Isolation embarquée : bientôt obligatoire dans les travaux d’entretien standards

Annoncé pour le mois de juin, le décret sur l’obligation d’embarquer l’isolation dans les travaux d’entretien standards (ravalement, étanchéité ou réfection de la toiture…) dépendant de la Loi pour la Transition énergétique devrait engendrer davantage de rénovation. Stefano Millefiorini, expert en Efficience Energétique et Bâtiment Durable chez Rockwool, fabricant de laine de roche, nous explique les avantages et zones d’ombre de ce décret.

Que signifie l’obligation d’embarquer de la rénovation ?

Stefano Millefiorini : Comme confirmé à la COP21, la France a pour objectif de réduire par 4 ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. C’est pourquoi à l’issue de la 4e conférence environnementale, Ségolène Royal a annoncé la publication de douze décrets pour la transition énergétique dans le secteur du bâtiment. Nous attendons d’ici peu le décret concernant l’obligation d’embarquer la performance énergétique à partir du 1er janvier 2017 dans les travaux d’entretien des bâtiments résidentiels (que ce soit des maisons individuels ou collectifs). Voici ce qui est dit dans les versions assez abouties du décret que j’ai pu lire : l’idée est que si, demain, vous devez ravaler votre immeuble ou votre maison, il faudra également réaliser une isolation sur l’extérieur de la façade. De même, si vous êtes amené à refaire une toiture ou l’étanchéité sur une toiture-terrasse, vous serez dans l’obligation de placer un isolant.

Que pensez-vous de cette obligation ?

S.M. : Nous estimons que c’est une très bonne nouvelle forcément pour notre profession mais pas seulement ; c’est aussi une bonne nouvelle pour la France de tenir ses objectifs climat. Il y a 2 ans environ, il y avait eu un rapport du plan bâtiment durable qui était censé explorer la possibilité d’introduire une forme d’obligation de rénovation dans l’habitat. Ce rapport avait dit très clairement que sans une forme quelconque d’obligation, les objectifs fixés pour 2050 ne seraient pas atteints.

Donc c’est une bonne mesure à condition que les aides financières suivent…

S.M. : Oui. Car en France mais aussi pour d’autres pays d’Europe comme l’Allemagne, qui dispose pourtant d’incitations financières mieux ficelées, le marché de la rénovation peine à décoller. Les aides qui existent en France, même si elles ont le mérite d’exister, sont un peu complexes à mobiliser. Dans la loi de transition énergétique, il est assez clairement statué que l’obligation ne remettra en cause les aides de l’état. Donc de ce point de vue, nous sommes plutôt rassurés même si nous attendons confirmation via les lois de finance.

Stefano Millefiorini, expert en Efficience Energétique et Bâtiment Durable ©Rockwool
Stefano Millefiorini, expert en
Efficience Energétique et Bâtiment
Durable ©Rockwool

Et pour le particulier ?

S.M. : Socialement, ce n’est pas très acceptable d’imposer cette obligation. Il y a des cas de foyers à très faibles revenus ou des copropriétés en plan de sauvegarde, où l’obligation peut passer comme une mesure très dure : il faudra voir comment ces cas pourront être traités. Peut-être que ce frein financier fera qu’il y aura beaucoup moins de travaux de rénovation que prévus.

Comment lever ces freins ?

S.M. : Les Français sont suffisamment sensibilisés sur les enjeux climatiques et énergétiques et ils se rendent compte qu’il faut faire quelque chose ; mais beaucoup de personnes trouvent que l’investissement est trop cher. Ségolène Royal avait d’ailleurs appelé les banques à participer à l’effort collectif. Lorsqu’on fait des travaux dans l’habitat, il ne faut pas appliquer les règles du crédit à la consommation, mais plutôt appliquer les règles, les taux et les délais des prêts immobiliers. Dans l’habitat, c’est un retour sur investissement de plusieurs années. Les banques regardent du côté de la construction
neuve mais ce serait dommage de passer à côté du parc existant avec le patrimoine qu’il y a à mettre à jour et à rénover.

