#22 L’écopavillon de Diamniado

Publié par Ernest DIONE

Centre d’affaires, hôtels, universités, hôpitaux, quartiers d’habitations, etc., Diamniadio est la nouvelle ville imaginée par le gouvernement sénégalais pour désengorger Dakar et ses 3 millions d’habitants. Considérée comme la ville de demain, elle sera certainement un moteur pour le développement économique du pays tout entier. Focus sur ce projet et en particulier celui de l’écopavillon, une infrastructure exemplaire au sein de cette nouvelle ville.

Diamniadio, la ville du futur

Face aux difficultés de mobilités et d'accès au logement, Dakar, qui concentre plus du quart de la population sur 0,6% du territoire national et plus de 66% de l’activité économique du pays, était devenue difficile à aménager. En pleine heure de pointe, l’entrée de Dakar est saturée par une population toujours croissante. Avec plus de trois millions d’habitants et quelques centaines de milliers de travailleurs supplémentaires venant de la grande banlieue, la capitale est devenue un enfer pour les automobilistes. La décongestion est devenue une nécessité. Ainsi, pour positionner la métropole sénégalaise comme acteur majeur dans la compétition que mènent les villes au niveau mondial, le pôle urbain Diamniadio a vu le jour.

A 30 kilomètres de Dakar, le gouvernement a lancé en 2014 la construction de cette ville nouvelle, un projet pharaonique censé abriter à terme 350 000 habitants répartis sur plus de 16 km². Ce plan a pour ambition de transformer la structure de l’économie sénégalaise pour parvenir à une croissance à la fois forte, durable et inclusive, faisant à terme sortir le Sénégal du rang des pays les plus pauvres. Diamniadio devrait rassembler des zones industrielles, des quartiers administratifs, la seconde université de Dakar, des centres de recherches, des zones d’habitations mixtes ainsi qu’un parc numérique de 26 hectares. L’intégration du numérique dans la ville est vu ici principalement comme un levier puissant pour le développement économique du territoire. Toutes les constructions qui sortent de terre à Diamniadio ont un point commun : elles sont financées par le privé. L’État sénégalais s’est en effet appuyé sur les promoteurs immobiliers. Ils ont eu gratuitement les terrains, à eux ensuite de financer leurs projets.

En déménageant de la sorte un grand nombre d’administrations, l’État espère désengorger le centre-ville dakarois. Ces blocs ministériels, d’une surface totale de plus de 110 000 m2, sont répartis sur trois arrondissements. Ils constitueront notamment la majeure partie du quatrième, spécialisé dans les finances et les services. Pour éviter que Diamniadio ne soit qu’une juxtaposition de services installés dans des arrondissements coupés les uns des autres, les concepteurs ont prévu de répartir plus de 40 000 logements de différents standings pour cimenter les quartiers de la ville selon un concept de mixité sociale et fonctionnelle. « Pour ne pas tomber dans le piège de la cité-dortoir, nous avons structuré la ville autour de la fonction travail, dont l’activité crée de la richesse et des emplois, que nous avons combinée avec la fonction logement, pour apporter cette mixité », explique Seydou Sy Sall, le délégué général à la promotion des pôles urbains (DGPU) de Diamniadio. L’aspect social de la démarche développement durable a donc bien été pris en compte.

En outre, les constructions seront respectueuses des critères environnementaux. Sans oublier, une bonne desserte par les transports. Diamniadio est en effet située au carrefour de grands axes routiers, que cela soit pour aller vers l’intérieur du pays ou pour se rendre au futur aéroport international (localisé à 15 km). L’autoroute à péage permet de rejoindre Dakar en 20 min. Et, dernière nouveauté, le train prévu pour fin 2019, devrait faciliter un peu plus les déplacements.

