Passer du Smart Building à la Smart City

Parce qu'il est connecté, le Smart Building tend à devenir une plateforme de services multiples contribuant à le valoriser. Dans son prolongement, la Smart City apporte le continuum de services à l'usager(consom'acteur) à l'échelle du territoire. Sur fond d'économie collaborative, cette mutation induit de nouveaux métiers autour de ces services. Si l'énergie au même titre que la mobilité et la santé en sont le moteur,  la donnée en est l'élément central et sa gouvernance devient un sujet majeur. Qui assurera la régie de la donnée en toute confidentialité et sécurité? Cet enjeu attise de nombreuses convoitises et peut représenter une opportunité pour les collectivités.

Si l'on peut considérer le  Bâtiment comme notre 3ème peau... c'est parce que nous y passons généralement plus de 75 % de notre temps. Or au même titre que nous sommes aujourd'hui presque tous connectés, le bâtiment tend à l'être aussi. Le vecteur de cette connectivité est  l'internet qui en devient de facto le 4ème fluide au même titre que l'eau, le gaz ou l'électricité. Par là même il est impacté par les lois régissant le numérique, soit soumis à des cycles plus courts sur fond de mutualisation et partage. Cela ne signifie pas qu'il faudra changer de bâtiment tous les 3 ans comme on change de téléphone mais les  concevoir ou les rénover en s'appuyant sur  des systèmes et infrastructures capables de s'adapter à cette évolution à moindre coût sous peine d'obsolescence. C'est à cette évolution majeure que s'est attachée  la Smart Building Alliance for Smart Cities (SBA) au travers de  son référentiel Ready2Services qui distingue le lot "Smart" en 3 couches distinctes et dissociables, comprenant les équipements avec capteurs et actionneurs, l'infrastructure de communication IP et les applications cloud, l'ensemble devant reposer sur des standards ouverts et interopérables. C'est à cette condition incontournable que le bâtiment dit intelligent deviendra Smart, véritable plateforme de services avec à la clé un impact direct sur sa valorisation.  Ainsi à  l'instar de l'industrie automobile qui  parle désormais de mobilité et de services autour de la mobilité, l'industrie du bâtiment doit changer de modèle  pour proposer désormais des services autour d'espaces pluriels, multi-usages. Avec le numérique nous passons de l'ère de la propriété à l'ère de l'usage. Cette mutation rapide et fondamentale tirée entre autres par les générations qui ont grandi avec le numérique va profondément marquer notre société.

Cette (R)évolution en marche s'est accélérée en 2016 avec la conjonction de plusieurs facteurs. Tout d'abord l'usager est demandeur. En effet son environnement est de plus en plus connecté, à commencer par l'automobile et il ne va bientôt plus comprendre pourquoi le bâtiment reste aussi étanche à toute forme de connectivité et d’intelligence adaptative. Certains signaux ne trompent pas, comme par exemple l’arrivée de l’icône « MAISON » sur la nouvelle version de l’IOS de l’iPhone qui ne peut que contribuer à accélérer cette prise de conscience. Il y a ensuite un enjeu financier majeur qui va contribuer à accélérer cette mutation. En effet, un bâtiment Smart est beaucoup plus efficient et cette efficience a un impact direct sur sa valorisation. Les foncières l'ont bien compris avec la nécessité de rénover leur parc dans les 3 à 5 années à venir au risque de subir une  dévalorisation significative. En s'appuyant sur une infrastructure Ready2Service mutualisant plusieurs services tels que la gestion de l'énergie, la maintenance & l' exploitation, la gestion des espaces, la gestion du bâtiment et services généraux, la santé et le bien être, les services aux occupants, le bâtiment passe d'un centre de coût à un centre de profit, condition pour procéder à la rénovation massive de tous les bâtiments en France sans passer par des subventions ou autres incitations financières.

Bien entendu, pour l'usager, cet environnement SMART ne doit pas se limiter au Bâtiment. Il doit s'étendre au territoire en apportant une continuité de service à l'usager grâce à l'interopérabilité et l'ouverture des systèmes mis en place. Ainsi au même titre que le Bâtiment, le Territoire doit lui même être Ready2Services. C'est fondamental pour assurer la pérennité des systèmes et solutions mises en place et gagner la confiance à la fois des investisseurs et des usagers. Dans ce contexte l'énergie avec le Smart Grid est un trait d'union entre le Smart Building et la Smart City. Alors qu'avec le développement du véhicule électrique et la nécessité de réduire nos émissions de CO², il devient urgent de penser "Bâtiments et Territoires Autonomes" ce qui sous entend une énergie décentralisée et décarbonée et un arbitrage permanent entre les différents réseaux. Pour cela il faudra pouvoir disposer en temps réel d'informations telles que la consommation énergétique d'un Bâtiment à un instant T, sa propension à s'effacer, sa capacité à produire localement de l'énergie, à la stocker et à la mettre à disposition et ceci dans quelle proportion, à quel instant et sur quelle période de temps... Cela représente une masse considérable de données que seuls des algorithmes complexes reposant sur de l'intelligence artificielle pourront traiter pour autant qu'elles soient accessibles et disponibles sous un format standardisé. 

