Opérations d’aménagement urbain, renforcer les objectifs énergie-climat

Les opérations d’aménagement urbain, véritables laboratoires des villes offrent la possibilité de tester les innovations pour répondre à l’enjeu du dérèglement climatique. Quels sont les nouveaux outils de planifications, ou outils opérationnels, les nouvelles démarches, nouveaux métiers pour renforcer le volet énergie - climat des opérations et fabriquer la ville neutre en carbone ? C’est l’objet de ce dossier thématique de la rentrée.

Réduire la consommation énergétique et les émissions de CO2 des villes en pleine croissance est un enjeu de taille. Le projet Urban Learning a associé sept villes européennes, dont Paris, autour de cette question avec l’objectif de renforcer la prise en compte de l’énergie dans les projets d’aménagements.

Avec une croissance démographique annuelle de 1-2 %, des zones équivalentes à la superficie d’une petite ville sont construites ou réaménagées chaque année.

Dans ce contexte, le succès des politiques pour le climat dépend grandement de la capacité des villes à promouvoir des aménagements sobres en carbone. En effet, les choix effectués aujourd’hui en matière d’aménagement auront des effets pour les 20 à 50 prochaines années (et au-delà). C’est donc dès aujourd’hui qu’il faut prévoir les villes de demain !

Dans le cadre du projet Urban Learning, l’accent est mis sur les processus de gouvernance liés au projet d’aménagement en cours ou réalisés. L’un des principaux objectifs du projet Urban Learning est d’améliorer la compréhension du processus de gouvernance des projets d’aménagement dans chacune des villes partenaires, afin d’optimiser l’intégration des enjeux de transition énergétique dans les projets d’aménagements urbains caractérisés par une temporalité longue et l’implication d’une pluralité d’acteurs.

Au-delà de nouveaux outils et instruments dont certains seront présentés dans ce dossier thématique, le pilotage et la gouvernance revêtent un caractère essentiel. Des pistes d’amélioration de ce processus de gouvernance, dont certaines sont déjà en cours d’expérimentation sont proposées.

De nouveaux outils en matière de planifications urbaines et d’énergies

Définir des objectifs clairs et partagés en matière d’énergie (plan climat) et assurer des passerelles, des liens avec les autres documents stratégiques du territoire et politiques publiques connexes est un préalable important au projet urbain. La pluralité des documents de planifications opposables ou pas, plans d’actions thématiques (plan d’alimentation durable, plan de mobilité, plan pluie, plan biodiversité, PLU, stratégie d’adaptation, stratégie de résilience, économie circulaire, plan de gestion des déchets, stratégie ville intelligente, etc. ) déclinés parfois aux différentes échelles territoriales implique d’établir clairement des liens entre eux pour assurer la cohérence et faciliter les arbitrages opérationnels en faveur de l’abandon des énergies fossiles et de la réduction drastique des émissions de CO2. Le schéma d’articulation des politiques publiques à Paris témoigne de cette complexité. Les documents d’urbanisme non contraignants, informatifs et incitatifs comme les chartes et cadastres solaires par exemple, impliquent également pour s’assurer d’une mise en œuvre efficiente, de fortes capacités d’animation de la collectivité comme le souligne le projet de recherche ASCENS présenté dans le dossier thématique.

Relier les niveaux stratégiques et opérationnels et intégrer la question énergétique à l’ensemble du processus de planification est une seconde piste de travail pour optimiser l’intégration de l’énergie dans les projets urbains. Pour que la stratégie devienne opérationnelle, la collectivité locale doit intégrer dans ses missions et celles de ses opérateurs (aménageurs, concessionnaire des réseaux d’énergie…) des mesures concrètes permettant d’atteindre les objectifs fixés. Le traité de concession de Bercy-Charenton à Paris présenté dans ce dossier thématique va dans ce sens ou encore les nouveaux schémas directeurs de l’énergie qui doivent faciliter la prise en compte du mix énergétique dans les outils de planification urbaine.

Le projet Urban Learning a synthétisé sous forme schématique les éléments à renforcer ou à créer à chaque étape du processus d’aménagement pour optimiser l’intégration des questions énergie-climat. (Voir le schéma page 7 de la synthèse du projet Urban Learning). Ainsi dans le cadre de l’étude Urban Learning différents instruments de planifications, opérationnels, numériques sont présentés pour optimiser la prise en compte de l’énergie dans un projet urbain qui seront présentés dans un article dédié de ce dossier thématique et/ou développés ou illustrés dans d’autres contributions de ce dossier.

Nouveaux instruments numériques pour assurer le confort et la performance énergétique dans le temps

En phase conception des projets, de nouveaux outils numériques se développent à l’initiative des maîtres d’ouvrage avec l’ambition de disposer de données énergétiques pour enrichir les systèmes d’information géographique et des maîtres d’œuvre pour assurer la traçabilité, l’optimisation de la conception du bâtiment ou du projet urbain, de sa réalisation et de son exploitation.

