Agriculture urbaine : passons d’un effet de mode à un moyen de production durable

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Publié par hugo meunier

L’agriculture urbaine émerge progressivement dans de nombreuses villes, dénombrant désormais plus de 800 millions de pratiquants[1]. La Ville de Paris prévoit ainsi d’y consacrer 33 hectares d’ici à 2020. Ce boom est notamment dû à une demande accrue de la part des urbains qui ont pris conscience, petit à petit, de l'éloignement - créé notamment par le secteur agroalimentaire - entre le produit cultivé et l'assiette. Mais l’agriculture urbaine ne pourra devenir une démarche pérenne que si les différents acteurs de ce marché en plein essor prennent totalement part à cette révolution verte et gourmande.

 

De consommateur à consom’acteurs : une nécessaire sensibilisation

 D’ici 2030, 20% des produits consommés pourront être issus de l’agriculture urbaine, là où ce taux varie aujourd’hui entre 5 et 8%[2]. Pour en arriver là, de nombreux efforts pédagogiques sont encore à fournir, de la part des autorités d’une part et des différents acteurs du marché d’autre part. Si un grand nombre d’urbains cherche aujourd’hui à avoir une consommation raisonnée - privilégiant les produits en circuit court, frais et locaux, tout en s’interrogeant sur leur traçabilité - il reste néanmoins à les sensibiliser autour de la saisonnalité des fruits et légumes. Non, il n’est pas possible – par nature – de manger des tomates toute l’année ! Si l’agriculture urbaine permet ainsi de fournir des produits de saison, ces derniers sont aussi plus goûtus. Le miel de Paris est d’ailleurs réputé pour être l’un des meilleurs de France ! Il est impératif d’en finir avec le cliché des produits fades parce que cultivés en ville. L’agriculture urbaine raccourcit les distances entre producteurs et consommateurs finaux, là où certains fruits et légumes industrialisés sont parfois cueillis verts et mûrissent durant leur transport. De quoi leur faire perdre toute saveur !

 

L’impact de l’agriculture urbaine sur le portefeuille des consommateurs est également notable. Près de 3% du budget quotidien en nourriture pourrait ainsi être réduit si chacun entretenait soi-même un potager sur sa terrasse, son toit, son balcon ou encore ses fenêtres ! Puisque jardiner, cultiver et récolter ses propres fruits et légumes est accessible à tous, les consommateurs d’aujourd’hui pourraient ainsi devenir les agriculteurs urbains de demain. Une reconnexion à la nature qui s’avère également positive d’un point de vue citoyen, quand on sait que le jardinage est un important vecteur de lien social.

 

D’espaces urbains à lieux productifs : des enjeux à relever

 

Si de nombreuses villes, telles que Paris, étaient historiquement entourées de zones maraîchères, la politique du logement a fait naître un grand nombre de freins au développement de l’agriculture urbaine et l’accès au foncier par les porteurs de projets est aujourd’hui encore très difficile. La ville, telle que nous la connaissons actuellement, n’est pas adaptée à l’agriculture. Preuve en est, les surfaces permettant la culture en pleine terre sont rares : 91 exploitations agricoles en petite couronne sont recensées sur une surface de 1 897 hectares, dont 12% seulement sont dédiés au maraîchage[3]. Pour pallier à ce manque d’espaces, il est notamment possible de mettre en place des solutions innovantes, telles que la culture verticale.De quoi faire émerger des potagers davantage productifs sur les toits de nos villes.

