Nicholas Rajkovich, l’homme qui voulait rendre la construction enfin résiliente

Publié par Matthieu Lerondeau
Nicholas Rajkovich dirige le Resilient Buildings Lab, laboratoire de recherches de l’Université de Buffalo qui se consacre à des travaux sur l’ingénierie et l’architecture de bâtiments « future-proof», c’est-à-dire adaptés aux nouveaux enjeux climatiques. Son fait d’arme : il vient de frapper un petit coup médiatique en affirmant dans une récente tribune que « d’après nos recherches, le parc immobilier américain pourrait ne pas être préparé aux futures tempêtes et inondations liées au [changement climatique] »

Les risques climatiques, rebâchés… mais méconnus

Depuis 2012 au moins, le GIEC le documente les risques climatiques : la fréquence, l’intensité et la durée des épisodes climatiques extrêmes se sont accrus depuis 1950, et sont, de même que leurs dommages humains et économiques associés, amenés à croître drastiquement. 

En France métropolitaine, comme le synthétise un rapport de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc) de 2018, ce triple accroissement concerne particulièrement les vagues de chaleur estivale. D’ici 2100, nous connaîtrons « des sécheresses agricoles quasi continues et de grande intensité », inédites par rapport à ce que nous connaissons. Enfin, il existera davantage de risques de submersion marine, d’effets d’érosion littorale, des risques d’incendies de forêts plus étendus, des épisodes pluvieux extrêmes plus intenses. 

Notre connaissance de ces enjeux continue de s’approfondir : le nombre de personnes concernées par la montée des eaux d’ici 2050 vient tout juste d’être réévalué – et multiplié par trois, pour atteindre 1 million rien qu’en France, 300 millions dans le monde. Alors faut-il (encore) les rappeler ? En un mot : oui ! Car d’après une étude (co-)menée par Nicholas Rajkovich auprès des professionnels de la construction de l’État de New York, ces derniers sont conscients des impacts climatiques potentiels, mais continuent, dans une grande majorité, à supposer que les conditions météorologiques du futur « ressembleront à celles du passé ». Et leurs efforts, quand ils existent, se portent sur l’efficacité énergétique mais négligent la résilience, pour des raisons qui ont trait à la fois à un manque d’information, à des standards obsolètes (DTU par exemple) ou à un soutien limité de leurs clients…

Stratégies de résilience cherchent leadership et ressources

Dernier facteur limitant, et non des moindres : celui des ressources, humaines et financières, qui permettraient à la fois de mieux saisir les enjeux et de mettre en œuvre des réponses adaptées. Car la résilience – concept devenu clé pour les infrastructures comme pour les territoires – regroupe de multiples dimensions : capacités à la fois d’anticiper et de supporter les effets d’un phénomène dangereux, mais aussi de s’en relever. Elle nécessite aussi, dans sa mise en œuvre, moins des moyens conséquents que des changements conséquents d’attitude, de perception et de conception. 

Rajkovich observe que ce vaste travail de « réévaluation » de nos pratiques de design, de construction et de gestion est à l’œuvre dans le secteur du bâtiment, sous l’impulsion notamment des autorités – voir par exemple les guidelines de conception résiliente des bâtiments édités par New York City. De manière souvent éparse, de nouvelles approches émergent. Parmi elles, le « wet floodproofing » vise à concevoir des structures pour que les eaux de crue puissent y pénétrer sans dommage (matériaux résistants, protection des équipements, gestion adaptée des ouvertures, etc.) ; et la « survivabilité passive », développe le maintien des équipements critiques pour la survie des habitants en cas d’événement extrême, comme les systèmes d’aération. Encore faut-il, tant pour le neuf que dans la rénovation et en particulier pour les équipements collectifs, mener cette bataille, flécher les investissements, former les architectes et ingénieurs à ces enjeux. 

Nicholas Rajkovich ne désespère pas de ce changement systémique, mais en appelle au leadership des professions du bâti : pour faire progresser le secteur, les leaders doivent modifier leurs documents contractuels, leurs systèmes d’évaluation, leurs normes de conception. Alors, serons-nous bientôt prêts ?

Pour aller plus loin sur le sujet, nous vous invitons à lire ou relire notre Emerging Trend : Penser et construire des infrastructures résilientes au risque climatique

 

Article publié sur Leonard - Vinci
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Modéré par : Alice Dupuy

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