#22 - Relev, un projet de recherche pour anticiper le relèvement des territoires sinistrés par des catastrophes naturelles

Publié par Gwenael JOUANNIC

Le projet Relev, piloté par le Cerema, réunit cinq laboratoires de recherches pour composer une équipe de recherche pluridisciplinaire (ingénieurs en génie urbain et en génie civil, urbanistes, géographes, sociologues, psychologues). Son objectif est de mieux comprendre les stratégies de gestion de la reconstruction post-catastrophe, afin de favoriser un retour à la normale rapide et un réaménagement durable et plus résilient des territoires sinistrés.

 

Peu anticipée et complexe, la reconstruction post-catastrophe répond à un besoin collectif d'un relèvement rapide réclamé par les sinistrés. Le climat d’urgence de la reconstruction, par nature conflictuel, ne laisse pas le temps à la construction d’un projet de reconstruction territorial plus résilient, actuellement, et joue en faveur d’une reconstruction à l’identique. Introduire des transformations urbaines profondes est une tâche difficile en situation de routine quotidienne. En revanche, la période « post-catastrophe » semble disposer d'éléments favorables à une mise en œuvre opérationnelle d’actions de réduction structurelle de la vulnérabilité, visant ainsi à atteindre à terme une meilleure résilience territoriale (volonté politique d’action, nécessité de reconstruire les biens sinistrés, médiatisation de la crise, etc.). La planification de la reconstruction peut ainsi être abordée comme l'opportunité d’encourager le développement d'idées pour changer le territoire. Dans ce sens, une catastrophe peut être utilisée comme catalyseur pour initier des changements majeurs (Crozier et al., 2016) en prenant en compte les attentes et besoins des sinistrés afin de diminuer les symptômes post-traumatiques, de restaurer le sentiment de sécurité et d’améliorer leur implication sur la gestion des risques futurs.

 

Au niveau international, les cadres d'action de Hyogo (2007-2013), et de Sendai (2015-2030) invitent les Etats membres des Nations-Unis à élaborer des politiques et des mécanismes qui garantissent l'intégration de la réduction des risques de catastrophe dans les efforts de relèvement et de reconstruction. Cependant, les pays qui ont introduit des politiques de réduction des risques dans la planification du relèvement rencontrent souvent des difficultés lors de leur mise en œuvre. A ce titre, l’actualité de la reconstruction post-catastrophe suite aux ouragans Irma et Maria aux petites Antilles montre les difficultés de concilier les deux impératifs de « reconstruire vite » et de « reconstruire bien ».

 

 

Image satellite de l’ouragan Irma sur les petites Antilles le 6 septembre 2017 (Image MODIS, NASA)

 

Saint-Martin et Saint-Barthélemy 2 ans après Irma, quel(s) projet(s) de reconstruction ?

 

Le projet se concentre sur le relèvement en cours des îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, suite aux ouragans Irma et Maria en septembre 2017.  Les méthodes et hypothèses de travail se fondent sur les enseignements tirés de territoires sinistrés qui ont partagé leurs expériences lors de précédents travaux de recherche. Le relèvement post-catastrophe d’un territoire peut être défini comme le processus qui répond au double objectif :

  • de court terme par lequel s’opère la restauration rapide du fonctionnement des services publics et des réseaux vitaux, comme l’alimentation en électricité et en eau potable ainsi que les télécommunications et les transports.
  • de long terme de reconstruction moins vulnérables des infrastructures endommagées, d’accompagnement des populations sinistrés et de capacité d’apprentissage et d’adaptation pour mieux préparer le territoire à de futures catastrophes.

 

Il s’agit, via des entretiens et par le dialogue, de capitaliser et de valoriser les expériences individuelles et collectives des acteurs qui gèrent et vivent au quotidien la reconstruction du territoire : élus, techniciens des collectivités, agents des services de l’états, entreprises, habitants.

 

 

Digue du Port de Fort Louis à Saint-Martin (source : Cerema)

 

Aider les acteurs locaux à préparer le relèvement de leur territoire

 

A court terme, cette approche participative vise à contribuer au relèvement du territoire, par l’amélioration de l’organisation et de la communication entre les décideurs locaux, les gestionnaires d’infrastructures et les habitants des secteurs exposés à des risques naturels.

En amont de futurs catastrophes ici ou ailleurs, ces échanges alimenteront également l’élaboration d’outils et de méthodes pour anticiper : l’organisation des acteurs en charge de la reconstruction, l’association des populations au processus de reconstruction, et la reconstruction physique des infrastructures endommagées.

L’ambition de l’équipe, via ce projet, est de contribuer directement à outiller les acteurs locaux de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, et plus largement des Antilles, tout en diffusant les enseignements au niveau national.

 

Le projet Relev doit permettre de contribuer à l’élaboration d’une méthode d’anticipation de la gestion de la reconstruction post-catastrophe à l’échelle territoriale, et de définir les modalités d'intégration des risques naturels au sein des processus d'aménagement des territoires permettant un développement économique et durable.

 

Les premiers enseignements

Les analyses effectuées mettent en évidence plusieurs points clés facilitant la reconstruction post-catastrophe, mais révélant également des difficultés pour organiser une stratégie globale de réduction de la vulnérabilité :

  • L’existence d’une structure organisationnelle unique qui coordonne les mesures de reconstruction, gère l’organisation de la reprise et réaffecte les fonds sur les zones sinistrées (Délégation interministérielle à la reconstruction des îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy). Cette organisation existe sur une durée limitée à environ 2 ans et participe avant tout à la remise en fonctionnement du territoire.
  • L'exposition de vies humaines constitue un critère majeur d'acceptation sociale des changements : par exemple, les 23 décès dans le Gard en 2002 ont justifié les relocalisations engagées sur les communes de Collias et Sommières.
  • La récurrence de catastrophes naturelles successives (Quimperlé inondée en 2000, 2001, 2013 et 2014).

Un article signé Gwenaël Jouannic, chargé de recherche chez CEREMA 


Modéré par : Alice Dupuy

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