présenter une solution au réchauffement climatique, elles ont un autre atout de taille : en nous fournissant notre apport quotidien en protéines, elles nous permettent de diminuer notre consommation de viande. Alors que 80 % des surfaces agricoles sont aujourd’hui destinées à l’alimentation animale, on voit bien à quel point ces cultures représentent une des clés pour une transition agricole et alimentaire réussie.

« Pour évoluer dans le bon sens, notre régime alimentaire doit comprendre moins de viande et de produits laitiers, davantage de végétaux, de légumes secs et de fruits à coques. »

Engager la transition alimentaire

La transition alimentaire, levier d’actions ? Le calcul est vite fait : un faible mangeur de viande (50 g par jour) émet 1,5 fois moins de gaz à effet de serre qu’un gros mangeur de viande (100 g par jour). Un végétarien émet près de deux fois moins. Pour évoluer dans le bon sens, notre régime alimentaire doit ainsi comprendre moins de viande et de produits laitiers, davantage de végétaux, de légumes secs et de fruits secs, mais aussi moins de sucre, de sel et de produits gras pour une meilleure santé.

A défaut, là aussi, d’une loi qui encourage la diminution des menus carnés dans les cantines, il revient aux territoires, et à tous les acteurs de terrain, de passer à l’action pour satisfaire la demande montante de produits sains, de qualité, issus d’une agriculture locale revitalisée et respectant son environnement. Les politiques publiques accompagneront peut-être alors enfin le mouvement, au lieu de s’arc-bouter sur des modèles agricoles qui ont maintenant fait la preuve de leurs limites.

Crédit photo : Qualisol

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Modéré par : Nadège Rigaudeau

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