#5 Valoriser les terres de chantiers propres par l’agriculture

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Publié par La rédaction C21

Depuis septembre et le lancement de son premier projet, Terra Innova s’emploie à donner une nouvelle vie aux terres de chantiers propres. Une vraie démarche innovante qui passe par un rapprochement entre les filières construction et agricole. Eclairage avec Nathaniel Beaumal, fondateur de Terra Innova.

 

1. Pourquoi avoir eu l’idée de donner une plus-value aux terres propres issues des chantiers ?

Durant dix ans, j’ai travaillé comme ingénieur travaux et à chaque projet une question récurrente revenait : que va-t-on faire des terres excavées ? La plus logique était de les envoyer vers des ISDI, même pour des terres propres, ou des lieux de stockage à définir aux alentours si cela était possible. Dans le premier cas se pose une question de coût et dans le second une problématique environnementale et règlementaire. Notre idée en créant Terra Innova a été de donner une valeur ajoutée à ces terres non polluées dont on ne fait habituellement pas grand-chose.

 

2. En quoi votre démarche est différente des initiatives qui ont vu le jour ces dernières années ?

Nous sommes partis d’un constat : ces terres représentent une vraie richesse. Il existait déjà des initiatives intéressantes, qui consistaient généralement à mettre en relation un donneur de terre avec un demandeur pour réaliser des travaux d’aménagement. De notre côté, nous prenons en compte la valeur agroécologique des terres. Mon associé est ainsi un ingénieur agronome spécialiste de la microbiologie.

Notre proposition est purement du service, nous mettons en relation ceux qui ont besoin de recycler des terres avec des agriculteurs. Au niveau business modèle, ce sont les premiers qui financent, et nous offrons ensuite un service d’accompagnement de la fertilisation des terres aux agriculteurs qui acceptent de les recevoir.

 

3. Comment se déroule la valorisation des terres au niveau agricole ?

Nous partons de la matière dont nous disposons. De celle-ci dépend en effet le type d’exploitation qui pourra la recevoir. Nous essayons toujours de travailler dans un rayon restreint pour garder une valeur ajoutée sous la forme d’une économie circulaire locale. Après sondage de la terre de chantier, nous faisons donc une qualification pointue des sols alentours et rentrons en contact avec les agriculteurs. Pour l’heure, nous sommes encore dans une phase expérimentale, puisque notre premier projet date de septembre 2018. Néanmoins, la technique de fertilisation des sols agricoles employées est connue. Nous mettons en avant l’importance de l’itinéraire agricole, c’est-à-dire le fait de faire tourner les cultures, ce qui permet de ne pas épuiser un sol et de rendre notre agrégat encore plus performant. Avant de créer de vraies filières locales, nous devons montrer que cela fonctionne et faire de la sensibilisation auprès des agriculteurs pour leur montrer que ce type de pratiques peuvent améliorer leur rendement.

 

4. Quelles sont vos ambitions ?

Toute la complexité de la démarche est que dans 75% des cas, les terres de chantier excavées ne sont pas compatibles avec une valorisation agroécologique. Elles peuvent être polluées, trop pauvres, ou non compatibles avec un usage dans un rayon raisonnable. Par ailleurs, au-delà de la fertilisation des sols déjà cultivés, nous avons une vraie démarche militante. Nous tentons d’embarquer les agriculteurs avec nous vers une renaissance des talus et un redécoupage des parcelles. Les expérimentations ont démontré que cela a un vrai effet sur le rendement à long terme. Le rééquilibrage de la biodiversité et la limitation des monocultures permet de limiter la propagation des maladies. Les terres deviennent aussi plus résilientes de par une meilleure gestion des facteurs tels que l’eau, le soleil ou le vent. Notre vision, c’est de montrer aux différents acteurs d’un territoire, que la complémentarité de l’économie circulaire peut aussi bien se manifester sur le plan économique qu’environnementale et agroécologique. Ainsi, actuellement, nous travaillons sur valorisons des volumes de terre répartis à 70% en sols agricoles et 30% en talus. Si nous devions avoir un rêve, ce serait d’appliquer cette technique dans les grandes régions agricoles du pourtour parisien. Avec le volume de terres disponibles et les problématiques de rendements présentent, c’est l’espace rêvé pour se développer et tenter de faire évoluer les pratiques.

 

5. Quid de la législation actuelle ?

Au-delà, il est également nécessaire de faire de la pédagogie auprès des professionnels et du grand public autour des terres de chantier. Leur réutilisation est très encadrée, néanmoins il existe encore des zones grises. Je sais que des groupes de travail sont en cours et cela devrait nous permettre d’avoir des guides d’usage. Il est ainsi aberrant d’avoir aujourd’hui une ressource que l’on traite comme un déchet faute de filière ou de savoir-faire. Avec notre démarche nous sortons des sentiers battus et il faudra probablement que nous soyons force de proposition pour faire évoluer la législation dans l’avenir. Néanmoins, la première étape est de prouver que l’on peut faire autre chose que du remplissage de carrière avec les terres propres.

 

Propos recueillis par Clément Gaillard - Construction21

 
L'AGENDA :

Retrouvez Nathanaël Beaumal lors de Cities to Be pour l’atelier "Economie circulaire dans les travaux publics : quelles pratiques ?" vendredi 13 septembre 2019 à 9h15


Modéré par : Alice Dupuy

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