Retours d'expériences sur les consommations réelles d’énergie

Publié par Siham GHALEM-TANI

Quel est le moyen de mettre en œuvre une réelle basse consommation dans les bâtiments? Comment concevoir, réaliser et exploiter un bâtiment efficace et économe? Quels outils pour prévoir les consommations et interpréter les écarts avec les consommations mesurées?

Cette question fondamentale a réuni mercredi 28 novembre plus de 150 professionnels  lors de la demi-journée technique organisée par l’IFPEB, en présence du CSTB.

Cadre méthodologique

Temps fort de la matinée, Jean-Robert MILLET, Responsable de la division Energie au CSTB, a présenté les conclusions de travaux conjoints du CSTB et des entreprises membres de l’IFPEB. Objectif de ces travaux : définir un cadre méthodologique permettant la mise au point d’un outil prévisionnel sur les consommations réelles.

Au préalable, Jean-Robert MILLET a rappelé la vocation de la règlementation thermique, qui est de contraindre à une excellente performance intrinsèque du bâti et des systèmes, mais en aucun cas de prévoir les consommations réelles.

M. MILLET s’est ensuite attaché à proposer un cadre pour la prévision des consommations se basant sur les outils du marché en Simulation Energétique Dynamique (SED), outils qui permettent par une meilleure compréhension des consommations, de mieux concevoir, mieux exécuter et mieux exploiter un immeuble.

Ce cadre doit bien sûr être affiné, car ces outils sont encore perfectibles. Ainsi sur les deux cas réels présentés, l’un, par exemple prévoyait par la SED une consommation globale tous usages presque égale à la consommation mesurée. Mais les différences poste à poste étaient  souvent plus importantes (parfois 100%), les grands postes (chauffage, rafraîchissement) étant les mieux maîtrisés.

Une dimension importante pour ces SED: la nécessité de trouver une mise en forme des données d’entrée qui permettent de mieux décrire l’usage et d’interpréter les consommations, avec par exemple, l’utilisation d’unités fonctionnelles comme le « poste de travail » plutôt que les m .

Dans la pratique

Sans langue de bois, les intervenants des entreprises membres de l’IFPEB se sont livrés en séance à un véritable exercice critique sur leurs premiers retours d’expériences, sur lesquels un travail d’analyse poussé a permis de comparer prévision et mesure.

Le point commun des opérations : être des sièges sociaux des entreprises de l’IFPEB, ce qui a permis de développer un côté « laboratoire » et de bien maitriser les données tant sur les immeubles que sur leurs usages. Le consensus : l’apprentissage a été certain, les outils s’affinent.

Jean LACROIX, Directeur Energie et Construction Durable chez BOUYGUES Construction, a présenté les consommations du bâtiment siège de la filiale NORPAC dans le Nord, opération pilote visant une très basse consommation. « Le modèle numérique a conduit à des résultats proches des  consommations réelles mesurées (écart inférieur à 8%). Mais la SED utilisée, rend parfois mal compte de certains aspects,  telle l’incidence des apports solaires, notamment dans les zones ensoleillées. Le suivi des consommations réelles a par contre mis en évidence certaines consommations mal estimées par la SED, comme la consommation du « coin café », la consommation des auxiliaires de chauffage et des pompes en général. L’opération est aujourd’hui extrêmement performante, se maintenant à un peu plus de 55kWhEP/m2/an.

Non sans humour, Vianney FULLHARDT, responsable énergétique et Développement Durable, s’est livré au même exercice sur l’immeuble « Hélianthe», premier d’une série de cinq projets exemplaires d’EIFFAGE Construction. Bâtiment RT2005 label BBC EFFINERGIE, HELIANTHE a bénéficié d’une attention tant en conception qu’en mesure. .La aussi,  la prévision par SED s’est révélée proche de la consommation réelle mesurée après une période de rodage : moins de 0,5% d’écart ! Pour l’anecdote, si la production d’électricité photovoltaïque a été parfaitement au rendez-vous par rapport à la production, la production de l’éolienne urbaine s’est révélée quasiment nulle… Il a fallu la rehausser. Vianney FULLHARDT a tenu aussi à indiquer « notre conception du bâtiment performant a beaucoup évolué entre HELIANTHE et notre nouveau siège de VELIZY  qui vient d’être livré», sur lequel nous avons engagé une démarche similaire.

Jean-Pierre AURIAULT, Directeur du Développement Durable de BNP Paribas Real Estate a présenté lui, non pas une opération pilote, mais une opération représentative  des immeubles de bureaux récents en Ile de France : un bâtiment RT2005 avec un label THPE, avec une densité d’occupation assez forte et très bien dotée en services (RIE, atrium, auditorium, etc.) L’étude menée a permis de monter de façon très pédagogique, comment passer de la consommation réglementaire conventionnelle de l’immeuble, en l’occurrence 103 kWhEP/m2/an, à la consommation mesurée de plus de 500 kWhEP/m2/an.