Cette obligation ne rejoint-elle pas le souhait des professionnels de voir la création d’un permis/carnet d’entretien des bâtiments ?

S.M. : Il y a effectivement un projet en cours d’un carnet numérique d’entretien du bâtiment obligatoire dès le 1er janvier 2017, qui concernerait dans un premier temps uniquement le neuf ; il s’appliquerait en 2025 pour tous les bâtiments. Les experts du secteur s’accordent à penser que ce décret « obligation de travaux », pour être efficace, aurait du être accompagné d’un passeport rénovation du bâtiment qui soit une espèce d’échéancier pour connaître les travaux qui doivent être effectués. L’idée étant d’avoir une base de données qui nous assure qu’à horizon 2050, tous les travaux de rénovation soient réalisés et amènent tous les bâtiments au niveau de la basse consommation rénovation (autour de 80 KWh).

Existe-t-il des zones d’ombres dans ce décret ?

S.M. : L’obligation inclut des exceptions qui risquent d’entraîner des dérives et de réduire l’efficacité de ce décret. L’obligation de faire ces travaux de rénovation disparaît s’il y a une raison architecturale. Nous sommes tous d’accord qu’il serait insensé d’aller faire de l’isolation par l’extérieur sur un immeuble haussmannien ou à colombage. Mais tel que le décret est formulé aujourd’hui, nous avons l’impression que l’architecte juste parce qu’il a dessiné son immeuble il y a trente ans, sans qu’il ait une valeur architecturale particulière, pourrait s’opposer à une isolation par l’extérieur. De la même façon, il existe une restriction d’obligation liée au retour sur l’investissement de ces travaux. C’est-à-dire que si un expert arrive à démontrer que ce retour sur l’investissement est supérieur à 10 ans, on peut ne pas faire les travaux. Or pour le cas d’une isolation par l’extérieur, il est difficile de rentrer sous les 10 ans pour un retour sur investissement, ce sont des travaux couteux. Il y a un risque de dérive…

La laine de roche : un bon élève pour l’isolation embarquée

Qu’est-ce qui fera la différence selon vous pour que les particuliers ou les professionnels choisissent la laine de roche, plus chère comparée à la laine de verre par exemple ?

S.M. : Notre produit est un peu plus cher que nos concurrents, mais son coût se justifie parce que la laine de roche est à la fois un isolant thermique et acoustique. Nous sommes, parmi tous les matériaux d’isolation, celui qui a le meilleur comportement au feu. D’un côté, nous réduisons les risques qu’il y ait un incendie et si malgré tout il se déclarait, c’est l’isolant qui laisse le plus de temps pour se mettre à l’abri. Ensuite, nous considérons qu’au niveau de la durabilité et la tenue mécanique du produit, du fait qu’il ne s’affaisse pas, qu’il ne craint pas l’eau et les nuisibles, nous atteignons un niveau d’excellence. En rénovation, sur un bâti ancien en isolation par l’extérieur, la laine de roche permet au mur de respirer et à l’humidité de s’évacuer…

Vous évoquiez les qualités acoustiques de la laine de roche, c’est un bon point pour vous en vue de la RT 2020 ?

Ce que nous avons retenu de la RT 2020, c’est la notion de confort qui va effectivement inclure l’acoustique ainsi que le confort d’été. Car contrairement aux idées reçues une bonne isolation est bonne été comme hiver, car elle empêche la chaleur de rentrer. Quand on isole par l’extérieur, l’isolant protège l’inertie des murs maçonnés ; sur des structures légères en construction bois ou métal, un matériau dense comme la laine de roche apporte un peu de masse et répond parfaitement aux notions de confort.

 

Article publié sur Mondial du bâtiment
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Modéré par : Sylvain Bosquet

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