#32 - Workspace Future, un projet concret pour favoriser le réemploi du second oeuvre de bureau

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L’économie circulaire est un des grands enjeux à court terme du secteur du bâtiment. Avec le projet Workspace Future, l’IFPEB souhaite tester grandeur nature des initiatives de réemploi, notamment sur le second œuvre. Le point avec Jérémy Antunes, coordinateur du projet.

En quoi consiste le projet Workspace Future ?

A l’heure actuelle les réflexions les plus opérationnelles autour de l’économie circulaire sont celles visant à répertorier et adresser le gisement actuel des matériaux issus des déconstructions et démolition. Si cette perspective est obligatoire et nécessaire, il est aussi important de remettre rapidement en question nos façons de concevoir afin d’un côté, d’anticiper les actions de maintenance et déconstruction et de l’autre, de maximiser la durée de vie des éléments. Le but in fine reste ainsi de massifier cette nouvelle méthodologie de conception. C’est dans cette vision que s’inscrit le projet Workspace Future. 

Workspace Future vise à initialiser des espaces de bureaux avec des solutions de second oeuvre technique ou logistique d’économie circulaire concrètes dans le bâtiment. Au travers de projets pilotes, nous voulons systématiser des solutions issues du réemploi et généraliser l’écoconception des bâtiments et espaces intérieurs pour qu’ils soient aisément démontables. 

En complément, et parce que penser la conception seule est insuffisante, le second axe de travail est celui de l’entretien et du maintien afin que la durée de vie soit maximisée, tant sur le plan mécanique qu’esthétique, et de trouver des boucles aux flux de matière sortants. Il est aussi nécessaire de donner une traçabilité aux produits afin de les identifier et leur donner un exutoire vertueux plus facilement.

Comment travaillez-vous ?

Aujourd’hui, et après plusieurs mois d’études, la priorité est de trouver des bâtiments et espace démonstrateurs. Avec des applications mises en œuvre concrètement, la perception de la profession change plus rapidement et cela permet aussi de tester les solutions en grandeur nature. Beaucoup de matériaux ou de solutions ont été élaborées pour fonctionner en économie circulaire. Il existe néanmoins des enjeux de repérage, quantification et logistique qui doivent être maîtrisés pour que le cercle vertueux soit viable tant sur le plan technique, qu’économique. Les démonstrateurs permettent de tester tout cela et d’appréhender des aspects complexes comme la performance des matériaux réemployés, que ce soit pour des questions de normes acoustiques, pour les moquettes par exemple, ou assurantielles pour des éléments de sécurité comme le cloisonnement.

Parmi les premiers démonstrateurs, nous avons actuellement un projet pilote avec le prochain siège de la Fédération ENVIE (réseau d'entreprises de l'économie sociale et solidaires intervenant dans les DEEE) ainsi qu’une collaboration avec BNP REIM et en recherchons bien d’autres évidemment. Notre démarche est de collaborer avec les équipes de conception et de travailler sur des appels d’offres en économie circulaire, pour voir si ces derniers sont compétitifs et étudier la réception de ces nouvelles exigences. En acceptant d’intégrer le projet Workspace Future, un maître d’ouvrage ou un maître d’œuvre s’engagent donc seulement à nous donner l’accès à certaines réunions de conception pour que nous voyions à quel niveau l’économie circulaire peut intervenir et intégrions aux mieux les exigences de circularité (sur la conception et la vie en oeuvre) déterminées avec la maîtrise d’ouvrage selon la performance souhaitée pour chaque lot. Ensuite, notre proposition d’appel d’offre reste en compétition avec les offres standard. Enfin, si la proposition circulaire est retenue un suivi du projet est réalisé.

Vous avez évoqué la problématique de l’esthétique, cela représente-t-il un enjeu majeur ?

