Normalisation du BIM, une manière de structurer le marché avec confiance

Lorsque que l’on parle de normalisation, beaucoup de professionnels « tiquent » y voyant probablement plus de contraintes que d’avantages. Et pourtant ! Le monde du BIM est une parfaite démonstration de l’intérêt des normes. En effet, une des conditions de la généralisation du BIM en France - à tous les acteurs de la Construction - réside dans les normes. Leur mise au point nait notamment des travaux sur l’openBIM de la communauté buildingSMART. D’ailleurs le sommet technique de buildingSMART - association internationale de pré-normalisation du BIM – va se tenir à Paris fin mars avec une journée d’ouverture – l’International openBIM day le 26 mars (programme : http://www.mediaconstruct.fr/sinformer/agenda-du-bim/udt_812_param_detail/8940 ).  A cette occasion et afin de mieux comprendre le « comment » et le « pourquoi » de la normalisation du BIM dans un contexte français et international, nous avons interrogé Etienne Cailleau, responsable du pôle Environnement et Services dans la Construction, de l’Afnor.

Quel est le rôle de l’Afnor dans la normalisation du BIM ?

La norme est un outil coproduit collectivement d’application volontaire. Ce sont les acteurs du marché qui proposent sa création, l’élaborent par consensus au sein d’un collectif de travail dédié (les commissions de normalisation), la valident et l’appliquent. Dans ce contexte et dans le cas particulier du BIM, Afnor est la garant de la bonne mise en œuvre du processus de normalisation. Les normes volontaires sur le BIM sont développées dans la commission de normalisation « Maquettes numériques dans la construction (BIM et autres applications) » qui est peut-être plus connue sous le sigle de CN PPBIM. De façon plus concrète, le rôle de l’Afnor est d’impliquer les acteurs de la construction dans la commission de normalisation puis de coordonner ces acteurs lors de la co-construction des documents normatifs ou des positions françaises dans les structures internationales de normalisation.

Sur quels sujets travaillez-vous ? Est-ce que la normalisation du BIM dépasse le bâtiment ? Et si oui quels sont les autres sujets et leurs enjeux ?

La CN PPBIM a pour vocation d’établir des référentiels relatifs à l'implémentation du BIM dans le secteur de la construction pour l'intégralité du cycle de vie de l’ouvrage ce qui induit effectivement un domaine d’application plus large que le bâtiment. De fait, l’ambition est très grande puisque ces travaux ont vocation à développer un écosystème numérique de confiance permettant ainsi l'interopérabilité des outils et logiciels. Cette ambition se traduit de façon opérationnelle par le développement d’outils – ou normes volontaires – pour les acteurs de la construction (y compris les plus petits) ; le tout, en préservant le jeu d’acteurs actuel. La normalisation sur le BIM touche ainsi de nombreux sujets allant notamment de la constitution d’un dictionnaire de données aux formats d’échanges en passant par les processus collaboratifs.

Est-ce un rôle exclusivement français ? Pourquoi est-ce important de « jouer » à l’international ?

Aujourd’hui, 90% des normes volontaires sont d’origine internationale. Le rôle de la commission de normalisation PPBIM est donc non seulement d’élaborer des documents normatifs adressant des besoins français spécifiques mais aussi de consolider les positions françaises au sein des structures de normalisation européennes (CEN) et internationales (ISO). Il est d’ailleurs important de noter que les normes développées au niveau européen par le CEN (EN) doivent être reprise de façon identique par chacun des membres du CEN. Les normes volontaires sur le BIM n’échappent pas à cette logique et les membres de la CN PPBIM s’impliquent fortement dans ces développements.

Est-ce possible d’avoir du Bottom-up dans le cadre de la normalisation ? Existe-t-il un cas français ?

Tout à fait, dans le processus de normalisation, les propositions de nouvelles normes doivent-être proposées par un membre de la structure de travail. La norme expérimentale XP P07-150 fait d’ailleurs l’objet, sur proposition et leadership français, d’un développement européen et potentiellement international. L’expérience française sur cette thématique a non seulement permis de promouvoir le savoir-faire français dans un document structurant pour la mise en œuvre du BIM mais de se positionner comme un des leaders au sein des comités techniques dédiés CEN et ISO.

A l’inverse, est-ce qu’il existe un exemple de top-down ?

Le processus inverse est également observé et permet à la France de bénéficier de l’expérience collective ; c’est notamment le cas pour les IFC ou norme NF EN ISO 16739. Les normes volontaires étant revues systématiquement au moins tous les 5 ans, il est toujours possible pour les acteurs français d’influer sur ces outils pour qu’ils soient aux plus proches des pratiques et des besoins.

Est-ce que toutes les normes du BIM sont obligatoires sur le territoire français ?

La réponse est clairement non : la normalisation est une démarche volontaire. Lancée à l’initiative des acteurs du marché, la norme volontaire est le fruit d’une co-production entre les professionnels et acteurs ayant perçu le bénéfice qu’il y a pour leur marché et qui choisissent de s’engager dans leur élaboration. De façon générale, 99 % des normes sont d’application volontaires.

Alors pourquoi les professionnels devraient s’intéresser à la normalisation du BIM ?

Les normes volontaires ayant, par nature, vocation à structurer les marchés et que l’écosystème numérique dans le monde de la construction est en cours de construction. La participation des professionnels français consiste notamment à s’assurer que leurs attentes et besoins soient bien pris en compte dans ces développements mais peut-être aussi vue comme une opportunité de partager ses meilleurs pratiques ; car oui, la normalisation est une activité guidée par l’intérêt général !

Est-ce que la normalisation du BIM comme levier de généralisation du BIM est une spécificité française ?

L’ambition d’introduire de la confiance dans l’écosystème numérique de la construction constitue effectivement un levier de généralisation du BIM ; cette ambition se retranscrit d’ailleurs clairement dans un des 3 objectifs majeurs du Plan de Transition Numérique du Bâtiment (PTNB) qui en fera d’ailleurs état lors de l’International openBIM day le 26 mars organisé par buildingSMART France-Mediaconstruct (programme http://www.mediaconstruct.fr/sinformer/agenda-du-bim/udt_812_param_detail/8940 )

Notes

  • *XP P07-150 Propriétés des produits et systèmes utilisés en construction - Définition des propriétés, méthodologie de création et de gestion des propriétés dans un référentiel harmonisé
  • ISO 16739 Classes de fondation d'industrie (IFC) pour le partage des données dans le secteur de la construction et de la gestion des installations
  • Pour en savoir plus sur la commission de normalisation « Maquettes numériques dans la construction (BIM et autres applications) » : https://norminfo.afnor.org/structure/afnorppbim/maquettes-numeriques-dans-la-construction/91249

 

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