 

Et les exemples sont de plus en plus nombreux ! Merci Raymond a notamment installé le premier potager intelligent sur le toit de l’ANTENNE, lieu d’échange dédié à l’innovation créative situé dans le 11ème arrondissement de Paris. Le potager de 58m2 propose une sélection très variée d’herbes aromatiques (thym, menthe, coriandre, sauge…) et de fruits et légumes (framboise, fraise, cassis, mâche, épinard…) choisie par le chef de l’ANTENNE Café. Pour l’heure, les produits récoltés dans ce potager sont destinés pour les deux tiers aux cuisines du restaurant, le tiers restant étant offert aux collaborateurs de Merci Raymond qui s’occupent de l’entretien de ce potager. Au-delà des bienfaits environnementaux de la présence d’un potager en milieu urbain - contribuant à l’amélioration de la qualité de l’air, la réduction du ruissellement des eaux de pluie, et la diminution des îlots de chaleur – cette ferme verticale ne consomme que le strict minimum des ressources naturelles nécessaires à son bon fonctionnement grâce à un système intelligent. En effet, le potager de l’ANTENNE comporte une station de supervision et de pilotage connectée qui collecte et stocke les données environnementales relatives à 4 classes élémentaires (lumière, air, sol et eau). Facilitant son entretien régulier, la large gamme de capteurs compatibles permet de contrôler de façon « sur-mesure » les différents paramètres, l’ensemble des données étant centralisées sur une application dédiée. Par ailleurs, Merci Raymond a également investi le Grand Marché Stalingrad – La Rotonde, lieu iconique du 19ème arrondissement de Paris – pour y installer un potager composé de différents légumes et herbes aromatiques, scrupuleusement sélectionnés par Christophe Poligani, le responsable des lieux. Les produits récoltés viennent depuis garnir les plats de la Trattoria : une démarche s’inscrivant une fois de plus dans une logique de circuit-court.

 

Plus récemment, Merci Raymond a également été lauréat de l’appel à projets urbains innovants « Réinventer.Paris » pour la transformation du site de La Marseillaise dans le 19ème arrondissement de Paris en une Cité Universelle dédiée aux personnes en situation de handicap. Merci Raymond investira notamment le toit de cette future Cité Universelle pour y installer et entretenir un potager vertical connecté composé de différentes plantes aux vertus médicinales. 17 parois végétales serviront ainsi de support à la production de 5100 barquettes de fleurs comestibles, 500kg d’herbes aromatiques et 500kg de petits fruits par an. Une production destinée à l’approvisionnement du bar de l’hôtel et du restaurant de la Cité. Une série de plantes ornementales et dépolluantes y sera également installée afin de permettre aux plantes médicinales voisines de pousser dans un environnement sain. Ce projet s’inscrit dans la dynamique poursuivie par la Ville de Paris, qui souhaite végétaliser 100 hectares d’ici 2020, afin de promouvoir et préserver la biodiversité.

De la campagne à la ville : une complémentarité essentielle

Que nos agriculteurs se rassurent, l’agriculture urbaine ne remplacera jamais l’agriculture traditionnelle. Nous devons cesser d’opposer ville et campagne, mais plutôt penser ces deux sites de production en complémentarité ! L’agriculture urbaine se concentre uniquement sur la production de petits fruits et légumes et herbes aromatiques, et n’a pas vocation à suppléer un verger d’arbres fruitiers ou un champ de pommes de terre. Elle est cependant une réelle opportunité de découverte de produits peu communs, telles que les fleurs comestibles (produits éphémères ne supportant pas le transport) ou certains produits aux goûts très spécifiques : mertensia (huître potagère), ail des ours… autant de textures et de saveurs dont les chefs gastronomiques sont plus que friands ! Si ces derniers sont des acteurs clés – notamment via leurs moyens financiers importants – pour impulser une réelle dynamique autour de l’agriculture urbaine, celle-ci, pour se pérenniser, doit être accompagnée du développement de partenariats entre agriculture traditionnelle et centres urbains. Partage de savoir-faire, débouchés économiques pour les producteurs en pleine terre, soutien des projets d’agriculture urbaine… de nombreuses réciprocités entre ville et campagne sont encore à créer ! Urbains comme ruraux peuvent ainsi agir, chacun à leur échelle, et prendre part à la révolution verte !

 



[1] (FAO – Food an Agriculture Organisation)

[2] Données OMS

[3] Selon la chambre de l’agriculture d’Île-de-France

 Aller sur le site de Merci Raymond

 Un article signé Hugo Meunier de Merci Raymond

Modéré par : Alice Dupuy

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