[Dossier Quartiers Bas Carbone] #20 - Le bas carbone au défi du péri-urbain

 aménagement  bas carbone  biodiversité  Ecoquartier
Publié par Anthony ROUSTEAU

La commune de Beaucouzé (5 000 habitants) située en première couronne de l’agglomération angevine, s’est engagée depuis près de vingt ans dans une politique de développement maitrisé à travers l’aménageur public Anjou Loire Territoire (Alter), ouverte à tous quelles que soit ses ressources ou sa situation familiale, et en faisant du défi climatique une opportunité d’apporter de la plus-value à ses projets.

L’expérimentation d’une méthodologie collaborative dans la réalisation du projet urbain des Nouveaux Echats (530 logements - 25 ha) a ainsi permis de faire émerger collectivement un espace public majeur à l’échelle de la commune : la « Forêt qui pousse » et ses 35 000 arbres. La mise en dynamique autour du projet d’un grand nombre d’acteurs a ainsi entrainé la montée en puissance de l’ambition initiale, à savoir favoriser le lien social et la qualité du cadre de vie, grâce à la stratégie bas carbone.

Un volontarisme politique fort

Beaucouzé a connu un développement pavillonnaire rapide à la fin du XX° siècle avec les limites que l’on connaît. L’équipe municipale élue en 2001 a engagé dès son élection la sortie de ce modèle de développement en définissant plusieurs axes d’action :

- la ville devait permettre à tous d’y habiter ;

- le développement de commerces et de services de proximité absents de la commune ;

- une prise en compte forte des enjeux environnementaux : constructions de bâtiments économes en énergie, préservations des ressources naturelles et du patrimoine communal. 

Ces objectifs ont été appliqués à chaque opération engagée par la commune, autant dans le cadre de la création du centre-ville que dans les extensions urbaines.

Au cours du temps, les objectifs initiaux ont été questionnés et approfondis. C’est dans l’Ecoquartier des Nouveaux Echats, labellisé Etape 2 par le ministère en 2017, conçu par Johanne Guichard, architecte-urbaniste de la ZAC (Agence Johanne SAN) qu’ils ont trouvé leur expression la plus aboutie avec la mise en place de la stratégie bas carbone à l’échelle du quartier. Le programme de l’opération prévoit ainsi une répartition équilibrée entre maisons individuelles et petits collectifs, la plantation de la « Forêt qui pousse » (3 ha) au cœur du projet et un ilot réservé à un futur équipement public de quartier.

Un premier secteur baptisé ZAC des Échats 2 a été aménagé à partir de 2010, sur environ 8 hectares, avec un programme de 152 logements BBC.  Le retour d’expérience de cette première réalisation nous a amené à dégager des axes de travail pour la phase suivante, à savoir la ZAC des Echats III (380 logements) : créer les conditions favorables à une biodiversité accrue, limiter l’impact environnemental des aménagements, améliorer la qualité constructive de la maison individuelle en devançant la future RE 2020, développer des programmes collectifs à destination de propriétaires-occupants, à des coûts maîtrisés, et s’assurer de leur intégration dans l’environnement bâti et paysager.

Ce changement de modèle de développement bouscule les habitudes des élus, des habitants mais aussi des professionnels de la ville. Il s’est avéré nécessaire d’accompagner ses mutations en mettant en place une participation active de tous ces acteurs.

 

Podéliha, GOArchitecture, ZAC des Echats II

Une autre manière de concevoir la ville : l’intelligence collective

Afin d’impliquer les habitants actuels et futurs, les écoles, les associations, les établissements d’enseignement supérieur, etc, dans la conception puis la réalisation du projet, la commune a souhaité expérimenter une nouvelle méthodologie de projet animée par l’agence Wigwam (mission d’AMO en intelligence collective). Il a ainsi été proposé à tous les acteurs de travailler sur la programmation du corridor écologique, colonne vertébrale du projet, à travers plusieurs formats : rencontres à l’aide de questionnaires, ateliers citoyens et ateliers d’experts. Parallèlement, des ateliers dédiés aux professionnels de l’immobilier avaient pour objectif de définir les conditions propices à la commercialisation de programmes collectifs en accession privée. Ainsi, la démarche collaborative fut déclinée sur 3 ans, selon un jeu de va-et-vient réguliers entre l’expertise d’usage et l’expertise des professionnels afin de vérifier la faisabilité des propositions. La Forêt qui pousse est le fruit de cette intelligence collective.

