#12 - Les reseaux de transport face au changement climatique : Quelles solutions?

Publié par Marie Colin

L’organisation d’un territoire repose aujourd’hui en grande partie sur les possibilités de déplacements : l’accès aux centres commerciaux, aux hôpitaux, aux écoles et aux zones d’emploi est indispensable pour la vie quotidienne de ses habitants, tandis que leur vie économique dépend des déplacements touristiques, des transports de marchandises, etc. Les réseaux qui permettent ces déplacements – en transport en commun ou en véhicules privés – sont variés : réseaux routiers, ferroviaires, maritimes et fluviaux ou encore, aéroportuaires.

 

Les réseaux de transport sont vulnérables face au changement climatique, les territoires aussi !

 

Mais, ces réseaux de transport doivent régulièrement faire face à des événements tels que les inondations, tempêtes, mouvements de terrain. Des perturbations plus ou moins importantes en résultent pour les territoires : les inondations peuvent détruire des routes et voies ferrées et bloquer certains accès pour de longues durées ; les chutes de neige ralentissent le trafic ; les tempêtes peuvent bloquer temporairement les liaisons aéroportuaires ; et sur le long terme, les précipitations ou les cycles de gel-dégel dégradent progressivement les infrastructures et entraînent des besoins de réparation avec parfois, des coupures d’axes…

Or, le climat change et les réseaux subiront probablement des inondations, des tempêtes, des épisodes pluvieux plus intenses ou plus fréquents. Par ailleurs, les moyennes climatiques, prises en compte dans la conception, l’entretien et l’exploitation des réseaux, vont évoluer dans les prochaines décennies : augmentation des températures, diminution des périodes de gel, etc. Les vulnérabilités des réseaux vont aussi évoluer… D’où la nécessité de les adapter, pour limiter également les impacts sur les territoires !

 

Vers plus de résilience : adapter les transports au changement
climatique

 

Pour aider les gestionnaires de transport à adapter leurs réseaux, le Cerema, un centre de ressources tourné vers l’appui aux politiques publiques dans les domaines des risques, de l’environnement, de la mobilité et de l’aménagement, a publié en 2015 une méthode d’analyse des risques encourus par les infrastructures et services de transport face aux événements climatiques, dans un contexte de changement climatique.

Sur la base des résultats de ces analyses, il est possible d’identifier les solutions d’adaptation pertinentes et de les prioriser, pour limiter les impacts à venir. Applicable au-delà des problématiques de changement climatique, cette approche permet aux gestionnaires d’améliorer les stratégies de gestion et d’optimiser ainsi les dépenses, dans un contexte budgétaire actuel de plus en plus contraint.

Mieux anticiper les risques et gérer les crises, prévenir les impacts et dégradations chroniques, anticiper et s’adapter aux nouveaux usages : tels sont les ingrédients indispensables de la résilience des réseaux de transport, dont l’adaptation au changement climatique fait pleinement partie.

 

La route D598 inondée à Pontoise-les-Noyon. Crédit : terra

Une approche pour améliorer la résilience des transports au
changement climatique

Les principales étapes de cette approche d’amélioration de la résilience des réseaux au changement
climatique consistent à :

  • Analyser l’exposition actuelle et future des réseaux au climat
  • Identifier les vulnérabilités physiques, qui dépendent des caractéristiques des
  • infrastructures et l’amplitude de leur réponse suite à un impact climatique
  • Identifier les criticités fonctionnelles des réseaux, qui dépendent des services qu’ils proposent et de leurs enjeux pour le territoire
  • Prioriser le niveau de risque sur la base des résultats précédents
  • Identifier des solutions d’adaptation
  • Prioriser les solutions, à l’aide d’analyses économiques ou multicritères
  • Mettre en place des stratégies d’adaptation, en identifiant des financements, des actions de communication et en planifiant la mise en oeuvre des solutions d’adaptation

Approche pour la résilience des transports au changement
climatique : exemples de mise en oeuvre

 

Cette approche d’amélioration de la résilience des réseaux au changement climatique a été mise en oeuvre sur différents types de réseaux, dans des contextes territoriaux variés : un réseau urbain dense au centre d’une métropole et un réseau urbain de ville moyenne (réseaux routiers et de transports en commun), deux grands ponts français, etc. Deux exemples d’application sont détaillés ci-dessous.

En 2017, le Cerema et Carbone 4, un cabinet de conseil spécialisé dans la transition énergétique et
l’adaptation au changement climatique, ont appliqué cette méthode sur une section du réseau
routier national longue de plus de 750 km, et comportant plus d’un millier d’ouvrages d’art. Le
réseau étudié est entretenu et exploité par un service déconcentré du Ministère des Transports : la
Direction Interdépartementale des Routes de Méditerranée (DIR Méd).

Par ailleurs, à la demande du Grand Port Maritime de Bordeaux, le Cerema applique aujourd’hui
cette approche aux sept terminaux du port, avec sa collaboration.

L’exposition actuelle et future de ces réseaux a été étudiée, par rapport à des événements
climatiques extrêmes ou à l’évolution des moyennes climatiques. Des données de projections
climatiques ont été obtenues à l’aide de l’outil Drias, les futurs du climat, pour différents modèles et
scénarios climatiques, dont les scénarios sans politiques supplémentaires d’atténuation (RCP8.5) et
avec quelques politiques supplémentaires (RCP4.5).

La sensibilité et la vulnérabilité de différentes infrastructures ont été étudiées sur la base d’analyses bibliographiques et de retours des gestionnaires et d’experts. Les infrastructures étudiées diffèrent dans les deux études : revêtements et structures de chaussée, ouvrages d’art tels que ponts et buses, systèmes de drainage, équipements par exemple pour la DIR Méd, et ouvrages portuaires tels que les quais, chenal, bâtiments et hangars, etc., pour l’étude portuaire. Grâce à une base de données apportant des informations détaillées sur certaines caractéristiques des infrastructures du réseau de la DIR, des facteurs de vulnérabilité ont pu être identifiés pour cette étude.


La criticité de ces deux réseaux a ensuite été évaluée, d’après des critères économiques et liés au niveau de trafic pour l’étude DIR Méd, et sur la base des différentes fonctionnalités des infrastructures portuaires: chargement/déchargement de navires, navigation, travail d’intérieur, etc., pour le Grand Port Maritime de Bordeaux.

Des niveaux de risque ont été obtenus grâce aux analyses précédemment réalisées. L’étude DIR Méd a permis la production de cartes de vulnérabilité et de criticité des infrastructures et des services de transport face à différents événements climatiques, en prenant en compte leurs évolutions à court et moyen terme. Pour l’étude portuaire, ces données sont présentées sous forme matricielle.

Analyse de risque du réseau de la DIR Méditerranée au changement climatique : exemple de résultat. Crédit : Cerema, Carbone 4

Ces résultats sont particulièrement utiles pour améliorer les politiques d’entretien et les stratégies de gestion des réseaux dans un contexte budgétaire contraint. Ainsi, la DIR Méditerranée a pu identifier des solutions d’adaptation et les prioriser, en se basant sur les résultats issus de l’analyse de vulnérabilité : étude détaillée de risques par section, mise en place de cunettes anti-mégots dans certaines zones qui seront particulièrement exposées au risque d’incendie de forêt, etc. La phase d’identification des solutions d’adaptation et de leur priorisation est en cours pour l’étude du Port de Bordeaux, les résultats seront intégrés dans le nouveau plan de gestion du port prochainement redéfini.

Un article signé Marie Colin, Responsable de projets résilience et infrastructures chez Cerema



Modéré par : Alice Dupuy

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