7 labels pour une construction neuve?

Les référentiels d'évaluation se multiplient sur les projets immobiliers. Un point sur l'état d'esprit des concepteurs et l'utilité des évaluations, 10 ans après le Grenelle.

Que fait l'évaluateur?

Il définit un « ensemble des possibles » de la performance et établit une échelle associée. Les sujets sont innombrables, passionnants et nécessaires. Performance énergétique, carbone, confort, qualité de l’air, connectivité IT, bien-être, biodiversité… pour n'en citer que quelques-uns.

L'évaluateur a calé son référentiel d'une part avec des professionnels (l'état de l'art), de l'autre avec des études scientifiques. Il ne méconnait pas la difficulté à de marier les contraintes dans un projet immobilier (tout le monde le sait, très dur d'être bon partout). Mais son rôle avant tout est que chaque performance puisse être évaluée: trouver les indicateurs et méthodes d’évaluation, caler les seuils sur ce qui est « mauvais, moyen, bon ou exceptionnel ».

L’évaluation est jusqu'à présent le premier éducateur du marché aux performances nouvelles. En calant un système  (HQE dont les 14 cibles sont encore dans toutes les têtes et dont le nouveau référentiel est fort heureusement public maintenant), il objective un état de l’art désirable et surtout accessible. C'est en cela que l'évaluation fait avancer le monde. Maîtres d'ouvrage, concepteurs, entreprises, utilisateurs et industriels et même grand public disposent de repères communs. Les référentiels sont devenus des éléments de langage, de comparaison et de dialogue sur les programmes. Nous savons par exemple, grâce aux avancées de l'expérimentation E+C-, produire un marqueur "carbone" de projet immobilier. N'est-ce pas là le point de départ essentiel de l'éco conception bas carbone qui est une urgence planétaire ?

Le Grenelle a boosté les exigences environnementales et les meilleurs vivent leurs programmes immobiliers dans l'innovation permanente. La course à l'innovation bat son plein, mais quand la leçon est apprise, on veut aller plus loin! C'est dans ce contexte qu'on assiste à une explosion des propositions de label.

Un bailleur social a réalisé en 2017 un bâtiment H&E+ BBCA+ label biosourcé+ EFFINERGIE Plus + Biodivercity. Ah oui, un calcul E+C- a été réalisé. Un bâtiment tertiaire récemment rénové était HQE + BREEAM + WELL + Biodivercity + BBC EFFINERGIE rénovation + WIRED SCORE. Demain, ils seront également tous les deux « Ready2Service » et/ou « Ready2Grid »?

Le ras le bol lié à cette accumulation est tangible dans la profession mais personne n’a encore scrappé les multiples médailles au profit d’une bonne certification en base, un bon cahier des charges et des performances - non certifiées mais auditables - pour le reste. Le besoin d’une preuve et la culture de la marque fonctionne encore.

L'évaluateur n’est pas faiseur: il n’a ni cette lourde tâche ni cette responsabilité. C'est ce que lui reprochent… les concepteurs.

Les concepteurs

Sont ceux qui font, qui réussissent concrètement sur les projets à atteindre les performances réelles, dans la vraie vie. Ils doivent marier les contraintes, beaucoup plus nombreuses que la simple évaluation! Ils produisent un projet qui "tient dans le bilan", désirable, réussi, fonctionnel, beau et résistant dans le temps… Ils résolvent bien plus de sujets que les labels évoqués ci-dessus, dont le coût, l'"alpha" de la conception.

Et le concepteur, comme tout être humain, toute équipe projet, est doué de créativité, d’inventivité, d'inspiration, d’astuce, de professionnalisme. Mais voilà, parfois et même souvent, les solutions géniales, "ça ne rentre pas dans les cases", comme sur le formulaire de la sécu. La création est un acte difficile mais le génie humain sait sortir par le haut avec des solutions qui n’étaient pas nécessairement relevées par les évaluations ou des normes, alors vécues comme un carcan.

Concepteurs, vous avez la méthodologie, la grille d’analyse, ainsi votre conception est encadrée, délimitée, balisée et… démerdez-vous pour rester dans les cases. Mais dans délimité il y a parfois « limité », la limite de son libre arbitre.

Un architecte que nous connaissons va réussir une opération de bureau (de petite surface) avec plus de 40% de matériaux réemployés. C’est formidable mais cela ne « rentre pas, par exemple, dans les cases » du calcul E+C-, pas dans les normes, pas dans les outils. Le maître d'ouvrage devra passer par un protocole expérimental défini avec le bureau de contrôle et "tenir" jusqu'au bout l'exception. Les exemples sont légion.

Une éternelle tension?

Il y aura toujours une éternelle tension entre évaluation et conception, des allers-retours, un besoin de dialogue. L'espace entre les deux est créateur de dialogue sur ce qu'il faut mettre en œuvre.

Notre profession aura toujours besoin d'évaluation, premier éducateur du marché. Mais les meilleurs se sont échappés et réclament, au nom de l'époque, de l'envie de faire davantage, d'en sortir vers le haut. C'est facile pour eux: un simple cahier des charges auditable suffit. Et les évaluateurs sauront les suivre.

 

Cédric BOREL

Directeur de l'IFPEB (www.ifpeb.fr)

 

 

"C'est tout la sécu ça, ça ne rentre pas dans les cases."

Formulaire de la sécu - Zézette - Le père Noël est une ordure


Modéré par : Guillaume Aichelmann

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