Retour d'expérience utilisation label E+C- : le bâtiment tertiaire Pulse par Icade

Publié par Alain Guisnel

Le nouveau Label d’état expérimental E+C- a été publié il y a plusieurs mois et les acteurs de la construction se lancent timidement dans son usage malgré des atouts incontestables pour l’avenir du bâtiment visant la future réglementation environnementale à horizon 2020 : des niveaux d’énergie très ambitieux tout en donnant des objectifs bas carbone sur tout le cycle de vie des bâtiments.

Dans le cadre de sa démarche de RSE, Icade vise à réduire l’impact carbone de ses nouvelles constructions. Son objectif affiché publiquement est de réduire ses émissions de CO2 liées à l’énergie grise des nouvelles constructions de 12% entre 2015 et 2020. Le bâtiment PULSE s’inscrit pleinement dans cette démarche et contribuera à l’atteinte de cet engagement.

Avec PULSE, sont visés le label BBCA (Bâtiment Bas Carbone) et l’objectif Carbone 2 du label expérimental d’Etat E+C- (énergie positive et réduction carbone). Tout en visant une performance énergétique la meilleure possible, ce nouveau label analyse par ailleurs la performance en matière de gaz à effet de serre, les deux exigences étant analysées sur tout le cycle de vie du bâtiment. Cet objectif implique une connaissance rigoureuse et une réduction de l’impact carbone du projet mais également l’utilisation de l’Analyse de Cycle de Vie (ACV) comme un véritable outil d’aide à la conception.

Ainsi, à chaque étape clé de la conception et de l’exécution, une évaluation ACV est réalisée et des leviers d’actions sont définis. Les équipes de maîtrise d’œuvre et l’entreprise générale ont été mises à contribution de sorte à intégrer une démarche vertueuse dès l’amont des études. Chaque proposition d’éco-matériau a été étudiée en prenant en compte sa compatibilité technico-économique avec le projet. L’impact sanitaire a également été traité avec soin afin de préserver la qualité de l’air intérieur dans le bâtiment et, par conséquent, la santé de ses occupants.

Le choix assumé d’une structure bois CLT (Cross Laminated Timber ou bois lamellé croisé) pour la superstructure du bâtiment permet d’ores et déjà de répondre à l’impératif de limiter l’impact carbone du projet. Un travail d’optimisation des compositions de béton a ensuite été mené en collaboration avec le bureau d’étude structure et l’entreprise, jusqu’à atteindre des seuils carbone limités à la fois en infrastructure mais également, plus engageant, en superstructure.

Une fois la structure traitée, l’ensemble des éléments du second œuvre ont fait l’objet d’une attention particulière. C’est ainsi qu’ont été privilégiés les matériaux biosourcés, à fort contenant recyclé ou à faible impact carbone avec en particulier :

  • Des châssis bois dans la façade intérieure sur l’atrium ;
  • Une étanchéité de toiture à base de résine végétale ;
  • Des isolants acoustiques en textile recyclé pour les cloisons ;
  • Des habillages intérieurs en bois, un recours limité aux faux plafonds ;
  • Une moquette certifiée cradle-to-cradle, à fort contenant recyclé ;
  • Une chape sèche fibre-gypse en remplacement d’une chape béton ;
  • Le recours à l’économie circulaire : les dalles de plancher technique et les mains courantes sont issues de chantier de démolition. Le recours au réemploi permet de limiter à la fois l’impact carbone du projet, mais également son impact sur l’épuisement des ressources.

L’usage du référentiel E+C- s’est fait très scrupuleusement tout au long des études, puis en collaboration avec l’entreprise générale pour optimiser les choix impactant l’ACV pour l’atteinte du niveau C2. A ce jour, cela reste un exercice « périlleux », pour une raison majeure.

Ce nouveau référentiel n’acceptant à juste titre que des matériaux disposant de FDES vérifiées par tierce partie indépendante (évolution de la base INIES depuis le 1er juillet 2017), de nombreux matériaux n’ont pas encore répondu à cette nouvelle exigence. Dans cette hypothèse, la règle veut que des « données génériques par défaut » soient retenues, ces données étant toujours plus défavorables…et parfois de façon importante.

A titre d’exemple, voici les principales « difficultés » rencontrées :

  •  Le CLT vient tout juste de disposer de FDES (Fiches de Données Environnementales et Sanitaires) vérifiées, ce qui n’était pas le cas il y a quelques semaines, notamment en début d’études,
  •  Le Béton bas carbone retenu (contenant un fort pourcentage de laitiers de haut fourneau en remplacement du clincker) ne peut pas à ce jour être intégré formellement et automatiquement avec ses vraies performances, la difficulté « administrative et technique » étant provisoire et devant être résolue avant fin 2017 : la reconnaissance de données du configurateur BETIE notamment n’étant pas encore pris en compte dans le moteur E+C-,
  • La moquette identifiée en phase étude, et disposant de très bonnes performances sur les anciennes fiches FDES, ne dispose pas à ce jour d’une nouvelle fiche vérifiée,
  • Certains matériaux d’origine étrangère, avec des performances validées par des organismes étrangers, ne disposent pas naturellement d’équivalence en FDES (programme IBU en Allemagne par exemple…),
  • Sur un autre chantier, un réseau urbain local à base géothermal en cours de construction, mais n’ayant pas encore fait valider officiellement la performance carbone de son réseau sous forme de PEP (Profils Environnementaux Produits), la valeur par défaut retenue et majorante fut celle de la CPCU (réseau de chaleur urbain de Paris).

Icade a été le premier Promoteur Français labellisé E+C- pour un bâtiment tertiaire avec le niveau E2C2, pour le bâtiment Themis, Paris 17° arrondissement. Fort de cette expérience et du bâtiment tertiaire « Pulse » en cours de labellisation, Icade participe à un REX (retour d’expériences) accompagné de son maître d’œuvre Artelia pour faire remonter les principales difficultés dans un réel esprit constructif. Une des premières retombées positives sera très certainement l’accroissement significatif du nombre de FDES et de PEP, sous la pression des maîtres d’ouvrage et des maîtres d’œuvre souhaitant faciliter leurs labellisations E+C-.

Les quelques « difficultés » rencontrées sont essentiellement inhérentes à la jeunesse de la méthode…Tous les acteurs de la construction et les organismes en charge de la conception et de la diffusion de ce nouveau label expérimental (la DHUP, Direction de l’Habitat de l’Urbanisme et du Paysage du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, le CSTB…) travaillent « main dans la main » pour traquer au plus vite les points d’amélioration nécessaires.

Nul doute que ce travail de concertation et de dialogue atteindra à brève échéance l’objectif initial de faire progresser conjointement et très rapidement les performances énergie et carbone dans la construction, socle de la réglementation environnementale à venir.

 Quelques données sur le bâtiment « Pulse » :

  • SDP : 29.450 m²
    • 27.959 m² Bureaux
    • 737 m² de Commerces (3 en RdC)
  •  Deux niveaux d’infrastructure et R+7 en superstructure
  • Structure mixte Bois/Béton

 

  • Objectifs Environnementaux :
    • Une certification HQE (Haute Qualité Environnementale) niveau Excellent suivant le référentiel 2015)  visée;
    • RT 2012 -30% visé
    • Une certification BREEAM niveau Very Good suivant le référentiel 2016 visée;
    • Un label Bâtiment Bas Carbone (label BBCA) visé
    • Label E+C- visé avec le niveau E2C2
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