Oui, car dans le tertiaire par exemple, un bail est souvent de trois, six ou neuf ans. Si au bout de ces périodes, le locataire s’en va, un intérieur peut n’avoir duré que trois ans. La pratique habituelle est de tout mettre à la benne et le nouveau locataire crée de nouveau un espace intérieur qui correspond à ses besoins. En réponse à ces problématiques, les grandes entreprises aidées d’industriels ont déjà des réflexions et opèrent des rotations d’éléments entre les sites et possèdent des espaces de stockage tampons. Néanmoins, la réflexion se limite à l’aspect économique, notre idée est d’apporter une brique économie circulaire, en généralisant la culture du démontage dès la phase de conception. Cela permet non seulement d’être plus durable ce que nous avons pu vérifier par une première étude des impacts environnementaux, mais aussi d’avoir une rentabilité plus importante. Nous avons donc déjà recensé ces pratiques d’optimisation pour proposer une réponse globale.

En dehors de cette problématique du bail, il y a aussi celle de l’obsolescence esthétique. Savoir démonter est une première étape, la suivante est de savoir concevoir des intérieurs qui se démodent moins rapidement ou peuvent être mis au goût du jour par des modifications mineures. Ce sont les démarches des industriels participant à Workspace Future. Interface propose ainsi des moquettes dont le design peut être changé en remplaçant quelques dalles et non pas tout le revêtement, Clestra propose des opérations de remanufacturing sur place et Signify a pensé ces luminaires afin que l’esthétique soit facilement modifiable.

Au travers des problématiques posées par l’obsolescence esthétique, on peut appréhender deux enjeux de l’économie circulaire : l’identification et la viabilisation des gisements de matériaux existants, ainsi que l’initialisation d’espace en économie circulaire, au travers notamment de la traçabilité des produits mis sur le marché par les industriels.

Que manque-t-il aujourd’hui à l’économie circulaire pour qu’elle prenne son envol ?

La première limite me semble la segmentation. Dans et hors des entreprises, les concepteurs ne sont pas ceux qui aménagent, et ceux qui aménagent ne sont pas toujours ceux qui exploitent. L’approche est donc qualitative selon les préoccupations de chaque secteur mais pas de manière globale. En soit, l’économie circulaire, qui peut être perçue comme une contrainte, est en réalité une démarche rentable, puisque les produits ont des durées de vie supérieures et représentent un gisement permanent.

Pour les entreprises qui ont déjà mis en place des initiatives de réemploi, la nécessité est aussi de favoriser les passations entre les services, pour généraliser ces démarches et leur apporter une valeur ajoutée écologique.

On doit aussi initier des réflexions autour de l’ACV, pour que celle-ci soit généralisée aux matériaux de second œuvre. Il existe aujourd’hui des outils performants de calcul qui sont sous-exploités. Pour le second œuvre sur un projet conçu avec l’aide de Workspace Future, le potentiel de réemploi est ainsi de 60%, reste à optimiser les connaissances pour maximiser le réemploi réel.

Qui sont les acteurs qui ont rejoint le projet Workspace Future ?

Il est important pour nous de travailler avec des industriels, afin d’avancer concrètement et rapidement. Des initiatives de réemploi, réutilisation et recyclage, existent chez eux et ils souhaitent aller plus loin ou tout simplement les montrer pour les généraliser.

Nous collaborons ainsi avec trois acteurs spécialisés dans le second œuvre : Clestra Hauserman, spécialiste des cloisons, Interface, spécialiste de la moquette et qui vise la neutralité carbone en 2020, et Signify, qui propose des luminaires. Récemment, nous ont également proposé leur aide : Armstrong pour les faux-plafond, Mouvement Conseil et la cellule Innovation de Valdélia pour le réemploi de mobilier. En parallèle, deux acteurs du space planning sont également présents : Watt Network et Génie des Lieux.

 

 Propos recueillis par Clément Gaillard, la rédaction Construction21 

Consulter l'article précédent : #31 - L’économie de fonctionnalité, un maillon essentiel de l’économie circulaire


           

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