La première phase de travaux, portant sur les années 2014-2020, sera bien livrée dans les temps, puisque le taux de réalisation de la ville nouvelle dépasse aujourd’hui les 80. Au sein de la ville, le Ministère de l’environnement du Sénégal a assuré la Maîtrise d’ouvrage d’un éco-pavillon, qui servira de support de démonstration aux différents matériaux Terre-Typha.


Historique de l’écopavillon de Damniadio

Justificatif

L’écopavillon de Diamniadio a été conçu dans le cadre du projet de transfert de technologie de production de matériaux de construction à base de Typha au Sénégal financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). La Direction de l’Environnement et des Etablissements du MEDD est en charge de la direction du projet.

Ce projet a été exécuté en même temps et sous la même coordination que le Programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre grâce à l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment au Sénégal. Ce dernier est financé par les mêmes bailleurs.

La réalisation de cet écopavillon constitue le prolongement de quatre années de R&D. Il s’agit d’un espace démonstrateur pour l’application des résultats des recherches sur les matériaux et les systèmes constructifs associés. Cet écopavillon constitue en même temps un chantier école pour les acteurs du bâtiment (architectes, bureaux de contrôle, ingénieurs, maitres d’ouvrages, étudiants, chercheurs, entreprises du BTP, banques et simples clients, partenaires techniques et financiers, sociétés de promotion immobilière, etc.) et un miroir de l’innovation en matière de construction durable.

Il est construit dans le pôle urbain de Diamniadio dans la cité du savoir. Ce pôle urbain constitue en soi un symbole pour la nouvelle forme de développement de villes durables. Cette localisation est aussi motivée par le désir d’offrir cette construction en exemple aux différents développeurs du pôle urbain mais aussi servir d’Observatoire pour le développement de l’innovation de la construction biosourcée et de l’efficacité énergétique dans le bâtiment. Il est situé à proximité de la future école d’architecture de Dakar située près de l’université Amadou Moctar MBOW.


Description du projet écopavillon

L’écopavillon PNEEB-TYPHA se compose de quatre pôles. Chacun représente un système constructif et une manière de mettre en œuvre les matériaux biosourcés dans la construction.

1. Le pôle accueil / médiation : bâtiment d’accueil qui constitue le point d’entrée principal du site. Outre l’espace d’accueil, celui-ci dispose d’une petite pièce de rangement et d’un local technique. Surface : 42,6 m²

Les murs de ce pôle sont en structure poteaux poutres avec remplissages en blocs terre typha mi-lourds non porteurs. La dalle est réalisée en hourdis de terre typha.

2. le pôle séminaire : constitué d’une salle de séminaire. Surface : 73,4 m². Ce bâtiment s’apparente à une salle de classe construite à partir de la brique de terre compressée au remplissage. Les murs exposés au rayonnement solaire sont isolés par des briques de terre typha légères. La ventilation traversante permet d’accroitre le confort. Le sous plafond est réalisé à partir de panneaux de Typha ligaturés avec une toiture en bac alu.

3. le pôle administratif : constitué d’une construction qui regroupe un bureau, une salle de réunion, un espace pour le gardien, une cuisine, une salle d’eau et une toilette. Il est organisé avec une cour arrière et une cour avant, toutes les deux clôturées. Surface : 95,7 m².

Ce bâtiment est construit sur un espace de 150 mètres carrés qui est la surface habituelle des lots d’habitation au Sénégal. Tout le bâtiment est construit en parpaing avec une orientation qui permet une ventilation traversante des pièces. Les murs exposés et la terrasse sont isolés par des panneaux en terre typha.

4. le pôle démonstration : constitué de deux constructions : un espace atelier regroupant un espace de démonstration et un espace toilette (surface : 70 m² + 19,2 m²) ainsi qu’un espace de stockage. Surface : 30,4 m²

L’espace stockage est construit à partir des briques de terre typha moulées avec un bardage en panneaux de typha ligaturés. Cet espace est réalisé pour simuler un magasin qui peut servir de lieu de stockage post récolte des produits.