Pour les maîtres d’œuvre c’est par exemple le cas du BIM, outils numérique de modélisation des informations du bâtiment qui pourra faciliter l’aide à la décision, et servir de mémoire de la vie du bâtiment. En tant qu’outils de suivi opérationnel d’un projet, il permet de visualiser précisément les interventions de chaque corps de métier, de faciliter la coordination des intervenants in situ et ainsi optimiser l’articulation entre efficacité énergétique, confort, architecture pour assurer la performance du bâtiment ou de l’infrastructure sur son cycle de vie. Des outils intégrants un périmètre plus large, les rapports entre les autres bâtiments et leur environnement, sont expérimentés comme par exemple les outils informatiques d’optimisation de la morphologie urbaine à l’instar de l’outil MESH qui sera présenté dans ce dossier thématique. Ce dernier met l’accent sur le lien entre confort des usagers et optimisation bioclimatique en amont de la conception du projet d’aménagement. Autre exemple à lire prochainement dans ce dossier, l’équipe conseil spécialisée en aménagement urbain et énergie missionnée sur la ZAC Saint-Vincent-de Paul réalise dans le cadre d’une approche d’open innovation un bilan carbone sur le cycle de vie complet du quartier en vue d’identifier les leviers pour atteindre l’objectif de neutralité carbone. En phase d’exploitation, après la livraison des projets d’aménagement urbain, les villes ont désormais besoin d’outils permettant de suivre les performances énergétiques des projets urbains.  C’est également l’objet du projet CoRDEES, dont l’ambition est de développer un smart grid  à l’échelle de la ZAC Clichy-Batignolles que nous présentera l’aménageur PBA dans le cadre de ce dossier thématique  et pour lequel les énergéticiens mettent à disposition leurs données comme en témoignera par exemple ENEDiS.

D’autres projets sont à découvrir comme l’Atlas énergétique d’Amsterdam qui sont développés et présentés dans le cadre du projet Urban Learning.

De nouveaux métiers pour accompagner cette transition : facilitateur énergétique et éco-gestionnaire

La maîtrise d’usage, est un enjeu majeur pour respecter les objectifs de performance environnementale qui ont été fixés pour le projet d’aménagement Clichy-Batignolles à Paris. Accompagner les usagers et les habitants dans leur appropriation de ce nouveau quartier et des bâtiments, notamment sur les questions énergétiques est indispensable. Le métier de facilitateur énergétique a vocation à être expérimenté en ce sens et devra, entre autres, fournir des recommandations techniques pour la transition énergétique, guider les usagers vers de nouvelles pratiques, coordonner et créer de nouveaux services dans le quartier, ou encore assurer la relation avec l’aménageur. L’exemple du projet CoRDEES présenté dans ce dossier thématique développe ainsi de façon empirique un nouveau modèle de gestion et gouvernance locale. Le métier d’éco-gestionnaire sur lequel l’Agence Parisienne du Climat a travaillé avec la ville de Paris élargit le volet énergétique pour piloter au sein de programmes d’aménagements ou de rénovation un ensemble de services mutualisables et collaboratifs à l’échelle d’un quartier en matière d’énergie, de mobilité, de santé, de végétalisation, etc.). Icade qui a piloté cette réflexion dans le cadre de la mission Ville intelligente et durable de la ville de Paris présentera les modalités de mise en œuvre de ces services d’intérêt collectif à partir d’un cas concret parisien.

Appréhender les projets urbains par le prisme de l’économie circulaire et de la résilience urbaine

De nouveaux sujets comme la conception des projets urbains intégrant les pratiques d’usage des ressources issues de l’économie circulaire (éco-conception, recyclage, réemploi, réparation… ) ou encore la prise en compte du concept de résilience énergétique et urbaine,  réinterrogent les processus d’aménagement eux-mêmes la chaîne de valeur et l’articulation même entre différents projets d’aménagement sur un territoire.

La capacité à anticiper les crises énergétiques et événements climatiques extrêmes comme les inondations et l’augmentation des épisodes caniculaires dont la ville devra s’attendre à faire face désormais de façon plus fréquente et plus intense invite à appréhender les projets d’aménagement dans une logique de production d’impacts positifs, de co-bénéfices et de fortes capacités d’adaptation à des conditions extrêmes de moins en moins inattendues.

La mise en visibilité des signaux faibles, des solutions et nouvelles pratiques d’aménagement, des acteurs innovants et engagés pour la transition énergétique à Paris et en métropole est la vocation de l’Agence Parisienne du Climat. Ce dossier thématique conçu comme une boîte à outils, est loin d’être exhaustif et appelle de nombreuses autres contributions. Aussi, pour aller plus loin, l’Agence Parisienne du Climat invite les professionnels de la construction et la rénovation, les aménageurs, promoteurs, chercheurs à participer aux groupes de travail de la communauté  des acteurs de l’Immobilier durable, construction et aménagement pour accélérer la transition énergétique parisienne dans ces secteurs.

Edito rédigé par Cécile Gruber, directrice communication & transitions à l’Agence Parisienne du Climat.

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Modéré par : Alexia ROBIN

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