Autoconsommation collective, quelle vision d’avenir ?

A l’heure où un pétrolier débourse près de 240 millions d’euros pour acquérir 23 % du capital d’Eren RE (PME française spécialisée dans l’énergie solaire), à l’heure où tout indique que le 21e siècle sera le siècle de l’électrique avec plus de 10 milliards d’habitants en 2050,
quel mix énergétique s’offre aux territoires français ? Quelle part pour l’auto-consommation photovoltaïque en France ? 

Aujourd’hui en France, l’autoconsommation ne représente que quelques dizaines de MegaWatt, alors que l’industrie de l’électricité solaire est en pleine mutation et que le cadre réglementaire évolue favorablement en permettant de « partager » une production locale d’énergie entre plusieurs acteurs.  Quel avenir pour le marché de l’autoconsommation collective ?

Raisonner énergie à l’échelle d’un territoire et de façon globale n’est pas si simple, surtout dans un environnement urbain où la culture du silo est omniprésente et où la tendance est de raisonner sur sa propre échelle. Chacun agit de son côté et développe ses propres références, défend son propre chez soi. Dans ce contexte autocentré, il parait important de changer de paradigme et d’amener les acteurs à prendre de la hauteur et à partager une vision commune globale.

Afin de bien comprendre la démarche, je vous propose d’illustrer le propos par l’exemple de la conception d’un bâtiment neuf où le législateur prévoit de dimensionner son projet à travers un Bbio et un Cep liés à son bâtiment. Les constructeurs recherchent alors des solutions de production d’énergie certes vertueuses, mais onéreuses … pour son propre bâtiment. Bilan : les coûts d’investissement et d’exploitation des systèmes explosent, sans compter les mètres carrés réquisitionnés pour accueillir ces solutions complexes.

Envisageons maintenant un bâtiment interconnecté et interdépendant avec son quartier, avec son environnement immédiat. Les problèmes liés aux appels de puissance, de stockage d’énergie, ou d’intermittences des EnR, pourraient être couverts par des excédents, des stockages d’énergie d’autres bâtiments, qui par des jeux de complémentarité lisseraient les pointes et favoriseraient l’effacement. Ce modèle de fonctionnement trouverait facilement une pertinence économique tant en termes d’investissement que de maintenance durable. Cela serait également reproductible pour les bâtiments existants en les pensant, dès aujourd’hui, intégrables dans un futur réseau intelligent. D’ailleurs, pour ceux qui suivent l’actualité sur l’expérimentation du label E+/C-, il est à noter que le législateur a fait évoluer son modèle de calcul et propose dorénavant, avec l’objectif ENERGIE 4, de prendre en compte cette production d’énergie partagée. Notons également que ce fonctionnement en réseau des bâtiments est aujourd’hui rendu possible grâce aux évolutions des technologies numériques avec notamment l’émergence des smart grids.

Dans un univers où la culture à la française pousse à l’individualisation des charges et à son moyen propre de production, il est temps de faire évoluer les mentalités et d’amener les acteurs à converger. Cela passe par un plan énergétique territorial optimisé, une stratégie énergétique partagée et l’émergence de nouveaux contrats juridiques favorisant la notion de partage entre les « coproducteurs » du quartier. La réussite d’une politique de transition énergétique ne se résume pas uniquement par une approche volumique de nouvelles solutions indépendantes associées à de la nouvelle technologie, mais aussi par la prise en compte d’une vision globale partagée qui donne du sens aux actions des acteurs du territoire.

Demain, ce modèle rapprochant production et consommation s’envisagera naturellement à l’échelle d’un groupe de bâtiments de différents usages. Ce partage d’énergie entre les acteurs favorisera l’émergence de territoires décarbonés à énergie positive où les innovations à fort ancrage local permettront d’accompagner la transition énergétique. Bref un territoire où le citoyen devient un consomm’acteur concerné et raisonné. Ne serions-nous pas dans l’approche de Pierre RABHI de la sobriété heureuse… d’ailleurs le bonheur n’est-il pas une histoire de partage ?

 

Article publié sur le site de Nepsen
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Modéré par : Sylvain Bosquet

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