#3 - Les processus d’innovation : tour d'horizon

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Publié par Ofer attali

 L'innovation… ou plutôt les innovations. La mise en place d’une démarche d’innovation permettant, entre autres choses, de concevoir la ville et les bâtiments du futur, nécessite de bien comprendre de quoi il s’agit quand on parle d’innovation. Il faut tout d’abord noter que l'innovation ne requiert fondamentalement ni responsabilité, ni diplôme, ni talent ce qui en fait naturellement une démarche ouverte et participative, sans vouloir en faire pour autant une démarche simpliste. Elle est le fruit d'une combinaison subtile qui intègre de l'expérience, du bon sens, de l'observation et de l'intuition. Un fruit aux mille saveurs qui cachent de nombreuses subtilités selon le degré et le type qu'on veut bien lui donner. Tour d’horizon …

Les différents degrés d'innovation

La définition la plus académique de l'innovation provient du manuel d’Oslo. C'est un document à l’initiative de l’OCDE qui la définit comme “la mise en oeuvre d’un produit, d’un service ou d’un procédé nouveau ou amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques d’une entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures.”

C'est une définition qui n'a pas pris une ride malgré les évolutions liées à sa nature protéiforme. On évoque traditionnellement deux grands types d’innovation. Celle qui est incrémentale et celle qui est en rupture (ou disruptive selon l’anglicisme à la mode). Mais les modèles évoluent selon la valeur créée, les choix technologiques, la prise de risque et le type de marché.

L’innovation incrémentale

C’est une nouveauté apportée à un produit ou à un service existant, qui l’améliore sans le transformer en profondeur. C'est un changement qui ne transforme rien, mais qui améliore l'existant avec une prise de risque très minime. Les innovations incrémentales peuvent concerner un produit existant que l'on fait évoluer, ou un produit nouveau créé à partir d'un produit existant auquel on adjoint une nouveauté.

L’innovation de rupture

C’est une nouveauté importante qui modifie un produit ou un service en profondeur et qui transforme un marché existant en créant une valeur nouvelle. L'innovation de rupture consiste ainsi à développer un produit ou un service susceptible de créer un nouveau marché et une nouvelle demande. Une innovation de rupture est une démarche qui prend du temps, qui nécessite d'accepter de rentrer dans une approche itérative d'essais-erreurs et qui, la plupart du temps, ne se base pas sur des études de marché ou des analyses des besoins, mais sur une observation ou une intuition. Le but étant d'avoir une idée nouvelle que personne n'attendait.

Si toutes les innovations de rupture ne sont pas des succès, en raison du fort potentiel d'échec lié à la nature de l'innovation, elles font partie intégrante de la culture innovante d'une entreprise. En la matière, le risque est élevé, tout comme son retour sur investissement.

L’innovation adjacente

C'est une stratégie qui consiste à innover pour prolonger la durée de vie d’un service ou d’un produit. Cette forme d’innovation permet de porter une offre existante sur un autre marché auquel elle n’était pas initialement vouée. L'innovation adjacente décloisonne les marchés et permet de transposer un savoir-faire (en l'adoptant à la marge) dans un environnement nouveau. Cela peut être le cas lorsqu'une offre destinée au grand public se développe dans le monde professionnel par exemple. Ou alors que sur un même marché global, une entreprise se développe sur un segment nouveau.

L’innovation transformationnelle

C'est un système qui contribue à transformer durablement un secteur d’activité par une mutation profonde de l’existant, l’élimination des anciens modèles et la création de nouvelles approches. Une innovation de cette puissance est rare et impose par ricochet d’importants changements économiques, sociologiques et consuméristes. C’est une innovation qui s’inscrit sur un laps de temps long (généralement plusieurs années), car elle nécessite l'adaptation progressive de tous les acteurs à cette nouvelle norme.

L’innovation radicale

Elle se situe à la frontière entre l’invention et l’innovation. Non seulement elle transforme et améliore radicalement un usage ou une habitude, mais en plus, elle engendre un tout nouveau système économique. C'est le genre d’innovation qui se compte sur les doigts d’une main au cours du siècle écoulé. Dans l'histoire, les innovations radicales ont conduit à des bonds technologiques et civilisationnels, comme ceux connus après l’invention de l’imprimerie qui métamorphosa la transmission du savoir. Du XVe siècle au XVIIe siècle, les compas, astrolabes, boussoles et autres progrès techniques de navigation et de cartographie ont contribué à la découverte puis à l'exploration de nouvelles terres par les Européens. Plus proche de nous, on peut évoquer les grands progrès médicaux (pénicilline, vaccination, séquençage du génome humain) ou la création de l'avion à réaction qui révolutionna le transport et l’aviation militaire. L’innovation radicale nécessite de la chance, des investissements conséquents et un travail de recherche fondamentale important. 

Pour mettre en place une démarche d’innovation, collaborative, fructueuse et performante, permettant d’inventer la ville et les bâtiments de demain, il faut adopter une approche « user centric ».

Qui mieux que celles et ceux qui devront évoluer dans ce nouvel environnement modernisé peuvent en définir les contours pour ensuite participer à sa réalisation ? C’est tout l’enjeu des dispositifs participatifs d’innovation qui permettent d’associer grâce au digital tous les acteurs institutionnels, promoteurs et individuels afin qu’ils puissent inventer ensemble l’habitat du futur.


Un article signé Ofer Attali, CEO de AYNO, la plateforme d'intelligence collective.

Site internet de AYNO

Modéré par : Alice Dupuy

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