La liaison entre les différents pôles est assurée par des cheminements extérieurs couverts par des pergolas et organisés autour de patios arborés. Surface de ces cheminements : 160 m².

L’ensemble du site est alimenté à partir d’installations solaires dimensionnés suivants les besoins futurs. Seuls des brasseurs d’air sont prévus en vue de permettre l’évacuation de la chaleur en période de forte canicule.

Toutes les eaux pluviales sont récupérées et serviront à l’arrosage des arbres plantés.

La réalisation de cet éco pavillon a démontré que le potentiel de créations de nouveaux métiers est important. Déjà, au cours de cette phase, le projet a impulsé la formation aux métiers de chaumiers en typha, de producteurs de matériaux à base de typha, de techniciens spécialisés dans la gestion de l’énergie dans le bâtiment.

Perspectives

Une fois terminé l’écopavillon sera instrumentalisé afin de permettre un suivi du comportement des matériaux et de mesurer la performance des bâtiments.

Il constitue le meilleur moyen pour capitaliser les acquis du programme PNEEB/TYPHA et le meilleur moyen pour diffuser les résultats de cette innovation auprès d’un grand nombre de partenaires nationaux mais aussi de ceux de la sous-région.

Il servira de lieu de formation pour les artisans et tous les autres acteurs du bâtiment, de développement de l’innovation sur l’écoconstruction et les matériaux biosourcés. Il participera aussi à la mutualisation des équipements de recherche sur les matériaux biosourcés et l’efficacité énergétique.

Pour ce faire, il restera accessible à tous les acteurs et prêt à répondre aux besoins conjoncturels du secteur.

Pour atteindre ces objectifs, il est important de le doter de moyens financiers qui permettent de lancer ses premières activités en attendant le développement d’un véritable business plan.

Les expérimentations réalisées jusqu’ici en termes de prototypes développés et d’essais de production à échelle réduite s’avèrent concluantes. Il s’agit aujourd’hui d’aller plus loin, dans une logique de massification (scaling-up), ce qui implique la nécessaire mobilisation de ressources importantes. C’est la raison pour laquelle les porteurs de projets climat sont appelés à mobiliser des ressources (humaines et financières) dont la vocation est précisément la massification d’initiatives réussies comme celles que capitalise ce centre.

Les ressources financières nécessaires à la réalisation d’un tel projet ne peuvent provenir du seul budget du Sénégal, classé parmi les pays à revenus intermédiaires par la Banque Mondiale depuis 2010 et dont les capacités financières sont limitées. La répartition interne du budget national, qui est le principal indicateur d’exécution des politiques publiques, montre d’ailleurs que l’essentiel des ressources du Sénégal continue d’aller vers les secteurs de l’éducation et autres, malgré le fait que certains secteurs comme l’environnement et l’agriculture, entre autres, subissent de plein fouet les effets du changement climatique.

De plus, les opportunités de financement disponibles en dehors du budget de l’Etat et dédiées aux actions de lutte contre les effets du changement climatique se font rares : le fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), par exemple, a déjà alloué des ressources pour développer les actions pilotes qu’il convient aujourd’hui de faire passer à l’échelle supérieure.

L’expérience vécue dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet a démontré plusieurs choses :

  • que la formation des artisans reste une priorité absolue pour réussir la promotion de l’écoconstruction ;
  • que le potentiel d’emplois verts de la filière est important ;
  • que le potentiel de réduction d’émissions et d’énergie grise est important ;
  • que le développement de l’éco construction et la production des matériaux biosourcés est porteur d’innovation et de nouveaux métiers ;
  • que le marché est potentiellement important pour attirer les investisseurs privés.

Intervenants 

Maitrise d’ouvrage : Ministère de l’environnement du Sénégal, Conception : CraTerre, Entreprise : Elementerre, suivi des travaux : Worofila)



Crédits : Worofila



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Construire durable sous climats chauds
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Modéré par : Alice Dupuy

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