#21 - Résilient mais surement : préavis pour la ville d’aujourd’hui

Publié par Kathleen Boquet

Je me remémore parfois l’époque de mon adolescence, bercée par un groupe de musique tendance qui dépeignait un avenir inquiétant : une mer toute noire sans poissons, un ciel gris sans oiseaux et des pénuries d’eau disaient-ils[1]. Heureusement, nous n’avons pas laissé faire ça, nous avons transformé notre économie, nos vies et nos villes ! En 2019, nous appelions cela « fabriquer la ville résiliente ».

Je m’appelle Emma, j’ai 40 ans, je suis animatrice de synergies locales pour l’entreprise Reboot City.  Dès la 4e, j’ai rejoint le mouvement lancé par Greta Thunberg : tous les vendredis nous faisions grève du collège, pour le climat. « Nous ferons nos devoirs quand les décideurs feront les leurs », scandions-nous dans les rues.  Ces mobilisations généralisées ont été un tournant décisif ! Il était trop tard pour limiter nos émissions de gaz à effet de serre sous les 1,5 degrés, mais nous avons réagi à temps pour rester sous les 2 degrés en évitant ainsi le pire. Mais Jean Jouzel et les chercheurs du GIEC[2] ne s’étaient pas trompés : les temps se sont corsés avec des vents plus violents, des épisodes de sécheresse plus longs et plus fréquents, de nombreuses inondations, des matières premières de plus en plus sous tension, et des déplacements de population massifs en conséquence….Il a donc fallu non seulement réduire l’impact de nos activités sur le climat, la biodiversité et nos ressources naturelles, mais aussi adapter nos villes, de plus en plus peuplées, aux effets inévitables de nos excès passés.

 

La résilience est la capacité d’un système à retrouver les structures et les fonctions de son état de référence à la suite de perturbations. Mon entreprise a développé des solutions qui ont regénéré nos villes et qui ont été inspirées de l’observation de la nature elle-même, dont les capacités d’auto-régulation et d’efficience hors pair sont héritées de 4,5milliards d’années de R&D.  

 

Une ville adaptée aux évènements climatiques extrêmes

Tout d’abord, nos bâtiments ont fait peau neuve. Avec des solutions innovantes et bien moins chères de rénovation énergétique à grande échelle, nos bâtiments, mieux isolés, consomment beaucoup moins d’énergie, pour un meilleur confort, surtout face aux pics de chaleur. Pour les nouveaux bâtiments, la conception bioclimatique est devenue la norme : l’orientation des bâtiments et la disposition des pièces sont réfléchies pour maximiser le rayonnement solaire capté l’hiver, et le minimiser l’été. Les études de vents ont été systématisées pour adapter les formes urbaines aux risques de vents violents.

Le grand retour de la végétalisation dans nos villes a permis, en plus d’une vraie amélioration esthétique, de créer des ilots de fraicheurs et de limiter le ruissellement des eaux pluviales (espaces forestiers urbains, des façades et toitures végétalisées qui retiennent l’eau, espaces en pleine terre, gravillons et dalles qui facilitent l’infiltration …). Les nouvelles constructions et l’aménagement de la ville ont été repensés avec des jeux de niveaux, permettant de créer des réceptacles naturels qui permettent de continuer à vivre et circuler en cas de crue. Le reste du temps ces espaces sont des lieux de vie, de rencontre, de jeux, de jardinage ou de fêtes.

 

Projet d’aménagement intégrant un risque d’inondation et la hausse des températures. Source : Devillers et Associés

 

 

 

Une réalisation en bois, adaptée à de fortes rafales de vent, par l’architecte Effan Adhiwira . Crédit: Elena Mirage

 

 

Une ville zéro impact sur le climat

Il fallait s’adapter et anticiper les conséquences du dérèglement climatique, tout en luttant pour en réduire au plus vite les causes ! Nous avions pleinement conscience dès le début du siècle, que notre planète et nos villes ne pourraient rester vivables sans une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre et des particules polluantes. Les acteurs de la ville se sont saisis de ce combat pour assurer un avenir plaisant à ma génération. Par exemple, la mobilité active (le vélo, les vélos cargos, la marche à pied…) en complément des transports en commun, a été facilitée par des aménagements appropriés : pas un immeuble sans garage à vélo agréable, pratique et sécurisé ; pas une rue sans une séparation des flux de véhicules claire et sécurisante. Bikes are the new Porsche !