La SBA travaille sur ce pré requis au travers de son référentiel Ready2Grid, l'objectif étant que les bâtiments sortant de terre aujourd'hui ou devant être rénovés, soient tous Ready2Grid au même titre qu'ils sont ou seront Ready2Services pour une parfaite intégration au SmartGrid et à la SmartCity. Comme pour le Smart Building, les technologies sont là et les modèles éprouvés. L'efficience dégagée permet largement de justifier les investissements et de passer du stade du POOC (Proof of Concept) au déploiement en masse pour autant que les systèmes mis en place répondent aux critères d'ouverture et d'interopérabilité tels décrits dans les référentiels Ready2Services et Ready2Grid. Dans le contexte économique actuel plutôt atone, le Smart Building et la Smart City représentent certainement une des meilleures opportunités de placement pour les prochaines années pour tout investisseur privé ou public.

Cela  nécessite bien entendu de repenser les modèles économiques en s'inscrivant dans une logique de services dans laquelle l'usager sera à la fois producteur et consommateur. Alors que de nouveaux modes de financement ou de transaction tels que le tiers financement ou la Blockchain émergent, il est fondamental que le législatif puisse accompagner cette transition. En effet des modèles alternatifs apparaissent aujourd'hui, sur fonds d'économie participative, et permettent, en s'appuyant sur le numérique, la mutualisation des équipements et systèmes, en vue d'une massification. Ces modèles alternatifs aux modèles de financements traditionnels, sans nul doute beaucoup plus agile, peuvent  permettent de faciliter la transition vers le Smart Building et la Smart City. Ils touchent aussi bien  l'énergie que tous les services autour du Smart Building et de la Smart City. Dans la foulée un grand nombre de métiers vont devoir évoluer pour porter et garantir ces nombreux services portés par "l'opérateur de services" au Smart Building et à la Smart City.

De grands acteurs issus entre autre de l'énergie, des télécom, de l'informatique, des automatismes, du Facility Management voire de la promotion immobilière essaient de se positionner sur ces nouveaux métiers. A l'heure du numérique et donc de la globalisation, il est vraisemblable que d'autres nouveaux acteurs issus de la mobilité, de la santé ou de l'assurance y trouvent également leur légitimité. Dans tous les cas, si le service de proximité est incontournable, la gestion de la donnée est bien le dénominateur commun.  La capacité à traiter des données multiples étant de fait un critère majeur. La collecte, le stockage et le traitement de la donnée deviennent une fonction essentielle du Smart Building et de la Smart City. Cela intègre bien entendu la sécurité et la confidentialité, conditions primordiales à la confiance des usagers et donc préalable à toute massification.

Une opportunité se dessine à l'horizon pour les collectivités locales ou à plus petite échelle les ASL (Associations Syndicales Libres) qui peuvent se présenter auprès de leurs administrés comme tiers de confiance en assurant la gestion des données et l'agrégation des nombreux services en découlant. Cette évolution sous entend à terme une nouvelle organisation du territoire. Plus décentralisé, plus proche des administrés. L'évolution inéluctable du travail, sous l'impact du numérique, vers une plus grande flexibilité prenant forme au travers du télétravail ou du statut de travailleur indépendant devrait contribuer à accompagner cette tendance grâce à l'émergence de centres de coworking qui devraient ensuite évoluer vers des tiers lieux multi-services intégrant entre autre une conciergerie, point de convergence de nombreux services autour d'un bâtiment ou d'un quartier.

D'une manière générale, avec le concours du numérique il devient désormais possible pour notre société d'évoluer vers une organisation plus en réseau, décentralisée, où l'individu prend une place centrale, à la fois consommateur et acteur. Informé en temps réel sur son environnement et sur les conséquences de ses actes il passe de l'état de citoyen "assisté" à celui de "citoyen responsable "ou coresponsable. Il prend le temps d'aller vers les autres et en s'appuyant sur des tiers lieux il renoue des liens sociaux avec son entourage tout en disposant d'un accès élargi à des services de proximité.

Cette mutation de notre société doit prendre corps au niveau du Smart Building et s'étendre à la Smart City. L'énergie, la mobilité et la santé sont indéniablement les principaux  moteurs de cette transition, pour plus d'efficience, de bien être et une meilleure cohésion sociale.

Emmanuel François
Président de la Smart Building Alliance for Smart Cities

@EM_Francois1


Modéré par : Sylvain Bosquet

Autres actualités dans "Opinions"

Feuille de route sur le climat : le gouvernement doit passer à l’action

Publié le 21 juin 2017 - 09:34

Le Réseau Action Climat France, et toutes les ONG qui le compose, appelle le Président de la République à concrétiser sa volonté d’aller plus loin et plus vite dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques, au sein (...)

SLIME : un outil indispensable pour les collectivités qui souhaitent lutter contre la précarité énergétique

Publié le 20 juin 2017 - 07:36

Depuis 2013, le CLER coordonne le programme SLIME (Service local d’intervention pour la maîtrise de l’énergie) de lutte contre la précarité énergétique. Mis en œuvre localement par plus d’une trentaine de collectivités locales, il (...)

Filière construction bois : la fin de l'Arlésienne ?

Publié le 16 juin 2017 - 11:03

Le BTP est concerné par les enjeux liés au changement climatique, d’un point de vue micro comme macro : développement de l’autoconsommation, performance énergétique des bâtiments, développement de la voiture électrique, projets d’infr (...)


Commentaires





Recherchez parmi les Actus

Entrez votre propre mot-clé




Autres actualités



Catégories


Articles les plus lus