# 27 - Face aux impacts d’inondations décennales dans les métropoles : mener des études anticipant la reconstruction de réseaux

Publié par Frédéric GACHE

Texte publié initialement dans Préventique 

A Paris la crue de référence est celle de 1910 ; mais en 2016 et 2018 des crues de très grande ampleur ont été observées. En raison du nombre de réseaux enterrés et de la concentration d’activité économique sur le territoire, des travaux exploratoires pour constituer une base de connaissances permettraient d’anticiper la reconstruction. 

 Crues et réseaux enterrés

Une crue de la Seine atteignant les mêmes hauteurs qu’en janvier 1910 (8,62 m à Paris-Austerlitz), affecterait directement au total près de 5 millions de franciliens à des degrés divers notamment à cause de la fragilité des réseaux assurant le fonctionnement quotidien de la métropole (énergie, voiries, transports en commun, hydrocarbures, eau potable, eaux usées, télécommunications, etc.) qui entraineraient des interruptions en cascade et des impacts dans des secteurs parfois éloignés des zones directement en eau, (figure 2). Ces réseaux enterrés seraient impactés par la propagation de la nappe alluviale dans les sous-sols franciliens poreux avant même les débordements en surface (figure 1).

 

 Figure 1 : Carte des impacts de la crue 1/100 en et hors zone inondable en Ile-de-France. Source : Le Monde Mars 2016

 

Figure 2 : Coupe simplifiée du sous-sol parisien situé dans la plaine alluviale. Source : EPTB Seine Grands Lacs, 2010.

 

La focalisation sur la crue centennale ne doit cependant pas masquer le fait que les impacts sur les réseaux critiques débutent dès la crue décennale, comme viennent de le montrer les crues de juin 2016 et janvier 2018, et augmentent avec la montée des eaux, avec des effets sévères dès la crue vicennale dépassée (6.20 m à Austerlitz).

 

Coûts économiques 

 

L’ampleur et la durée des perturbations (un semestre selon l’OCDE, sans doute plus pour les réseaux enterrés) en cas d’inondation majeure font de la métropole francilienne un territoire tout à fait singulier.

Si ENEDIS sera sans soute capable de réalimenter des quartiers en électricité quelques jours après le repli de l’eau, les bâtiments inondés seront-ils en capacité de l’être et donc les clients d’être branchés ? La nécessité de réaliser un certificat de conformité (consuel) pour la réalimentation électrique sera sans doute également un frein au redémarrage du territoire. Aussi, la durée de la crise inondation proprement dite pourrait avoisiner 9 mois. Des opérateurs, RATP notamment, avancent même une fourchette comprise entre 1 et 5 ans de travaux pour revenir à un fonctionnement nominal.

 

Une telle crue engendrerait aujourd’hui selon l’OCDE de l’ordre de 30 milliards d’euros (valeur 2013) de dommages et la perte de plus de 58 milliards d’euros de PIB à 5 ans. Ce montant représente plus de 10 fois les estimations réactualisées des dommages de la crue de 1910, traduisant ainsi l’augmentation importante des enjeux (humains, socio-économiques, patrimoniaux et environnementaux) dans les secteurs inondables en région parisienne surtout depuis 1945 et justifiant des actions fortes en vue de réduire leur vulnérabilité aux crues.

Aussi, la question du relèvement des réseaux urbains constitue donc un enjeu majeur de la gestion de ce risque sur ce territoire qui produit plus de 30% du PIB.

 

Nécessité de travaux exploratoires 

 

En Ile-de-France, faut-il attendre une catastrophe pour agir ? On retrouve dans le PGRI du bassin Seine Normandie un objectif très ambitieux de « raccourcir fortement le délai de retour à la normale des territoires sinistrés » et plus largement d'améliorer la résilience du territoire sur le long terme. Cet objectif est décliné dans le 8ème objectif de la SLGRI de la métropole francilienne sous l’appellation « Faciliter le retour à la normale et développer la résilience », vaste programme...

Une thèse CIFRE, action du PAPI de la Seine et de la Marne franciliennes[1] va tenter à partir de juin 2018 de répondre à un des trois sous objectifs fixés par l’Etat, « Améliorer l'efficacité économique de la phase de reconstruction après la décrue, notamment des services publics, en élaborant des stratégies de réaménagement du territoire plus harmonieuses et plus efficaces sur le long terme ».

Ce travail exploratoire sera mené par un groupement EIVP-CEREMA-EPTB Seine Grands Lacs avec trois opérateurs de réseaux (énergie, transport, assainissement). Ils disposent d’une très bonne connaissance de l’exposition de leur patrimoine et des impacts liés à l’inondation et s’interrogent sur les relocalisations ou travaux urgents à réaliser « en temps de paix » pour leurs infrastructures les plus critiques. L’étude devrait permettre ainsi d'identifier les domaines clés du retour à une situation acceptable pour les populations et de la reconstruction d'un territoire sans doute moins vulnérable, même si cette question comprend de nombreuses incertitudes politiques, administratives, financières, etc.

 

Constituer une base de connaissance 

Cette recherche sera donc au carrefour de préoccupations parfois contradictoires mais nécessitant d’être considérées simultanément en anticipation de la reconstruction post crue. L’objectif est de construire avec les opérateurs des données robustes sur :

  • les équipements à déplacer ou à adapter sur place,
  • les délais de reconstruction et de retour à un fonctionnement satisfaisant pour les usagers, compte tenu notamment des interdépendances avec les autres infrastructures, en réseau ou non
  • la définition des mesures et à en faire l’analyse coûts/bénéfices
  • le rôle du régulateur (Etat) sur un plan politique (acceptation), administratif (autorisations) et financiers (quels mécanismes d’aides ?)
  • la diminution de la vulnérabilité des infrastructures et  des systèmes urbains, de l’échelle locale (quartier) à l’échelle globale (ville, région).

Cette base de connaissance permettrait aux opérateurs d’engager le dialogue avec leurs instances décisionnelles pour faire des choix assumés avant la crue, notamment en insérant ces travaux dans leurs programmes d’investissements à court, moyen et long terme liés à la gestion patrimoniale de l’infrastructure.

S’il serait sage d’envisager ces travaux avant qu’une crue ne survienne, le cas échéant, ces conseils permettraient aussi à ces opérateurs de réseaux de disposer d’un « plan B » à proposer au régulateur pour éviter d’effectuer des travaux de remise en état de façon trop empirique.

 

Article signé F. Gache (EPTB SGL), Anas DABAJ, Youssef Diab, Marc Vuillet (EIVP) Gwenael Jouannic (CEREMA)

  

En partenariat avec la revue Préventique



Modéré par : Alice Dupuy

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