Habiter la Forêt qui pousse : 35 000 arbres plantés avec les habitants et les écoliers

Les ateliers ont marqué la volonté de créer un projet urbain à l’identité forte en s’appuyant sur l’histoire et la géographie du territoire pour porter un projet écologiquement ambitieux.

Un des projets emblématiques qui s’appuie sur les compétences associées de Sophie Richard (Landscape U Need) et Claude Figureau (botaniste et phytosociologue), est la création d’un espace vert qui s’inspire des chemins ruraux et des bois existants à proximité. La Forêt qui pousse permet de renouer avec l’histoire de la commune et de répondre à des objectifs ambitieux :

- réintroduire la biodiversité

- mettre au cœur du quartier un îlot de fraîcheur

- en faire un outil pédagogique à destination des écoliers, des étudiants et des habitants de la commune.

En 2017, la terre du site a été décompactée puis mise en forme en reprenant le vocabulaire des talus, des lisières et chemins creux bordant le périmètre. Une prairie pré-forestière a été semée afin d’accueillir 1 an plus tard 35 000 jeunes arbres et arbustes au sein des « nœuds » forestiers créés à partir de petits merlons favorables à l’émergence de la lisière, condition sine qua non au développement de la forêt. Ce milieu forestier a ainsi vocation à se développer seul, avec très peu d’intervention humaine d’où un coût d’entretien faible pour la collectivité.

 

Plantations avec les écoliers (30/11/2018)

Fête des 35 000 arbres avec les habitants, élus, techniciens, entreprises (01/12/2018)

En outre, à l’inverse de la société actuelle régie par l’immédiateté, la Forêt qui pousse permet à tous de se réapproprier le temps long du végétal et de l’aménagement. Elle permet de tirer le fil de l’écologie urbaine avec les habitants et les porteurs de projets, notamment sur la thématique du carbone dans le sens d’une démarche bas carbone à l’échelle du quartier. En parallèle, le partenariat avec Agrocampus Ouest Angers permet, par les différents ateliers des étudiants notamment de Landart, d’animer le site et de sensibiliser les habitants aux mutations de leur territoire.

« Le Nid », Agrocampus Ouest Angers, métaphore de la nature qui reprend ses droits sur l’urbanisation.

 

Hélios, un tournant dans le développement de l’Ecoquartier

Angers Loire Habitat s’en est également inspiré pour réaliser un projet sobre au niveau de sa consommation énergétique pour assurer de faibles charges à ses locataires, et vertueux sur le plan environnemental tout en restant low-tech pour ses usagers. Le projet initial était prévu BEPOS, en conception-réalisation avec GOArchitectures, l’entreprise Rousseau (Plessis-Macé) et Wigwam d’après son Processus de Conception Intégrée.

Cette méthodologie collaborative à l’échelle d’un projet de logements a permis la montée en compétence de la chaîne d’acteurs pour aller plus loin que l’ambition initiale et ainsi aboutir au projet Hélios, l’un des premiers programmes labellisés E+C- en France (E3C1) en BIM niveau 2. Les 36 logements collectifs, répartis en 3 plots, sont en ossature bois et alimentés par une pompe à chaleur à absorption gaz et des panneaux photovoltaïques.

L’Analyse en Cycle de Vie qui a été menée dans le cadre de ce projet, a ainsi mis en exergue la nécessité d’élaborer une stratégie bas carbone à une échelle élargie plus pertinente pour traiter certaines problématiques.

Hélios, Angers Loire Habitat, GOArchitecture, ZAC des Echats III

Une qualité de vie par une approche bas carbone globale

L’agence AIA Environnement a été missionnée en tant qu’Assistant à Maîtrise d’Ouvrage Bas Carbone afin d’aider à l’élaboration de la stratégie à l’échelle de l’Ecoquartier, à sa mise en œuvre et à son suivi. Pour cela une étude a été menée par le cabinet AIA environnement qui a établi un au  niveau des habitants. En parallèle, le projet participe au programme de recherche « Quartier E+ C- » en tant qu’opération-pilote.

La méthodologie a consisté à effectuer un diagnostic du bilan carbone d’un habitant du quartier afin de hiérarchiser le poids des postes émetteurs.


