La biodiversité a besoin de l’urbanisme et l’urbanisme a besoin de la biodiversité

L’installation d’une nature en ville s’accélère notamment depuis le Grenelle de l’Environnement. Cette nature nous rend de multiples services aussi en milieu urbain, comme les régulations des pollutions. Elle améliore notre quotidien, les ambiances, nos rapports sociaux et notre santé. Le verdissement est en plein développement mais végétaliser comme le font les paysagistes et les jardiniers actuellement ne favorise pas toujours la biodiversité.

Les discours utilisent de plus en plus le terme de biodiversité. Pourtant nature et biodiversité n’ont pas le même sens. Pour l’écologue, la définition de la biodiversité est précise : il s’agit d’une diversité en gènes, espèces ou écosystèmes et de leurs interrelations. La biodiversité n’est pas qu’une collection d’espèces mais bien un système avec ses processus (relations dans une chaîne alimentaire par ex.). En parlant de biodiversité, il y a un abus de langage qui semble bien commode pour valoriser toute action de plantation, depuis le potager jusqu’aux murs végétalisés d’espèces exotiques. 

En ville, les espèces sont majoritairement des espèces végétales ou animales domestiques, cultivées ou horticoles. Leur présence est liée aux comportements humains d’appréciation et non de fonctionnalité. La réflexion de l’écologue est de dire que si, a priori, le pot de fleur sur le balcon n’est pas de la biodiversité, mais un être vivant isolé déplacé là, il peut cependant rentrer dans un fonctionnement de biodiversité quand un pollinisateur s’y attarde ou qu’un puceron s’y alimente. La présence d’un grand nombre d’espèces qui n’ont pourtant pas co-évolué ensemble peut donc créer une nouvelle biodiversité, si on s’appuie sur la notion de fonctionnement. Mais aujourd’hui il s’agit plutôt d’un verdissement qui peut rendre la plupart des services déjà évoqués.

L’intérêt de passer à la biodiversité est lié à une forme d’équilibre et de résistance (par exemple sanitaire ou climatique) qu’on donne alors à une plantation et ses espèces associées. Un alignement de platanes a montré son intérêt mais reste tributaire du moindre accident, comme toute culture monospécifique. Le but de reconstruire des biodiversités en ville permet donc d’envisager des successions d’espèces et un maintien des services rendus par un espace planté.

Il y a deux échelles de réflexion à mener pour permettre cette installation d’espèces. D’une part, à une échelle locale, il faut une qualité des habitats avec un choix des espèces (régionales notamment), une organisation des plantations (plusieurs strates notamment) et une gestion écologique (pas de pesticides par ex). La plupart des services des espaces verts vont bien actuellement dans ce sens : les parcs accueillent de plus en plus de flore et de faune. Mais il faut aussi, d’autre part, tenir compte de la dispersion des espèces. La mise en place de trame verte et bleue devient alors indispensable en ville aux mouvements de nombreuses espèces peu mobiles. Les projets d’urbanisme doivent donc intégrer cette composante corridor écologique reliant des zones sources d’espèces pour permettre l’installation d’un maximum d’espèces et la constitution d’une biodiversité la plus fonctionnelle possible.

Si la ville se veut durable, elle doit donc investir dans une prise en compte de la biodiversité qui rend de multiples services aux citadins et qui intègre la ville dans un fonctionnement écologique régional plus global.

Philippe Clergeau,
Professeur au Museum d'Histoire Naturelle et consultant en écologie urbaine

Pour en savoir plus :

Clergeau P. (2015) Manifeste pour la ville biodiversitaire. Apogée ed., Rennes.

Bloc-diagramme de l’unité paysagère « Val de Loire » - Joseph Isirdi

 

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Modéré par : Sylvain Bosquet

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