La prévision par SED s’est avérée la aussi proche de la consommation réelle mesurée : moins de 15% d’écart, imputable notamment aux difficultés d’évaluation des consommations informatiques. Pour Jean-Pierre AURIAULT « La RT est un excellent outil qui a bien fait le tour du sujet de la qualité intrinsèque et qui conduit à des bâtiments performants ; Reste par contre un gisement fantastique en terme de maîtrise de l’énergie et de politiques publiques : dans le tertiaire, les 2/3 de consommations relève de l’usage non pris en compte par le calcul règlementaire. La SED est un outil susceptible de contribuer à mieux maitriser cette consommation»

En emménageant en 2009 dans le HIVE, son nouveau siège de Rueil Malmaison, l’entreprise SCHNEIDER ELECTRIC a divisé par deux la consommation d’énergie par rapport à ses anciens sièges franciliens. Toutefois,  la direction générale a souhaité en sus mettre en place un plan de progrès ambitieux comme soutenable économiquement pour réduire encore plus cette consommation. Les investissements, consentis par le propriétaire de l’immeuble et le locataire, ont un temps de retour moyen de 5 ans.

Le résultat ? Une division par deux, dans un bâtiment RT2000, des consommations d’énergie finale, pour une économie de 100k€ par an. « Mais la plus grande économie réside encore dans le fonctionnement. » ajoute Thierry DJAHEL, directeur business développement efficacité énergétique. «  En gérant l’occupation et les services du siège grâce à nos nouvelles technologies, nous gagnons non plus des kWh, mais des mètres carrés. L’enjeu économique devient alors énorme».

Selon Christian GERARD, d’EDF, si un bâtiment qui tient ses promesses en termes de basse consommation réelle nécessite de l’intelligence, le fait de « le concevoir en limitant les puissances installées et anticipant le futur marché de l’énergie est maintenant fondamental ». Un couplage des outils de SED avec des logiciels de valorisation tarifaire permet alors de chiffrer le bénéfice des dispositifs de lissage de la demande d’électricité. On anticipe ainsi la loi NOME ainsi que les récentes dispositions de la récente Directive Européenne Efficacité Energétique.

Qui paye cette intelligence dans un projet?

Le consensus est que le jeu doit en valoir la chandelle. L’investissement en ingénierie du dimensionnement et de l’optimisation doit se rentabiliser dans les basses consommations réelles, dans les factures. « Nous pensons que sur des immeubles tertiaire d’une taille  significative, la Simulation Energétique Dynamique peut se rentabiliser par les progrès qu’elle permet aux différents stades de l’opération, par une meilleure conception, par une aide à la réception et au contrôle du bon fonctionnement et par une aide à l’exploitation en proposant un tableau de bord détaillé» répondait Jean-Pierre AURIAULT à une question de la salle.

Méthode IDC

Enfin, L’IFPEB a consigné les meilleures pratiques de ses membres dans une méthode « IDC » ou « indicateurs de Consommation ». Cette méthodologie n’est pas absolue, elle doit être pragmatique et s’adapter au projet. Il faut une « économie de la performance », insiste Cédric BOREL, « les moyens mis en œuvre pour cet accompagnement doivent être à la mesure des surcoûts évités. »

Cette méthode décrit l’utilisation des moyens de simulation, moyens de mesure et vérification. Tout cela milite pour la mise en place d’un commissionneur de l’énergie. « Mission fondamentale » selon Hicham LAHMIDI, de BUREAU VERITAS « le commissionneur est le garant de la tenue des objectifs énergétiques durant tout le projet ». Mission d’autant moins lourde que la maîtrise d’œuvre de conception et d’exécution est forte sur ces sujets.

Informations:

L’ensemble des présentations sont disponibles sur ce lien.

La méthode IDC des membres IFPEB sera disponible en téléchargement le 15 décembre sur le site de l’IFPEB (www.ifpeb.fr).

Pour être régulièrement informé sur ce sujet, rejoignez la communauté Construction21 « Comment prévoir les consommations réelles ».

Une deuxième présentation sera vraisemblablement proposée début janvier, si intérêt merci de vous manifester par mél à l’adresse ifpeb@ifpeb.fr.

 

Pour plus d’informations :

Cédric BOREL, Directeur IFPEB

ifpeb@ifpeb.fr

Programme détaillé.

Télécharger le Communiqué de presse au format PDF

Modéré par : Siham GHALEM-TANI

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