Dans nos bâtiments, autrefois responsables de la plus grande part des émissions de gaz à effet de serre, une révolution s’est opérée ! Les matériaux biosourcés qui stockent du carbone ont mis fin au reflexe du tout-béton. Les démolitions barbares ont laissé place à des déconstructions permettant de récupérer les matériaux d’antan (briques, poutres et charpentes, tuiles,…) pour les réincorporer dans de nouveaux bâtiments. Le résultat est magnifique, économe en ressources vierges et bas-carbone ! On peut d’ailleurs visiter l’usine de fabrication de façades de la ville : les éléments de structure sont en bois, remplis et complétés en bardage avec des éléments de réemploi (terres crues excavées, pierres, briques…), les isolants sont biosourcés ou issus de textiles recyclés. D’autres entreprises ont opté pour des solutions d’impressions 3D de bâtiments qui permettent une grande adaptabilité des formes et réduisent les besoins en ressources car elles sont très efficaces en matière.

 

 

Muuratsalo Experimental House, Finlande - Exemple inspirant de réutilisation de briques en bardage. Source : Alvar Aalto Foundation

 

Une ville ressource

Notre ville, à l’image des écosystèmes, a réduit sa dépendance aux systèmes extérieurs : elle est aujourd’hui productive ! Les espaces sous-exploités d’hier (interstices urbaines, toitures, parking des supermarché, dents creuses…), sont désormais de vraies mines d’or : ils produisent nos légumes, notre énergie renouvelable, récupèrent les eaux de pluie, traitent nos eaux grises par phytoépuration, accueillent des ressourceries permettant de réparer et échanger nos objets du quotidien ou des artisans qui transforment toutes ces richesses locales. Cette diversité d’activités est permise par la conception de bâtiments modulables qui peuvent, au cours d’une même journée servir successivement de lieux de réunion, d’espaces de détente, de lieux de rencontres ou de services. Ce sont des bâtiments démontables dont tous les composants peuvent être réutilisés ailleurs : cloisons, fenêtres, charpentes sont des meubles comme les autres, qui ont leur cycle de vie propre. Ces bâtiments peuvent donc se métamorphoser en fonction des besoins du territoire : l’immeuble de bureaux peut devenir immeuble de logements et vice-versa, sans perte de matière inutile, tel un « Transformer » des temps nouveaux. Les anciennes zones d’activités périurbaines, auparavant des ‘coutures’ peu attrayantes entre villes et campagnes, sont aujourd’hui des interfaces dynamiques qui permettent entre autres d’alimenter la ville en complément de ses propres productions d’agriculture urbaine.

 

Une ville collaborative

Techniques et procédés innovants ont permis de relever une partie du défi du dérèglement climatique et de la raréfaction de certaines ressources. Mais, dans un monde devenu plus incertain, c’est avant tout la solidarité et le partage qui nous rendent plus forts. Tous les habitants de mon immeuble mutualisent leurs achats pour simplifier la livraison et nous partageons 4 machines à laver et 4 voitures électriques pour tout l’immeuble. Le matin, les seniors accompagnent les enfants à l’école. Certains surveillent également les devoirs le soir, pendant que je m’occupe du potager partagé et distribue la production à tous les voisins.  J’ai même pu récemment accueillir ma jeune sœur qui a dû quitter son appartement situé sur le littoral et affecté par la montée des eaux océaniques, grâce à la transformation de la pièce de bureau de mon voisin, devenue chambre pour l’année. Ces échanges qui font notre quotidien ont donné à nos villes un visage plus humain, plus festif ! C’est d’ailleurs mon métier chez Reboot City : créer des coopérations entres les acteurs du territoire pour que la ville fonctionne aussi efficacement qu’un écosystème naturel. Ça marche et les citoyens y vivent heureux.

 

 

Jardin partagé à Strasbourg. Source : Flickr

 

 Un article signé Kathleen Boquet, Cheffe de projet Economie Circulaire & Ville Durable chez Greenflex; et Estelle Derosne, Chef de projet chez GreenFlex

Consulter le site de Greenflex

 


[1] Dis Papa, Zoufris Maracas

[2] 5e rapport, Groupe d’Expert Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, 2014

Cheffe de projet Economie Circulaire & Ville Durable


Modéré par : Alice Dupuy

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