A Paris, le permis de végétaliser renforce l’initiative de végétalisation par les citoyens

Le permis de végétaliser permet aux Parisiens de s’approprier l’espace public et d’être acteurs de la végétalisation de la capitale. Une politique ambitieuse de renforcer la part de la nature en ville que nous évoque Pénélope Komites, Adjointe à la Maire de Paris, Chargée des Espaces Verts, de la Nature, de la Biodiversité et des Affaires funéraires.

Pourquoi avoir créé le permis de végétaliser ?

Pénélope Komites : C’est la volonté de la Maire de Paris de rendre la capitale plus verte et d’augmenter la place de la nature en ville avec la création de 30 nouveaux espaces verts (parcs et jardins), l’implantation de 20 000 arbres supplémentaires, la végétalisation d’une centaine de toiture et façades d’ici la fin de la mandature avec 1/3 consacrés à la production de fruits et légumes.
Enfin, nous sommes partis d’un constat : la volonté des Parisiens d’être acteurs de la végétalisation. Aujourd’hui, il y a un souhait des habitants de participer à l’espace public. Nous avions déjà effectué une première opération « Du vert près de chez moi » dans laquelle nous avions demandé aux Parisiens de localiser 200 endroits où planter et nous avions pu constater lors du budget participatif que beaucoup de projets concernaient des projets de re-végétalisation de la ville (jardinières, agriculture urbaine) avec une envie de renforcer la part de la nature en ville pour créer ou recréer du lien social.

En quoi consiste le permis de végétaliser ?

P.K. : L’idée est de permettre aux Parisiens de posséder un endroit près de chez eux et de s’en occuper pour être acteurs du changement de la ville. Il peut s’agir de refleurir un pied d’arbre, de poser des jardinières quand c’est possible, de végétaliser des potelets dans une rue ou sur un mur…. Il commence y avoir des créations intéressantes. Beaucoup de permis sont mis en œuvre entre amis, entre voisins… les habitants prennent assez vite goût au jardinage, je vois des images passer sur les réseaux sociaux où les riverains disent : « ça y est, on va récolter des courgettes, rue de Charenton ». Il y a eu une saisine de l’espace public par les Parisiens pour rendre cette ville plus agréable, plus sociable, plus belle.

Permis de végétaliser, Boulevard de Charonne © Ch. Noël
Permis de végétaliser, Boulevard de Charonne © Ch. Noël

Depuis sa création en 2015, combien y-a-t-il eu de permis distribués ?

P.K. : Mille permis environ. Cela concerne à 70% des particuliers, puis des associations, des entreprises et commerçants qui demandent à végétaliser leur façade. Le titulaire du permis s’engage à signer une charte de végétalisation car nous ne souhaitons pas que n’importe quelle espèce soit plantée. Il faut que ce soit des plantes locales si possible mellifères (produisant du nectar pour les insectes butineurs, NDLR). Nous veillons beaucoup à la biodiversité de Paris. Le titulaire du permis s’engage aussi à ne pas utiliser de pesticides et à veiller à l’entretien des plantes et de leur structure.

Nous allons prochainement lancer une plateforme collaborative de manière à renforcer cette communauté. Elle sera consacrée à la végétalisation et au développement de la culture urbaine à Paris, avec une rubrique troc, une rubrique entraide qui permettra à chacun de trouver des coups de main pour la plantation, l’arrosage en cas d’absence, etc. Il existe déjà des initiatives comme Les Incroyables Comestibles avec lesquels nous travaillons déjà et nous sommes en train de fédérer tous les acteurs et initiatives qui visent à renforcer la place de la nature dans la capitale.

Pensez-vous également lutter contre les îlots de chaleur qui touchent les grandes villes ?

P.K. : Les actions sur la végétalisation ont pour objectif de rendre la ville plus agréable, plus sociable, de créer des circuits courts, mais il s’agit évidemment aussi d’une démarche plus globale de lutte contre le réchauffement climatique et de s’inscrire dans les accords de Paris de décembre dernier. J’ai lu récemment une étude suisse qui disait qu’un arbre équivalait à 5 climatiseurs. Aujourd’hui, nous savons très bien qu’il y a des bienfaits environnementaux liés à la végétalisation avec une amélioration de la qualité de l’air, le développement de la biodiversité, le travail sur la rétention des eaux pluviales, la lutte contre les phénomènes des îlots de chaleur ou la captation du carbone par les arbres.

On l’a constaté dans le projet Réinventer Paris, il y a une grande part faite à la végétalisation avec les jardins verticaux, les façades algues…

P.K. : Avec le lancement des Parisculteurs (un appel à projet pour renforcer la place de la nature à Paris, NDLR) dont les résultats seront rendus publics en novembre, nous allons créer une nouvelle ville qui n’existait pas avant. Les phénomènes de végétalisation des toits et des façades, l’agriculture urbaine qui se développent de manière importante ont été intégrés à la modification du PLU (Plan Local d’Urbanisme) qui a été voté au mois de juillet. Cela va nous permettre de protéger des espaces verts existants, de constituer des réserves nécessaires pour la création de nouveaux sites, de prendre une meilleure prise en compte du végétal dans les projets de construction. Nous allons rendre obligatoire la végétalisation de toiture au-dessus de 200 m2 dans les projets de construction neuve ou de surélévation. Au travers ce nouveau plan local d’urbanisme, nous repensons l’architecture puisqu’aujourd’hui les architectes qui construisent dans Paris y compris les bailleurs sociaux doivent intégrer cette notion de végétalisation et d’agriculture urbaine. Nous voyons émerger un nouveau modèle urbain qui va passer d’un mode extrêmement minéral à un modèle urbain végétal et cela, c’est l’avenir. Dans 20 ans, nous verrons Paris sous un œil différent !

 

Article publié sur Mondial du bâtiment
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Modéré par : Sylvain Bosquet

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