Emissions du quartier = 6100 tonnes de CO2 / an

Cette étude met en évidence que le poste le plus impactant est notre mode de vie à travers l’alimentation et les biens de consommation, suivi des transports. Vient au final la part liée à l’aménagement. Cette étude bouscule les certitudes et oblige à placer l’aménagement dans une politique plus globale au niveau de la commune et de la communauté urbaine qui doit intégrer la nécessité d’agir dans des domaines qui vont au-delà de l’urbanisme pur.

Suite à ce diagnostic, un plan d’actions « territoire bas carbone » a été proposé visant différents leviers, de la construction et de la consommation énergétique des bâtiments aux déplacements et à l’alimentation. Nous fixons un niveau minimum E1 en énergie aux bâtiments et nous demandons aux porteurs de projets collectifs d’aller plus loin sur un sujet de leur choix en lien avec le carbone. Pour les projets des particuliers, nous avons également créé des niveaux de prescription parlants qui leur permettent de situer selon 3 niveaux l’impact carbone de leur projet de construction. Le niveau de base obligatoire a été intitulé Jeune pousse. Les niveaux supérieurs plus performants, Grand chêne et Chêne majeur sont valorisés par l’attribution d’une aide financière participant ainsi à une partie de l’effort d’investissement. 


Les seuils choisis ont été adaptés spécifiquement au cadre de l’opération, notamment en prenant en compte l’effort à l’investissement concernant la maison individuelle. Le raisonnement est opéré par usager et non par m² comme dans le cadre E+C-, pour une équité sociale accrue comme souhaité par la collectivité et promouvoir la sobriété « construire mieux – construire moins ». Aussi, en lien avec l’objectif de la Foret qui pousse, nous avons choisi de donner une importance à l’occupation du sol/qualité de biotope, paramètre qui dans le référentiel E+C- pèse très peu.

Ainsi, nous pouvons affirmer que notre référentiel prépare les acteurs à la future RE 2020 en leur faisant étudier des matériaux/dispositions alternatives qui seront très utiles pour s’inscrire dans ce cadre réglementaire.

Mettre des moyens sur l’ingénierie en amont et dans l’accompagnement

Cette démarche de projet nécessite de la pédagogie envers les futurs acquéreurs et de l’accompagnement tout au long de la phase de conception de leurs projets individuels : sensibilisation à la construction bois avec Atlanbois, « speed dating » bas carbone avec des constructeurs bois, Phase Test avec les constructeurs de maison individuelle afin de proposer aux particuliers une liste de partenaires privilégiés du projet bas carbone, et réunions de travail individuelles.

Des défis à relever

Dans le périurbain, la faiblesse des transports en commun laisse la place à l’usage de la voiture qui reste prédominante. Si les voiries sont conçues pour apaiser la circulation, sécuriser et valoriser les déplacements actifs, beaucoup reste à faire au niveau de la commune et de la communauté urbaine pour offrir des alternatives performantes.

La modification des habitudes prend du temps. Il n’est pas simple d’intégrer dans la réalisation d’un écoquartier l’évolution des aménagements liés à la voiture.

De plus, la nécessaire densification oblige à une mixité des formes urbaines mêlant maisons individuelles et collectifs. Pour éviter de créer une nouvelle ségrégation spatiale (collectifs = locatif social, maisons individuelles = propriétaires), il est indispensable de proposer à la location et à l’accession aussi bien du logement individuel que collectif. Cela ne peut se faire que si des promoteurs viennent construire des programmes plus denses destinés à des propriétaires ce qui apparaît encore très difficile sans dispositif d’incitation fiscale.

Enfin la ville doit rester accessible pour tous quelques soit ses ressources ou son mode de vie : la maîtrise des coûts de l’immobilier doit faire l’objet d’une attention particulière. La production de logements par des offices fonciers solidaires est un but qui ne peut-être atteint que dans le cadre d’une politique qui dépasse le cadre communal mais qui s’inscrit bien dans une démarche plus globale menée au niveau de la communauté urbaine.

 

Articlé rédigé par Gérard NUSSMANN, adjoint à l’urbanisme, aux déplacements et à l’environnement et Anthony ROUSTEAU, responsable d’opération ALTER

 

 

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